00:00Lisa Aurel, comment et pourquoi le risque d'épidémie est aussi important ?
00:04Avant toute chose Aurel Gage, pour comprendre le risque sanitaire, il faut avoir conséquence du contexte dans lequel les victimes sont prises en charge.
00:11D'abord, il faut gérer les victimes directes.
00:13Exactement, il faut bien comprendre que là on est face à une situation sanitaire exceptionnelle et face à toute catastrophe, il y a la même problématique.
00:20Comment on arrive à aller aux victimes ?
00:22Dans un premier temps, comme on peut le voir, on est censé avoir les secouristes qui vont devoir essayer d'arriver jusqu'aux victimes.
00:28Mais c'est bien la problématique ici qu'on a, c'est lorsque les victimes sont inaccessibles, ils ne pourront pas avoir accès.
00:34L'idée c'est que leur objectif en fait c'est d'arriver, de trier très rapidement les patients.
00:39Est-ce que les patients sont graves, pas graves ?
00:41S'ils sont potentiellement graves, ils vont les ramener vers un poste médical avancé.
00:45Sur ce poste médical avancé, on va classer les patients en fonction de leur gravité.
00:50Soit ça va être des urgences relatives, en gros on peut les faire un petit peu attendre pour qu'ils aillent aux urgences.
00:55Soit des urgences absolues, ils vont avoir besoin de soins de réanimation, donc là il va falloir faire une évacuation médicale vers le seul hôpital de Lille.
01:02Et puis dans ces situations, puisque ce sont des situations exceptionnelles, il y a une troisième catégorie de patients, ce qu'on appelle les expectants.
01:08Ce sont des patients qui malheureusement on ne peut rien faire pour eux, donc on leur fait des soins de confort sur place.
01:13Et malheureusement on les laisse décéder sur place car on sait qu'il faut sauver le plus grand nombre.
01:17La problématique ici qu'on va avoir, c'est que pour tous ces patients-là, malheureusement le seul hôpital c'est celui de Mayotte.
01:23Et une fois qu'ils seront stabilisés, là où en métropole en général on va les délocaliser vers d'autres CHU, le seul endroit le plus proche c'est la Réunion.
01:33Et ça fait donc une certaine distance et on ne voit pas le système de santé tenir de cette façon-là.
01:39Ça c'est la première étape, la phase aiguë.
01:41Là on évoquait les patients qui ont des pathologies nécessitant une prise en charge d'urgence.
01:46Que deviennent les autres personnes, les autres victimes ?
01:48Et bien ça c'est ce qu'on va voir dans un second temps et c'est ce qu'on est en train de vivre.
01:51En fait les patients qu'on a laissés sur place, les gens qui sont juste impliqués entre guillemets,
01:55soit parce que pour certains qu'on n'a pas pu évacuer ou d'autres qu'on a laissés sur place,
02:00ils vont se retrouver isolés et là ils vont avoir deux problématiques.
02:03La principale ça va être l'aspect médico-social.
02:07Pour des gens déjà malades qui ont des comorbidités, ils n'auront pas accès aux soins.
02:11Par exemple des gens dialysés qui ont besoin d'avoir accès à leur dialyse et vont eux-mêmes se dégrader.
02:15Donc finalement on va avoir une suractivité pour l'hôpital
02:18et l'hôpital malheureusement va probablement avoir des difficultés à tenir cela.
02:21Et enfin on va avoir tout ce qui est lié à l'eau et la nourriture.
02:24Avec l'eau, on va avoir le fait qu'on va avoir des eaux stagnantes
02:27qui vont être un endroit parfait pour le développement des moustiques, des larves
02:31et donc de toutes les arboviroses liées.
02:33Enfin la nourriture, comment on va faire pour l'entretenir, comment on va faire pour l'entreposer
02:37et qui va faciliter le développement des bactéries, surtout dans un milieu chaud et humide comme celui de Mayotte.
02:42On parlait des victimes physiques et des conséquences physiques, il y a aussi des conséquences psychologiques
02:46parce que dans ce type de catastrophe vous me disiez que personne n'est épargné.
02:49Bien malheureusement personne n'est épargné car finalement on oublie
02:52mais la troisième chose, la troisième vague qu'on va avoir de patients
02:55ça va être les patients atteints psychologiquement et en fonction des différentes sources
03:00on est entre un tiers des affectés vont avoir des états de stress post-traumatique, des symptômes d'anxiété.
03:06Quand on dit un tiers des affectés, c'est donc un tiers de toutes les personnes qui ont subi cette catastrophe ?
03:09Qui ont subi le cyclone et on a même pu observer des gens qui ne l'ont pas subi.
03:13Par exemple sur ce plateau et sur BFM de temps en temps on reçoit des proches qui ne sont pas sur place
03:18mais qui vivent eux-mêmes des symptômes de cette crise parce que certains de leurs proches sont affectés
03:25et quand on les interroge à postériori on voit qu'ils vont décrire des cauchemars, des signes de stress, avoir des peurs la nuit.
03:30Tous ces symptômes-là vont devoir être pris en charge et ça va être la troisième vague de patients.
03:35Merci Aurélien, je rappelle que pour l'instant donner un bilan est toujours très compliqué et la situation est forcément très évolutive.
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