00:00On a orienté notre conversation sur 2025 et maintenant peut-être le tennis français.
00:08Hugo Ambert a été brillant en cette fin d'année, notamment à Bercy, il a crevé l'écran.
00:13Est-ce qu'il vous a impressionné et comment vous voyez la suite pour lui ?
00:17Il ne m'a pas impressionné parce qu'une nouvelle fois je trouve que quand il joue bien ce qu'il
00:24fait c'est propre, c'est efficace, c'est bien construit. Il a franchi un cap je trouve dans
00:33tous les compartiments du jeu. On se souvient qu'il y a un an et demi il avait des problèmes de santé
00:41et puis il cherchait son tennis. C'est un joueur qui a un tennis assez agressif, il prend la balle
00:46tôt, il aime donner du rythme. Parfois il se précipitait, il jouait trop vite, il n'attaquait
00:52pas forcément sur la bonne balle, il devait se mettre une pression qui était un petit peu trop
00:57forte. J'ai l'impression qu'il y a plus de sérénité chez lui aujourd'hui et un petit peu comme un
01:03Siner ou un Alcaraz, il est perfectible. Donc quand on est 14e mondial, qu'on a cet âge-là et qu'on
01:07est perfectible, on peut se dire que les saisons à venir peuvent être encore plus ensoleillées.
01:16C'est un garçon assez transparent sur ses intentions et il a parlé du top 10 qui est la
01:21logique et il a surtout parlé de progresser physiquement. Il a cité sur le fait qu'il sentait
01:27qu'il avait besoin d'être plus costaud, notamment pour les Grands Chelèmes. Est-ce que c'est votre
01:31ressenti aussi ? Est-ce que c'est ce cap-là qu'il doit franchir pour être un potentiel
01:36peut-être demi-finaliste de Grands Chelèmes et peut-être viser plus même ?
01:41Oui, il doit viser un titre en Grands Chelèmes. Alors ça n'arrivera pas du jour au lendemain, mais je pense qu'il peut viser
01:46aujourd'hui un titre en Master 1000. Et s'il a monté à l'Olympe d'Australie, qu'il est en demi-finale
01:52contre Sverev, il peut battre Sverev en demi-finale. Et après sur une finale, tout est faisable.
02:00On se souvient de la finale entre Novak et Joe Uffrizonga, il y a des années en arrière, et puis c'est là où
02:06Novak commençait à écrire sa légende. Et pourtant, il était prenable ce jour-là.
02:13Joe était vraiment pas loin du tout. Donc des fois, les grosses carrières démarrent comme ça.
02:18Je crois qu'il est aujourd'hui, pour avoir dû jouer souvent, il est perfectible sur pas mal de petits secteurs du jeu.
02:25Il n'y a pas un secteur où tactiquement, il peut jouer un petit peu mieux, techniquement, il peut progresser.
02:32Physiquement, il doit encore s'étoffer un petit peu sur le haut du corps.
02:36En plus, je suis gaucher quand je le regarde jouer, je me mets vraiment dans ses baskets quand je le vois.
02:43Et il y a des choses que j'aime beaucoup chez lui, et puis des fois, des choses qu'il laisse passer.
02:47Et des fois, il se précipite un petit peu trop. Et ça, je suis sûr que Jérémy Chardy, avec qui il fait un boulot remarquable,
02:55ils vont petit à petit combler, je dirais, ces petits... Aujourd'hui, ces petites lacunes qui le séparent du top 5,
03:05parce qu'on dit top 10, mais pourquoi pas top 5 ? Aujourd'hui, même Dany Medvedev, Zverev, ils sont quand même plus vieux que lui.
03:12À un moment donné, ils auront peut-être eux aussi des pépins physiques. Donc, il n'y a pas que Siner et Alcaraz, il y a d'autres garçons derrière.
03:19Et je crois vraiment qu'Hugo, il peut aujourd'hui ambitionner, en tout cas j'espère que c'est le cas, d'être juste et à ces gars-là.
03:28Pourquoi pas le top 5 un jour ou l'autre ?
03:30J'ai aussi la sensation qu'il y a un équilibre dans sa façon de travailler avec Jérémy Chardy. La Fabrice Martin va l'aider aussi.
03:37Sa vie personnelle, il est en couple. On sait que les grands champions aussi ont eu ce côté-là, d'avoir une vie personnelle,
03:45on va dire, disons carrée, qui leur permet d'avoir un équilibre dans leur vie et d'être performant sur le cours.
03:51Finalement, ça aussi, c'est un aspect important quand on parle d'Hugo Imbert.
03:57Oui, absolument. On ne peut pas être un bon joueur sur le terrain et avoir une vie dissolue, être perturbé.
04:03Non, la stabilité en dehors du terrain lui permet forcément d'être serein sur le tennis, sur le terrain.
04:12C'est ça aujourd'hui qui lui permet d'avancer progressivement et on le voit d'ailleurs.
04:19En dehors du cours, il fait de la musique, il chante, il y a plein d'autres choses qui l'intéressent.
04:25Il a une vie affective qui est équilibrée avec sa compagne qui connaît le tennis, puisqu'elle joue elle aussi,
04:31donc ils peuvent à un moment donné se soutenir l'un l'autre. Il a des parents qui sont proches de lui, qui ne lui mettent pas de pression.
04:40Il a l'air vraiment bien dans ses baskets, Hugo. Je crois qu'aujourd'hui, le public le soutient partout où il va.
04:51Le cadre dans lequel il évolue aujourd'hui est vraiment très bon.
04:56J'ai hâte de le voir à nouveau sur les terrains très bientôt.
05:00Dès janvier, il y aura peut-être des évolutions techniques dans son jeu, des progrès.
05:04On va voir s'il y a des petites choses qui ont bougé.
05:08On parlait de gagner potentiellement un grand chelem. On exclut Roland-Garros.
05:12Objectivement, son jeu se prête aux surfaces rapides.
05:15Mais vous voyez quel grand chelem des trois restants pour Hugo ?
05:19Celui où vous dites que c'est peut-être celui-là où il a le plus de chances d'être brillant ?
05:29On tire des plans sur la comète, mais je dirais un Open d'Australie ou un US Open.
05:38D'abord parce que c'est souvent sur ces tournois-là qu'il y a eu des grosses surprises.
05:43Par le passé, il y a eu des fois des vainqueurs qu'on ne l'attendait pas forcément.
05:49Silich à l'US Open, Marat Safin, même si après ils ont fait parler d'eux.
05:53Mais l'Open d'Australie, il y a eu Johansson.
05:56Il y a eu parfois des gars comme ça qui se sont fait connaître pour la première fois dans ces grands tournois.
06:04La terre battue, c'est peut-être un peu tôt pour lui parce qu'il a effectivement un style de jeu très plat.
06:09Il ne glisse pas encore très bien sur terre.
06:13Mais bon, ça pourra peut-être évoluer avec le temps.
06:17Et puis sur gazon, je ne vois pas pourquoi, avec son service de gaucher, il va progresser à la volée.
06:23Je trouve qu'il est encore perfectible dans ce secteur du jeu.
06:26Il peut bouger un petit peu mieux.
06:28Il joue bien des deux côtés, il joue plat, la balle va vite.
06:34Peut-être que le gazon aussi est une surface qui, à un moment donné, va lui sourire.
06:38J'ai retenu les deux tournois sur endures pour commencer.
06:41Le gazon juste derrière et puis oui, en quatrième position Roland Garros.
06:46Les autres bleus aussi se sont montrés.
06:50On a vu Arthur Fyss et Giovanni Impetti.
06:53Giovanni Impetti, plus belle progression de l'année 2024.
06:57Comment vous voyez aussi la suite pour ces garçons ?
07:00On a l'impression que les étapes sont franchies sereinement.
07:03Giovanni Impetti a vraiment éclaté cette année.
07:06Arthur, lui, il set-off, il prend sa place sur le circuit.
07:10Comment vous voyez la suite pour ces deux garçons ?
07:13J'imagine qu'on peut être optimiste.
07:16Alors oui, on peut être optimiste.
07:18De toute façon, quand des gens me croisent et me disent « le tennis français, aujourd'hui, la relève, elle n'est pas là »,
07:23je dis « mais attendez, de quoi vous parlez ? »
07:25Il y a Hugo Imbert, il y a Arthur Fyss, il y a Giovanni.
07:28On a quand même des joueurs qui sont déjà très bien classés,
07:31et qui sont encore imperfectibles et en pleine progression.
07:36Ce que j'aime bien chez Arthur, la différence entre Arthur et Giovanni,
07:41c'est qu'on sent que c'est quelque chose de bien en place,
07:46de structuré, un style de jeu où il est fort physiquement,
07:52il est bon à gauche, il est bon à droite.
07:55Et c'est un espèce de Lego dans lequel on empile les pièces,
08:01mais on sent qu'il y a une base qui est solide.
08:03Donc je crois qu'Arthur, il peut demain gagner un Master 1000 sur terre et sur dur,
08:12là où peut-être Hugo sur terre n'est pas encore à ce niveau-là.
08:17Il a un jeu très complet lui aussi, il bouge bien,
08:24il est ambitieux, après il va avoir des déclics dans sa saison.
08:32Des moments où il va se dire « là je suis très proche de ces garçons-là ».
08:36Je crois qu'il n'a pas de complexe, il le monte sur le terrain
08:38lorsqu'il joue contre des adversaires plus forts que lui, de sa génération même,
08:42et les tout meilleurs, si demain il rentre sur le terrain face à Alcaraz
08:47à l'Open d'Australie sur un quart de finale, il ne va pas se dire
08:51« c'est Alcaraz, ça va être difficile ».
08:53Je suis convaincu qu'il va y aller en se disant « je peux le battre »
08:56parce que je frappe presque aussi fort que lui, je me déplace très vite,
09:01je suis capable dans un bon jour de le faire douter,
09:03et il n'est pas non plus injouable Alcaraz, il y a des moments où il est comme tout le monde,
09:08il a des petits passages vides.
09:10Donc il est conscient je dirais de sa valeur.
09:15Pour Giovanni, c'est très dur aujourd'hui de l'extérieur de se projeter
09:20parce que j'ai l'impression qu'avec son coach, il invente une nouvelle manière de jouer,
09:25quelque chose qu'on n'a jamais vu auparavant.
09:27Et quand on voit ses résultats, il est capable de passer d'une période
09:32où c'est en termes de victoire quasiment le néant,
09:35parce qu'il a perdu 8 fois de suite au premier tour,
09:37et la semaine suivante il gagne un tournoi très relevé avec des super joueurs,
09:43et là c'est vraiment surprenant comme écart de jeu.
09:53Là où Hugo et Arthur vont être sur une saison beaucoup plus linéaire
10:00en termes de résultats ou de constance, même s'il y a des hauts débats,
10:03Giovanni pour l'instant il est partout là où on ne l'attend pas,
10:08avec un style de jeu qui est déroutant, mais surtout pour ses adversaires.
10:15Donc les adversaires quand ils sont en face de lui, ils se disent
10:18« mais je vais avoir laquelle version aujourd'hui de Giovanni ?
10:21Un joueur qui va faire des garnisons de base, des deuxièmes balles à 200 km heure,
10:32et puis tout d'un coup il va me faire deux coups gagnants sur mon service,
10:35et hop hop je perds 7-5, 7-6, et j'ai boîte numéro 5 mondiale,
10:39je ne sais pas ce qui m'est arrivé. »
10:41Donc ils jouent sur ce registre-là, et une nouvelle fois,
10:45il y a toujours des gens qui critiquent, dans le sport il y a toujours des gens
10:51qui parfois innovent, inventent, proposent de nouvelles choses.
10:56Donc soit il va continuer de jouer comme ça avec des moments euphoriques
11:01qui seront de plus en plus fréquents, soit il va améliorer la base de son jeu
11:06pour ne plus perdre lorsqu'il sert moins bien, lorsqu'il y a du vent,
11:09lorsqu'il est plus compliqué, pour pouvoir quand même passer face à des joueurs
11:13qui sont 50ème mondial et qui devraient pouvoir battre là aussi à la régulière.
11:17Donc aujourd'hui c'est un petit peu plus difficile de se projeter,
11:26de décrypter ce que va faire Giovanni dans les semaines ou les mois à venir.
11:30Ce qui est sûr c'est qu'avec Manu son entraîneur, il doit travailler très dur en ce moment
11:34pour améliorer à mon avis les deux aspects du jeu, et qu'il va arriver à l'Open DOS Rallye
11:39à mon avis avec de nouvelles ambitions.
11:41Il est jeune, il a des qualités physiques hors normes, il est grand,
11:44il bouge très bien pour son gabarit, il a une technique qui est très propre.
11:48Donc là encore c'est des choix tactiques et des options de jeu qu'il va devoir prendre
11:55à partir de début 2025 et on sera les premiers témoins quand il va jouer ses tournois.
12:01Comment est-ce qu'il joue aujourd'hui ? Est-ce qu'il continue de faire attaque à outrance
12:04quitte à laisser ses jeux de retour et tout jouer sur un coup de dés, sur un tie-break ?
12:09Ou est-ce qu'au contraire il va être un peu plus posé par moment sur ses jeux de retour,
12:12faire jouer tout en gardant ce qui fait sa force, à savoir son engagement ?
12:18On a parlé de la jeunesse, mais il y a aussi une belle histoire, c'est celle de Lucas Pouille.
12:22Il a eu des moments très compliqués, notamment à cause de l'alcool, la dépression,
12:29donc c'était très difficile de surmonter ça.
12:32Il a su cravacher, son corps l'embête encore, mais il arrive quand même à enchaîner les semaines.
12:39Et là il est récompensé d'une wild card pour l'Open Australia,
12:42donc ta wild card de réciprocité.
12:44C'est quand même une belle histoire celle de Lucas, ce retour.
12:49Moi j'aime beaucoup Lucas d'abord, c'est un garçon que je connais depuis longtemps,
12:53que je vois même en dehors du terrain, et c'est vrai qu'il est passé par des moments difficiles,
12:59après ses blessures, il avait perdu même le goût du jeu, il pensait même s'arrêter.
13:04Donc c'était triste de voir finalement un garçon qui a vu un tel niveau
13:09et qui tout d'un coup songeait même à passer à autre chose,
13:12à fermer finalement ce livre formidable qui est son aventure tennistique.
13:19Il a fait preuve d'humilité, de courage, il est allé gagner dans des plus petits tournois,
13:22dans des salles où il n'y avait pas grand monde.
13:27Ses victoires face à des joueurs classés à la centième place,
13:31lorsqu'il levait le point comme ça, on a l'impression de le retrouver
13:34lorsqu'il était en demi en grand-chelème ou qu'il gagnait la Coupe Davis.
13:37Et c'est important de retrouver finalement de la joie, du plaisir et de la fierté
13:45dans des choses simples, dans des choses qui sont, pour le grand public,
13:52qui pourraient paraître anecdotiques.
13:53Gagner un Challenger, pour le fan qui regarde que Wimbledon et les Masters 1000,
13:59c'est un tournoi de plage, non, non, non.
14:02Gagner un Challenger, c'est-à-dire qu'il faut battre, je ne sais pas,
14:05cinq mecs qui ont le couteau entre les dents, des types qui ont 22 ans,
14:11qui sont hyper motivés, qui s'entraînent comme les meilleurs pros.
14:16Et ce jour-là, on n'est pas forcément dans son assiette,
14:19on a un jeune qui tente plein de choses et on doit cravacher.
14:23Et il est passé par là, Lucas.
14:25Et je trouve qu'il faut lui tirer un coup de chapeau pour avoir l'humilité
14:31de retomber comme ça, un petit peu en bas de l'échelle et de gravir
14:34les échelons les uns après les autres.
14:36Et voilà, il est dans ce process aujourd'hui.
14:38Et ça, je crois qu'il est dans le bon wagon maintenant.
14:42Il a la bonne démarche, il a la bonne attitude et j'espère que son corps
14:45le laissera tranquille parce qu'on sait qu'il a été pas mal chahuté
14:49depuis des années par son coude, par des pépins qui l'ont vraiment
14:53ralenti dans sa progression.
14:55Mais je crois qu'il a retrouvé du plaisir à jouer.
14:58Il a retrouvé l'essentiel, je dirais, du jeu et j'espère qu'on va le voir
15:03en Australie, qui est une surface qui lui a souri par le passé,
15:07jouant son meilleur niveau.
15:09Et finalement, jusqu'où vous pensez qu'il est capable d'aller encore ?
15:13Il a été quand même top 10.
15:15Un coureur de 100 mètres qui a couru le 100 mètres en dessous
15:18des 10 secondes, même si à un moment donné, il le court en 10'30.
15:23À partir du moment où il est bien physiquement et qu'il s'est bien préparé
15:26et qu'il est motivé et qu'il a envie, il l'a fait, il peut le refaire.
15:30Aujourd'hui, retrouver Lucas dans le top 20 mondial, pour moi,
15:33ce n'est pas du tout de l'ordre du miracle ou de l'impossible.
15:37Je peux vous dire que si demain, il passe à l'Open d'Australie
15:40deux ou trois tours et qu'il joue contre un Tsitsipas, un Zverev
15:45ou des joueurs comme ça, les gars ne vont pas se dire
15:49« c'est bon Lucas Pouille, ça devrait passer tranquillement ».
15:53Non, Lucas, il a de la dynamite dans le bras, il a une attitude de vainqueur,
15:58il sait qu'il peut le faire et s'il est bien en forme à ce moment-là,
16:03il n'a peur de personne, Lucas.
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