00:00Alors Kyrian, comment ça va après une saison 2025 bien remplie ? Et comment se passe l'intersaison ?
00:08Très bien, très bien. Je suis très content de ma saison, même si évidemment j'aurais voulu mieux.
00:15Mais voilà, je suis très content. Si on m'avait dit que j'allais faire cette saison il y a un an,
00:20j'aurais signé tous les jours. Déjà, premièrement, je suis très content d'avoir pu faire une saison
00:27presque pleine. J'ai eu qu'un mois de blessure, ce qui est presque, on va dire, normal dans une saison.
00:33Donc voilà, déjà, j'ai beaucoup plus confiance en mon corps, j'ai beaucoup plus confiance en tout,
00:40en tout ce que je fais. Donc déjà, c'est un grand pas. Je suis très fier de ça, du travail qu'on a
00:47fait avec Clément, mon préparateur physique, avec Stéphane, mon coach, ce qu'on a fait avec la
00:53all-in. Voilà, je suis très fier de ça. Tu as commencé la saison 274, tu finis à ton meilleur
01:00classement, 138, c'était 137 ton réel meilleur classement. Tu as quand même trois finales,
01:07les trois hanchales. Il y a le caramès, là, en fin d'année, en étant lucky. Tu parlais un petit peu
01:14de déception sur certains points, mais c'est quand même une belle saison. Oui, c'est une très belle
01:19saison, mais c'est juste que j'ai fait un très bon début de saison, une bonne fin de saison
01:25aussi. Mais entre temps, je trouve que le milieu de saison a été… Enfin, je n'ai pas été assez
01:30constant sur l'année, mais au moins, de toute façon, ça me sert de leçon sur cette saison.
01:37C'était la première fois que je faisais une saison pleine. Donc voilà, maintenant, je sais sur
01:41quoi il faut que je travaille. Je sais qu'il faut que j'arrive à me laisser un peu plus de temps aussi dans la
01:46saison, ne pas vouloir jouer toutes les semaines parce que la saison est longue et mentalement,
01:50forcément, ce n'est pas facile. Donc voilà, j'ai plein de nouvelles choses que j'ai apprises
01:56et plein de choses que je vais encore apprendre l'année prochaine. Donc voilà, je suis content
02:00d'apprendre des choses comme ça.
02:02Tu parlais du milieu de saison. Il y a eu Roland Garros qui a été un moment important de ton année.
02:06Tu sors des qualifs, tu mènes 2-7-0 contre Borges et puis tu perds finalement le match.
02:13J'ai vu que quand on a parlé, tu as dit que c'était un match vraiment qui avait fait mal au moral.
02:19Quels souvenirs, avec du recul, tu gardes quand même de ce Roland ? Il y a toujours un peu d'amertume ?
02:25Oui, il y en aura toujours. Mais c'est un de mes meilleurs et un de mes pires souvenirs.
02:32Donc voilà, c'est ce que je dis. Il faut arriver à le prendre avec la meilleure partie.
02:39J'ai fait des qualifs qui étaient vraiment avec un très haut niveau.
02:45J'ai gagné tous mes matchs assez facilement, sauf le deuxième ou je perds le deuxième set.
02:51Mais j'ai gagné quand même, j'ai eu un très bon niveau de jeu.
02:54J'ai marché un peu quand même sur mes trois adversaires en qualif.
02:58Et j'étais en train de, ce qu'il faut retenir, ce que je vais essayer de retenir surtout, c'est que j'étais en train de mener 2-7-0 et pas loin de gagner le match contre un mec qui est top 50.
03:09Et ce n'était pas un scandale. C'était vraiment moi qui jouais bien.
03:13C'était vraiment genre je dominais le match.
03:15Après, il s'est passé ce qui s'est passé.
03:17Mais en termes de niveau de jeu, c'était hyper encourageant.
03:20Et puis, c'était la première fois que je jouais un vrai match de tableau finale de Grand Chelem.
03:26Parce que l'US Open, j'étais blessé. Je n'ai pas pu vraiment jouer.
03:28Donc, même si évidemment, c'était incroyable de jouer contre Dimitrov et tout, ce n'était pas un vrai match de tennis parce que je n'ai pas pu jouer à 100%.
03:35Là, au moins, j'ai vu les difficultés des matchs en 5-7 d'un point de vue mental, d'un point de vue physique, d'un point de vue dans l'entièreté.
03:46Donc voilà, c'était hyper intéressant.
03:49Alors évidemment, j'aurais aimé que ça se passe mieux.
03:51Mais ça sert de son et j'ai beaucoup appris de ce tournoi aussi.
03:55Alors, tu as croisé trois top 100 cette saison.
04:00Ces trois défaites, mais ces trois défaites serrées où vraiment, il y a match et tu bouscules le mec en face.
04:06Est-ce que tu as réussi à voir un petit peu en analysant ce qui te manque ?
04:12Ça se joue à quoi, à ton avis ?
04:14Ça se joue à l'expérience, ça se joue au mental.
04:17Tous ces matchs ne se jouent pas dans le niveau de jeu parce que je sais que j'ai largement le niveau de jeu pour battre ce genre de joueur.
04:24Je me le suis prouvé plusieurs fois.
04:26Après, c'est des matchs où il y a un peu plus d'enjeux, où je me mets un peu plus de pression.
04:32Donc, des matchs où l'attitude n'est pas tout le temps au rendez-vous.
04:35Sauf contre Nori, j'ai eu une belle attitude.
04:41Là, je me suis prouvé pas mal de choses sur le comportement.
04:45Je sais exactement ce qu'il faut que je fasse.
04:47C'est de plus en plus clair, en tout cas, comment il faut que je travaille, comment il faut que je sois sur un cours.
04:53C'est pour ça que j'ai bien joué en fin de saison.
04:56Parce qu'à Metz, j'ai vraiment eu, comme je l'avais dit, un électrochoc sur le match où j'ai eu une attitude pourrie au dernier Tour Calife.
05:06Depuis, je sais que tous les matchs que j'ai faits, j'ai vraiment eu une attitude qui était irréprochable.
05:12Je vais essayer de maintenir ça.
05:15Je ne sais pas, je vais essayer.
05:17Ça ne tient qu'à moi.
05:19Donc, il faut que je maintienne cette attitude tout le temps, cette implication tout le temps.
05:23Et je sais que si j'arrive à le faire, les matchs que j'ai perdus cette 6 au troisième, l'année prochaine, c'est moi qui les gagnerai.
05:29Parce que ça ne se jouait pas au niveau de jeu, mais ça se jouait plus dans la stabilité émotionnelle.
05:33Et que si j'arrive vraiment à être stable mentalement, c'est des matchs qui vont tourner dans mon sens.
05:38Est-ce que tu peux nous parler un petit peu du travail au quotidien ?
05:41En tout cas au quotidien, je ne sais pas à quelle fréquence.
05:44Mais comment ça se passe un peu le travail mental pour corriger ça ?
05:47Parce que j'imagine que c'est du boulot sur la longueur.
05:50J'ai commencé à bosser avec une psychologue déjà.
05:54Parce qu'après l'US Open, je ne me sentais pas bien.
05:58Je ne prenais plus aucun plaisir sur le cours.
06:00Voilà, je n'avais plus trop envie de jouer au tennis.
06:04Et donc voilà, c'était très très dur mentalement cette période.
06:08Il n'y avait pas un entraînement où j'étais heureux.
06:12Il n'y avait pas un match où j'étais heureux.
06:14Je ne finissais pas un entraînement sans presque pleurer ou des trucs comme ça tellement j'étais à bout de nerfs.
06:20Et au final, j'ai commencé à bosser avec une psychologue.
06:24Et on a parlé de tout sauf du tennis au début.
06:27Parce qu'au final, je pense que ce sont des trucs qui ne sont pas que liés au tennis.
06:33Donc voilà, on a beaucoup parlé.
06:35Je continue d'être en contact avec elle.
06:38On s'appelait presque tous les deux, trois jours.
06:40On restait trois fois par semaine parce que je sentais que j'en avais vraiment le besoin.
06:44Et en fait, juste de parler, on ne se rend pas compte à quel point c'est important.
06:50Mais juste de parler, ça m'a fait un bien mais incroyable.
06:55Donc voilà, j'étais vraiment content de ça.
07:00Et voilà, il faut que j'arrive à garder cette stabilité.
07:03Mais je sais en tout cas sur quoi il faut que je bosse.
07:07Je sais qu'à l'entraînement, il faut que je continue aussi à avoir cette implication comme en match.
07:12Je sais que trop souvent à l'entraînement, je ne faisais pas assez les efforts.
07:18Parce qu'il n'y a pas d'enjeu, il n'y a pas de ça.
07:21Mais au final, ce que tu fais à l'entraînement, ça va arriver dans les moments importants en match.
07:26Donc voilà, maintenant, j'essaie de laisser rien au hasard.
07:30Et au moins, je n'aurais rien à me reprocher.
07:33Et cette période difficile, tu parlais autour de l'US Open, c'est ça, les séances compliquées.
07:39Ce n'était pas du tout lié à Roland-Garros.
07:42Ça s'est venu bien plus tard, un espèce de burn-out ?
07:48Non, en fait, après Roland, j'ai pas mal joué à Wimbledon.
07:57Mais après Roland, je n'étais pas heureux.
07:59C'est l'après-Roland, ça a été une horreur pour moi.
08:03Et jusqu'à il n'y a pas si longtemps, au final, c'est là où je ne prenais plus de plaisir.
08:09Sur l'US Open, j'y suis allé.
08:11Mais pour moi, dans ma tête, c'était un miracle que je gagnais un tour.
08:14Parce que franchement, j'étais dans un état où je ne pouvais pas gagner un match.
08:17Et du coup, j'ai gagné par miracle le premier match.
08:21Et le deuxième match, pareil, j'ai eu une attitude pourrie.
08:24Donc, je n'arrivais pas à me battre.
08:26Je n'avais pas envie, en fait.
08:28Et quand on se dit que je n'ai pas envie en grand chelem,
08:31c'est qu'il y a vraiment un souci.
08:34Donc voilà, c'est pour ça qu'il fallait faire quelque chose.
08:37Ça ne pouvait pas durer.
08:39Et voilà, je suis tellement heureux d'avoir rencontré Sophie avec qui je bosse.
08:46Et à ce moment-là, est-ce que tu t'es posé la question d'arrêter ?
08:51Ou au contraire, tu étais plus dans l'optique, il faut que je trouve une solution plutôt ?
08:55En fait, j'étais à deux doigts d'arrêter ma saison.
08:57Je n'étais pas d'arrêter le tennis, mais j'étais à deux doigts.
09:00Je me disais, mais si je continue, c'est inutile en fait.
09:03Ça ne va que me pousser vers le bas.
09:05Donc, quitte à faire deux mois où je ne joue pas au tennis, où je pense à autre chose.
09:10Mais au final, non, je ne l'ai pas fait parce que je sentais que j'en avais besoin quand même de continuer de jouer.
09:14Et je sentais que ça pouvait passer.
09:17Mais voilà, j'étais à deux doigts d'arrêter la fin de saison.
09:22Alors, on parle de la tête.
09:24Il y a aussi le physique.
09:25Quand on te connaît depuis jeune, on sait que tu as souvent été freiné.
09:28Ça a été compliqué.
09:30Là aussi, on a l'impression qu'il y a des progrès.
09:32Tu as pu jouer un peu plus de 60 matchs.
09:34Est-ce que finalement, tu as trouvé un rythme et les solutions qu'il fallait pour éviter les blessures, on va dire les grosses blessures ?
09:43Déjà, j'ai été beaucoup plus tranquille cette année.
09:46La blessure que j'ai en sortant d'Inde, elle est entre guillemets normale.
09:50J'ai voulu reprendre un peu trop tôt, etc.
09:52Mais ce n'est pas une faiblesse en fait.
09:53C'est juste que je n'étais pas prêt à ce moment, mais je n'étais pas faible physiquement pour autant.
09:59J'ai voulu reprendre trop vite.
10:01Mais en tout cas, physiquement, on a changé pas mal de trucs avec Clément.
10:08On bosse beaucoup plus en travail profond.
10:11On a changé vraiment, pas du tout au tout, mais la bannière de bosser.
10:19Je fais une à deux fois par semaine, quand je suis à Lyon, de l'isocynétique pour les abdos.
10:26Je le fais à Gerland, au CKS.
10:29Là, je sais que ça me fait un bien de dingue d'aller là-bas parce que ça me stabilise les abdos.
10:36Et en fait, c'est un travail où au final, ça va être contrôlé de A à Z au millimètre près sur une machine comme ça.
10:43Donc, je sais que je peux forcer, que dans tous les cas, je ne pourrais pas être plus fort que la machine et je ne pourrais pas me faire mal.
10:50Donc, c'est vraiment la sensation.
10:51Est-ce que tu peux juste expliquer comment ça fonctionne ?
10:53Oui, l'isocynétisme.
10:56Après, je ne suis pas kiné.
10:57C'est compliqué de expliquer.
10:58Mais c'est sur une machine où on dirait un peu une machine de torture, le truc.
11:03Mais voilà, on est attaché.
11:05On va bosser en position, je suis comme ça et je vais aller vers le bas et vers le haut, comme ça.
11:12Et donc, on va bosser à toute la ceinture abdominale et le dos.
11:15Je ne l'utilise pas pour le dos.
11:16Mais du coup, on peut bosser à ces travails profonds, entre guillemets, des abdos, que ce soit en excentrique.
11:22Moi, je le fais excentrique, concentrique aussi.
11:24Donc, ça fait double travail.
11:26Après, ça dépend du programme.
11:29Mais moi, je fais des séries de huit, huit répétitions et c'est dix séries de huit répétitions.
11:36En tout cas, moi, je sais que ça me fait vraiment du bien.
11:42Et vu que le travail est vraiment contrôlé, ça fait des bonnes compétitions, par contre.
11:46Mais au moins, le travail, il est parfait.
11:49Franchement, je trouve qu'en termes de rééducation, en termes de travail, il n'y a pas mieux que ça.
11:55Qui dit aussi saison pleine, pas mal de victoires.
11:59Qui dit aussi prize money plus important.
12:03J'ai regardé, tu as gagné 399 000 dollars.
12:07Ça fait la moitié quasiment de ton prize de carrière.
12:10Est-ce que tu respires plus ?
12:12Est-ce que ça donne aussi une autre dimension à ton projet ?
12:15Après, sur les 329 000, tu sais combien j'en prends.
12:18Oui, bien sûr.
12:19Parce qu'en plus, c'est 329 000 avant les taxes de l'ATP et avant les taxes en France.
12:27Donc, tu ne prends même pas la moitié de ça.
12:29Donc, oui, tu respires, mais tu ne prends pas un grand vol d'air.
12:35Ton projet n'est pas redimensionné encore, tu restes vigilant.
12:40Évidemment, je ne suis pas à plaindre.
12:42Je suis hyper privilégié de gagner ce que je gagne en faisant…
12:47Après, ce n'est pas facile ce que je fais non plus, mais je gagne quand même…
12:52Je gagne pas ma vie, mais je gagne assez pour vivre en tout cas, pour l'instant, avec les dépenses que j'ai.
12:59Donc, voilà, je suis hyper content de pouvoir gagner autant d'argent.
13:05Après, je ne suis pas là à gagner énormément non plus avec toutes les dépenses que j'ai.
13:10Bien sûr qu'à la fin de l'année, je suis en positif, mais je ne suis pas en positif énorme.
13:16Oui, c'est vraiment les quatre grands chelems, les tableaux,
13:20quatre tableaux grands chelems et les Masters 1000 qui changeront tout.
13:23Complètement. Déjà, quand tu prends 100 000 au premier tour d'un tableau de grands chelems,
13:29enfin 100 000 dollars, tu vas prendre 80 000 euros.
13:33C'est énorme, ça change tout.
13:35Quand au premier tour qualif, tu en prends 20.
13:38Oui, j'imagine.
13:40L'année dernière, tu disais à Tennis Actu que tu pouvais largement aller dans les 100,
13:46en réglant des problèmes mentaux, surtout tu parlais de ça.
13:49Est-ce que tu as trouvé les clés ?
13:52Est-ce que maintenant que tu t'en rapproches, c'est l'objectif tout trouvé du début 2026 ?
13:57Oui, complet. C'est l'objectif à court terme.
14:00Là, je pense que j'ai vraiment trouvé un truc à Metz, comme je dis.
14:05Je n'ai jamais été aussi sûr de la manière dont je devais bosser.
14:13Donc voilà, je sais dans quel sens je vais.
14:16J'ai aucun doute. On est tous d'accord avec mon équipe là-dessus aussi.
14:20Donc voilà, il n'y a plus qu'à.
14:23Après, est-ce que je vais y arriver ?
14:27Je ne peux pas le dire.
14:28Est-ce que je vais tout faire pour y arriver ?
14:30Ça, oui.
14:31Mais je sais qu'en tout cas, si j'arrive à garder ça,
14:34que j'arrive à garder cette attitude et que j'arrive à garder cette stabilité physique,
14:41il n'y a aucune raison pour laquelle je n'arriverai pas dans le top 100.
14:47Et avec ces certitudes-là dans le travail, quels sont les objectifs ?
14:53Est-ce que tu as d'autres choses en tête finalement ?
14:56L'objectif, c'est d'être tableau en grand chelem le plus rapidement possible.
14:59Donc forcément, d'être dans les sens.
15:02Si je ne suis pas tableau, me qualifier, évidemment.
15:05Un gros objectif, évidemment, c'est d'être tableau à Roland
15:08pour pouvoir jouer devant le public parisien,
15:13devant le public français à Roland.
15:15C'est toujours incroyable.
15:17Donc voilà, évidemment, être tableau à Roland.
15:20Après, comme objectif, mon objectif, c'est d'arriver à être heureux sur le cours,
15:27à prendre le temps qu'il me faut.
15:29Même s'il y a des moments où je suis un peu moins bien,
15:30prendre le temps et ne pas se presser par rapport au tournoi,
15:33par rapport à l'argent, par rapport à tout.
15:35Vraiment arriver à faire la part des choses
15:37et privilégier ma santé mentale au reste.
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