00:00C'est mignon, mais ça sert à rien.
00:01C'est très bien. Quoi qu'on fasse, on passera toujours pour la ragaille qui vandalise.
00:06On ne peut pas être qu'en colère, on ne peut pas.
00:11Si on en a marre de voir toujours les mêmes nous gouverner, c'est à nous d'acheter.
00:15Dans Bâtiment Sainte, dans l'idée, on a un personnage féminin,
00:20noir, musulman, qui porte le voile.
00:22C'est des personnages qu'on n'a pas l'habitude de voir au cinéma.
00:26Et j'avais aussi cette volonté de quelque part rendre hommage
00:29à toutes ces femmes qui habitent dans ces quartiers, qui se battent,
00:32qui créent des associations, qui militent.
00:34Et voilà, c'était ma façon, en tout cas, de la rendre hommage
00:38et en même temps de mettre en avant tout le travail qu'elle prend sur place.
00:42Et est-ce que votre envie de faire du cinéma,
00:44elle naît d'un manque de représentation, d'un espèce de manque
00:47de voir des personnages qui vous ressemblent ?
00:49Oui, complètement. Après, on part d'un constat, on se rend compte
00:52que malheureusement, il y a très peu de personnages
00:55dans lequel on arrive à se retrouver, très peu d'histoires dans lesquelles on s'y retrouve.
00:59Donc voilà, à partir de là, on se dit que c'est à nous de faire en sorte
01:02qu'il y ait les choses chances, d'où l'idée aussi de créer cette école Courtrage-Mé
01:05où justement, on se dit à partir du moment où on a envie de s'exprimer,
01:08raconter nos histoires, il faut tout reprendre à la base, se former au métier du cinéma.
01:13Donc voilà, moi, c'est pareil, je suis tombé dans le cinéma un peu par hasard.
01:17Je n'avais pas cette envie de faire du cinéma ou quoi que ce soit.
01:19Il se trouve qu'à 17 ans, je me suis acheté une première caméra.
01:22Et de là, voilà, mon propos s'est construit et je me suis mis à faire des films.
01:27Mais bien sûr, dans l'idée de raconter des histoires différentes, de raconter nos histoires.
01:31Moi, mon envie de cinéma ne vient pas forcément de ça.
01:33Mais par contre, le fait de penser que ce n'était pas accessible,
01:37je pense que ça vient effectivement du manque de représentation dans le cinéma.
01:40Le premier film qui représentait vraiment la banlieue,
01:43j'ai le souvenir, ça reste la haine.
01:45C'était vraiment le premier film qui nous représentait,
01:48qui représentait la banlieue, qui représentait des profils différents en tant qu'acteur.
01:52Donc oui, c'est un film qui nous a marqués, qui nous a beaucoup inspirés.
01:55La première fois que l'expression cinéma de banlieue, elle est utilisée dans la critique,
01:59c'est au moment de la sortie de La Haine par un critique qui s'appelle Thierry Jousse.
02:02Est-ce que pour vous, ce genre ou cette notion de cinéma de banlieue, ça signifie quelque chose ?
02:07Non, pas spécialement.
02:07Moi, je n'aime pas trop ce terme cinéma de banlieue
02:09parce que j'ai l'impression que ça nous enferme une fois de plus dans une case.
02:12Ça reste du cinéma où on raconte des histoires qui sont,
02:16qui sont en tout cas, qui parlent de banlieue.
02:18Mais pour moi, ce n'est pas un cinéma de banlieue.
02:20En tout cas, le cinéma que je fais, ce n'est pas un cinéma de banlieue.
02:22Ça reste du cinéma tout court et les récits parlent de ces quartiers.
02:28Mais ce n'est pas un cinéma de banlieue, non.
02:30Ça vous énerve quand on...
02:32Ça ne m'énerve pas, mais le fait à chaque fois de nous contourner dans des cas, c'est un peu chiant.
02:36Malheureusement, on a souvent tendance à mal parler de ces quartiers.
02:40Et nous, c'est important de parler d'autres histoires
02:43parce qu'il y a aussi plein de trucs positifs qui se passent dans ces quartiers.
02:45Et quand on voit Mon Fils Matiment 5, oui, c'est sûr, l'univers est très difficile,
02:49mais on a quand même de l'espoir avec ce personnage de Haby
02:53qui incarne vraiment l'espoir et qui va se battre, qui va se militer,
02:56qui va finir par monter son parti et s'engager politiquement.
03:00Et quand on prend les cas de banlieue, souvent, on fait des films.
03:03Enfin, certaines personnes font des films qui parlent de quartiers alors qu'ils ne connaissent pas du tout.
03:07Et finalement, on a l'impression que ce n'est pas vraiment dans la réalité.
03:11On est forcément dans la caricature et c'est un peu dérangeant.
03:14Justement, vous parlez de caricature.
03:16Est-ce que cette crainte de tomber dans une caricature,
03:18vous vous êtes déjà interrogé là-dessus ?
03:20Parce que je me souviens qu'en 2021, il y avait eu cette affaire à Cannes
03:23avec ce journaliste irlandais de l'AFP qui parlait de Bac Nord
03:27et qui disait que les habitants y étaient montrés comme des bêtes.
03:31C'était les mots qu'il avait utilisés.
03:32Bien sûr, nous, on se bat contre ça.
03:34Bien évidemment, on fait en sorte d'éviter la caricature.
03:37En tout cas, moi, c'est ce que j'ai fait dans mes films à l'écriture
03:40avec mon scénariste Giordano Gederlini.
03:43Vraiment, on fait en sorte de ne vraiment pas tomber dans la caricature
03:46et d'être vraiment dans la justesse, sans forcément prendre parti
03:50et raconter une certaine réalité.
03:52Mais malheureusement, oui, bien sûr, il y a beaucoup de films sur ces quartiers
03:55où on est dans la caricature, où on fantasme les choses.
03:58Et ça ne décrit pas, en tout cas, notre réalité à nous.
04:01Il y a une réplique qui m'a beaucoup marquée dans le film.
04:04C'est votre personnage qui dit « on ne peut pas être qu'en colère, on ne peut pas ».
04:08Vous vous êtes reconnue dans cette réplique-là ?
04:09Est-ce que cette colère-là, c'est quelque chose que vous avez vécu aussi ?
04:13Oui, forcément.
04:14Je pense que toute personne a déjà vécu des circonstances
04:19qui poussent à avoir cette colère en soi.
04:21Mais je me reconnais effectivement dans cette réplique
04:24parce qu'on a tous tendance à être un peu défaitiste
04:27face à des situations un peu particulières.
04:29Mais c'est vrai qu'au bout d'un moment, il est peut-être temps de se remettre
04:32en question soi-même et d'essayer de voir comment est-ce qu'on peut agir
04:35pour améliorer les choses, quel que soit le problème.
04:37Vous êtes parti en tournée avec le film, vous le montrez depuis un mois.
04:40Ça se passe comment ?
04:41Les retours sont vraiment très très bien, j'ai envie de dire.
04:46On sent que le film touche les habitants des quartiers où même pas.
04:50Les spectateurs en général sont vraiment touchés par le film.
04:54Et je pense que ça fait du bien de décrire une réalité
04:56sans justement être dans les clichés.
04:59Donc, je pense que c'est un film qui fait du bien.
05:02Et il y a beaucoup de gens qui sont concernés
05:03parce qu'on se rend compte que le logement, ça concerne vraiment...
05:06J'ai lu une étude qui disait, en gros,
05:08il y a plus de 6 millions de mal logés en France.
05:10Donc, ça ne concerne pas que les gens des quartiers,
05:12ça devient un sujet national.
Commentaires