00:00Ce sont donc au total 36 départements qui sont surveillés de très près.
00:04Toute la matinée, l'eau n'a cessé de monter.
00:06Des records de précipitations ont été battus.
00:09L'équivalent d'un mois de pluie est tombé en seulement deux heures.
00:14La France vient de connaître un mois d'octobre exceptionnel.
00:18Après le mois de septembre le plus pluvieux depuis 25 ans,
00:21de nouvelles vagues d'intempéries ont touché une grande partie du pays
00:24ces dernières semaines.
00:26Elles ont provoqué des crues soudaines et d'importantes inondations
00:29aux effets destructeurs.
00:30Nous sommes collectivement confrontés à des épisodes liés
00:33aux dérèglements climatiques.
00:38Ce sont des épisodes que nous allons vivre de plus en plus régulièrement.
00:42C'est le cas, par exemple, des dépressions méditerranéennes
00:45ou des épisodes sévenols dont les scientifiques expliquent
00:47qu'ils sont aujourd'hui renforcés par le réchauffement de la planète.
00:51Mais c'est moins évident pour le passage de Kerk, un cyclone tropical
00:55devenu ouragan de catégorie 4, qui a été ensuite rétrogradé
00:58en simple dépression lorsqu'il a achevé sa course sur notre façade atlantique.
01:02Lorsqu'un cyclone se déplace vers les moyens de latitude,
01:09il effectue ce qu'on appelle sa transition extra-tropicale,
01:12c'est-à-dire qu'il perd ses caractéristiques de cyclone.
01:15Pour le moment, aucun ouragan n'a encore atteint l'Europe.
01:19Mais dans un monde qui va continuer de se réchauffer,
01:21on peut légitimement craindre que les phénomènes tropicaux résistent davantage
01:25et conservent toujours plus de force et d'humidité
01:28lorsqu'ils remontent vers nos côtes.
01:30C'est ce qu'on a un peu vu pour Kerk, il ne s'est pas complètement noyé dans la masse.
01:33Il a gardé quand même un peu de ses caractéristiques tropicales,
01:36ce qui, je pense, explique en partie
01:37pourquoi il a donné lieu à de très fortes précipitations sur la France.
01:41Tous les phénomènes météorologiques venteux et pluvieux
01:44qui s'abattent sur l'Europe ne viennent pas forcément des tropiques.
01:47Des tempêtes qu'on appelle extra-tropicales ou de simples dépressions
01:51peuvent se former directement dans nos moyennes latitudes,
01:54notamment lorsqu'il y a un fort contraste de températures dans l'atmosphère,
01:58ce qu'on appelle un gradient.
01:59C'est basé sur ce qu'on appelle l'instabilité barocline.
02:01En fait, c'est principalement dû à la manière
02:04dont les températures de surface de la mer décroissent avec la latitude.
02:07Lorsqu'on a ce qu'on appelle un fort gradient de température
02:10dans les moyennes latitudes, c'est là où le gradient de température est le plus fort.
02:13Ça génère des instabilités
02:14qui vont donner naissance aux perturbations de moyennes latitudes.
02:17Plus surprenant, il arrive que des événements méditerranéens se transforment
02:21jusqu'à obtenir les mêmes caractéristiques qu'un cyclone tropical.
02:24Ces dépressions de moyennes latitudes,
02:26alors c'est ce qu'on appelle une goutte froide, etc.,
02:27peuvent se tropicaliser, donc devenir symétriques et à cœur chaud.
02:31Et là, on parle de méditerranée.
02:32Mais si on redescend dans les tropiques,
02:34le mécanisme de formation des événements devient un peu différent,
02:37car la température est plus homogène dans l'atmosphère.
02:40D'autres processus vont alors intervenir,
02:42notamment des déplacements de masse d'air qu'on appelle convection.
02:45Le passage de la convection plus ou moins organisée à la tempête tropicale,
02:50ça, c'est un processus qu'on ne connaît pas entièrement.
02:52On a les ingrédients, faibles cisaillements de vent,
02:54une humidité forte dans l'atmosphère, tourbillons initials.
02:58Et puis, il y a peu de ce qu'on appelle le tourbillon planétaire,
03:00qui est l'effet de la force de Coriolis.
03:02Parmi les facteurs favorables à la formation de ces phénomènes tropicaux,
03:05on peut d'abord compter sur l'absence relative de vent fort en altitude,
03:09ce qui permet de ne pas désorganiser les cyclones.
03:11C'est un endroit où le cisaillement de vent est assez faible,
03:14alors que dans les moyennes latitudes, pour le coup,
03:16le cisaillement de vent est très fort.
03:17Et il y a bien sûr la température de surface de l'océan,
03:20car un cyclone tropical a besoin d'eau chaude pour s'alimenter.
03:23Lorsque l'on regarde la zone couverte par des températures supérieures à 26 degrés,
03:28elle circonce très bien la zone de formation des cyclones tropicaux.
03:31C'est un peu pour ça que ce seuil de 26 degrés est devenu un peu populaire.
03:34Mais physiquement, il n'y a rien qui interdit un phénomène de se développer
03:38si on a une température inférieure à 26 degrés,
03:41mais que par ailleurs, on a une température beaucoup plus froide au sommet de l'atmosphère.
03:45Comme leur nom l'indique, dans l'écrasante majorité des cas,
03:48les cyclones tropicaux naissent donc dans les basses latitudes.
03:51C'est seulement à partir d'une certaine intensité, des vents à 119 km heure minimum,
03:55et en fonction des zones géographiques où ils se déplacent,
03:58qu'on va parler d'ouragans pour la partie ouest et de typhons à l'est.
04:02Et c'est cette période durant laquelle on mesure leur activité qu'on va appeler saison cyclonique.
04:06Elle dépend du bassin océanique.
04:08Pour l'Atlantique, elle s'étend du 1er juin au 30 novembre.
04:11Mais par exemple, pour le Pacifique, ça s'étend sur toute l'année.
04:14Ça correspond à la fréquence d'occurrence des cyclones au cours de l'année.
04:18Après s'être formé au large des côtes africaines,
04:21une bonne partie des cyclones traversent l'Atlantique en remontant légèrement vers le nord.
04:26Ça explique pourquoi des zones comme la Caraïbe ou le Golfe du Mexique
04:29se retrouvent en première ligne face aux ouragans.
04:31Il y a trois aléas liés aux cyclones tropicaux.
04:34La première, c'est les vents, bien sûr.
04:35Donc plus il y a de vent, plus il y a de dégâts.
04:37La deuxième, c'est la marée de tempête associée aux cyclones,
04:39c'est-à-dire que le cyclone, il a deux effets sur le niveau de la mer.
04:42Un premier effet qui est un effet de suction lié à la dépression,
04:45donc il va avoir tendance à élever le niveau de la mer par cet effet de suction.
04:48Et un deuxième qui est l'accumulation de l'eau de mer à la côte via les vents.
04:52Dans la partie du cyclone qui va avoir les vents tournés de l'océan vers la côte,
04:56il va y avoir une accumulation d'eau qui va s'ajouter à cette marée de tempête liée à la suction.
05:00Donc ça, c'est le deuxième aléa très important.
05:02C'est souvent le plus meurtrier.
05:03Et puis le troisième aléa, c'est les pluies qui, elles, vont d'une part
05:07amplifier les inondations qui peuvent être créées par les marées de tempête,
05:11mais d'autre part vont favoriser sur les zones un peu escarpées,
05:15avec des pentes très importantes, des glissements de terrain qui peuvent être très meurtriers également.
05:19Ces conséquences seront d'autant plus destructrices si les événements apportent
05:23toujours plus de pluie et de vent.
05:25Et malheureusement, à cet égard, l'évolution du climat ne va pas arranger les choses.
05:29Il faut distinguer deux choses.
05:30La détection, c'est-à-dire est-ce que dans le passé,
05:32avec le changement climatique qui s'est produit au cours du XXe siècle,
05:36il y a eu des changements dans les caractéristiques des cyclones ?
05:38La réponse est assez compliquée parce que ce sont des phénomènes relativement rares
05:42et donc c'est assez difficile de calculer des tendances.
05:45Mais il semblerait quand même que la proportion de cyclones intenses
05:49a augmenté au cours des 40 dernières années,
05:51c'est-à-dire le ratio entre le nombre de cyclones intenses et le nombre total de cyclones.
05:55Pour ce qui concerne les projections,
05:57il y a un accord entre une grande partie des modèles qui représentent des cyclones tropicaux.
06:01Le message du GIEC, c'est une stabilité ou une baisse de fréquence des phénomènes,
06:05une augmentation de la proportion des cyclones intenses,
06:08qui découle à une augmentation de l'intensité moyenne si on prend l'ensemble des cyclones,
06:12et puis un paramètre vraiment très robuste,
06:14une augmentation significative des pluies associées aux phénomènes.
06:18Il faut donc s'attendre à ce que les cyclones les plus puissants se renforcent davantage,
06:22ce qui est notamment une conséquence du réchauffement des océans.
06:25La température de surface de la mer fonctionne un peu comme le fioul du phénomène.
06:29Plus la température est élevée, plus la convection est intense,
06:32plus les phénomènes d'évaporation et de recondensation peuvent se produire au sein du système
06:36et plus le système va avoir une intensité forte.
06:39Donc, favoriser les cyclones intenses au détriment des cyclones un peu moins intenses.
06:44La plupart des cyclones tropicaux formés dans l'Atlantique foncent vers l'ouest.
06:47Mais il arrive que certains dévient un peu de leur trajectoire habituelle
06:50et entament une remontée vers nos côtes.
06:52En général, lorsqu'un cyclone se déplace vers les moyennes latitudes,
06:56il effectue ce qu'on appelle sa transition extra-tropicale,
06:59c'est-à-dire qu'il perd ses caractéristiques de cyclone
07:01pour soit se noyer dans la masse de la circulation atmosphérique de moyenne latitude,
07:05soit devenir une perturbation elle-même de moyenne latitude.
07:09C'est ce qu'on a un peu vu pour Kerk, il ne s'est pas complètement noyé dans la masse,
07:12il a gardé quand même un peu de ses caractéristiques tropicales.
07:15Jusqu'à présent, aucun ouragan digne de ce nom n'est encore remonté jusqu'en Europe.
07:19Le seul phénomène cyclonique qui ait touché les côtes de l'Europe,
07:22c'est en 2005 un cyclone qui s'appelait Vince et qui a touché les côtes du Portugal,
07:27qui était redescendu à l'état de tempête tropicale.
07:30Afin de prouver que le changement climatique va influencer de tels phénomènes,
07:34les chercheurs doivent d'abord détecter des tendances dans les observations
07:37et ensuite recourir à ce qu'on appelle la science de l'attribution.
07:40On ne peut pas le démontrer uniquement avec des observations,
07:43on est obligé de faire des simulations climatiques
07:45dans lesquelles on ne met pas l'influence humaine
07:47et on montre que lorsqu'on ne met pas l'influence humaine,
07:50la tendance observée ne se produit pas.
07:52C'est ça l'attribution en fait.
07:53Or de telles études n'ont pas pu être réalisées,
07:56notamment à cause du manque de données.
07:57Je ne pense pas qu'on ait attribué au réchauffement climatique
08:00ce décalage vers les pôles,
08:02mais on peut quand même raisonnablement penser
08:04que c'est lié au changement climatique et à l'expansion des tropiques.
08:07Difficile donc d'affirmer que dans le futur,
08:09des ouragans viendront frapper le littoral atlantique,
08:12bien qu'en première approximation,
08:14l'hypothèse paraisse difficile à exclure totalement.
08:17Si l'ère de jeu des cyclones pouvait s'étendre vers le nord,
08:19ça peut favoriser plus de phénomènes
08:22qui approchent de l'altitude de sécession.
08:24Mais ça reste plutôt de la prédiction que de la prévision.
08:32Sous-titrage Société Radio-Canada
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