00:00RTL Soir
00:02Yves Calvi et Agnès Bonfillon
00:04Bonsoir Sacha Houllier, vous êtes député non-inscrit de la Vienne après avoir été macroniste de la première heure.
00:08Merci de nous rejoindre dans RTL Soir.
00:10Hier, à Poitiers, vers 23h, une fusillade a fait 5 blessés dont un grave.
00:15Les faits se sont déroulés devant un restaurant du quartier populaire des Couronneries.
00:18Les victimes sont des adolescents, tous mineurs.
00:21Comment réagissez-vous à ce qui s'est passé et à ces faits gravissimes ?
00:26D'abord, je voudrais avoir une pensée pour les jeunes qui ont été touchés par les tirs.
00:30Quelles que soient leurs activités, personne ne mérite de tomber sous les balles.
00:34Pour les habitants du quartier qui vivent cette insécurité,
00:37et pour les forces de l'ordre qui ont maintenu l'ordre tard dans la nuit jusqu'à 2h du matin alors qu'il n'était que 30,
00:43et qu'on a compté une rixe qui aurait réuni jusqu'à 40 à 60 personnes qui se sont battues par la suite,
00:50ce qui a nécessité beaucoup de courage aux forces de l'ordre.
00:53Après, les Couronneries, c'est un quartier populaire de Poitiers que les gens ne connaissent pas forcément,
00:56parce que c'est un quartier réputé assez calme au fond.
01:00C'est 6 000 habitants, c'est un quartier parmi les plus pauvres de France,
01:04les 50 quartiers populaires les plus pauvres de France.
01:07La situation s'y est dégradée, comme dans beaucoup d'autres villes,
01:11à l'aune du trafic de stupéfiants qui, malheureusement, est florissant sinon en explosion dans notre pays.
01:17Effectivement, ça appelle des réponses dont certaines ont été mises en œuvre,
01:20et dont d'autres pourraient être déployées de façon plus rapide encore.
01:25On l'est frappé de voir et de rappeler, vous venez de le faire,
01:28que le quartier des Couronneries est classé prioritaire de la politique de la ville,
01:31que des renforts de forces mobiles sont en train d'y être déployés au moment où nous parlons,
01:34et on est surtout frappé aussi de voir ce narcotrafic investir des villes petites ou moyennes comme Poitiers.
01:40Nous n'en avions pas conscience et vous savez que ça existe,
01:44ou vous avez vu un système se mettre en place, des réseaux s'installer,
01:48vous, le député de la région ?
01:50En fait, ça fait 3 ou 4 ans que, même en tant que président de la Commission des lois,
01:54on voyait se déployer dans toutes les villes de taille moyenne,
01:57et même dans les cantagnes, le développement de trafic de stupéfiants et de drogues de synthèse,
02:02c'est-à-dire de la cocaïne, de l'héroïne, l'AMDMA, tout ce type de consommation,
02:06parce qu'il y a des consommateurs, ce qui est un vrai problème,
02:09et ça nous a conduit à faire plusieurs choses, d'abord à recruter davantage de policiers et de gendarmes,
02:13et donc ça c'était les déploiements,
02:15ensuite les opérations de pilonnage des points de villes qu'on appelait soit places nettes,
02:19soit les opérations faites par les CRS à Marseille,
02:23et puis la mise en place, ça c'était en 2022,
02:26de l'amende forfaitaire d'électuel qui vise le consommateur.
02:29On met une amende au consommateur et surtout on inscrit cette amende à son casier judiciaire
02:33pour le faire connaître et pour lui causer des tracas,
02:36parce que la consommation de stupéfiants c'est pas un acte anodin, c'est pas un acte banal.
02:39Ça c'est ce qui a été fait.
02:41Aujourd'hui Poitiers, Irenne, Nîmes, Marseille,
02:45les semaines passent et les faits de ce genre se répandent,
02:47la situation est-elle hors de contrôle aujourd'hui dans certaines villes de France,
02:51faute de l'aide dans tout le pays ?
02:53Il faut se garder de ce genre de propos qui laisseraient croire que l'État est impuissant,
02:58que l'État est aujourd'hui challengé,
03:01ou en tout cas vraiment perturbé par ce déploiement de trafic de stupéfiants, c'est vrai.
03:05Qu'il faille s'en prendre au consommateur pour targuer la source, c'est vrai aussi.
03:09Et qu'on puisse faire encore plus, c'est vrai encore,
03:12parce qu'avec Éric Dupond-Moretti lorsqu'il était garde des Sceaux,
03:15on avait préparé des textes qui permettaient un peu de briser le merta,
03:18c'était le statut des repentis,
03:20un statut de repenti comme on le connaît en Italie pour que les gens parlent,
03:23et puis avec des textes qui organisent mieux les juridictions
03:26pour que ce soit traité plus vite et de façon plus cohérente en France.
03:30Vous avez des juridictions qui sont interrégionales aujourd'hui,
03:33qui fonctionnent tant bien que mal parce qu'elles avaient des moyens qui étaient limités
03:36et qui devaient être accrus avec la loi de programmation votée en 2023.
03:39L'idée proposée par Éric Dupond-Moretti et moi-même,
03:43c'était de dire qu'on a un parquet national,
03:46comme ce qu'on a d'ailleurs en matière financière ou antiterroriste,
03:49et ce qui a produit des résultats, puisque sur l'antiterrorisme, on a des résultats,
03:52sur les affaires financières, on a des résultats également,
03:55et donc de mieux organiser toutes les filières.
03:57Vous nous dites, pardonnez-moi, le trafic de drogue doit avoir sa police spécifique, c'est ça ?
04:01Sa police et sa justice spécifique, quelque part dans un parquet unifié,
04:05dans des juridictions spécialisées.
04:07Mais il faudra aussi des moyens, parce que si vous voulez,
04:09moi je regarde aussi le budget de la Nation en ce moment même,
04:12puisqu'il est examiné au Parlement.
04:14Quand je constate qu'il y a moins 8% pour la police judiciaire de crédit qui sont engagés,
04:18quand je constate qu'on devait embaucher des policiers et des gendarmes
04:21et qu'on ne le fait plus, à la lumière du projet présenté par le gouvernement,
04:24ou encore qu'il y avait 500 millions d'euros de moins,
04:27c'est-à-dire non plus 1900 magistrats et greffiers recrutés,
04:31mais 600 pour l'année prochaine,
04:33bien loin des lois de programmation qu'on a votées il y a tout juste un an.
04:36Je m'interroge aussi sur la volonté de l'État.
04:38Est-ce que je dois vous rappeler le déficit du pays, qui est une catastrophe ?
04:41Mais dans ces cas-là, il ne fallait pas nous proposer des lois de programmation
04:45qu'on a votées bien volontiers.
04:47Et puis pour ce qui concerne les ressources,
04:49moi j'en ai proposé avec des collègues du collectif social-démocrate à différents égards,
04:53et pas seulement pour le PLF de cette année,
04:55pour celui des années précédentes.
04:57Le ministre de l'Intérieur estime que ce nouveau drame est, je cite,
05:00un point de bascule et il redoute la mexicanisation du pays.
05:03Il évoque d'ailleurs des narco-racailles.
05:05Enfin voilà, tous ces termes, est-ce qu'ils sont utiles au débat
05:08et à la compréhension de la situation ?
05:10Si vous voulez, moi je pense que la situation est suffisamment grave
05:14pour qu'on mérite d'envenimer encore des choses.
05:16Est-ce qu'il y a du trafic de soupéfiants qui aujourd'hui gangrènent
05:19des quartiers populaires et des campagnes ?
05:21Et c'est important de le rappeler, oui.
05:22Est-ce que c'est une France qui est sans coup réglé ? Non.
05:25Est-ce que les habitants qui, par contre, le vivent, souffrent ? Oui.
05:28Et donc est-ce qu'il faut trouver des solutions qui soient loin de la politique spectacle
05:32et des grands mots ? De toute évidence.
05:34Et c'est aussi pour ça que moi j'ai souhaité ce soir,
05:37en parlant de ce drame qui est intervenu immédiatement dans ma ville,
05:42vous dresser aussi des perspectives sur ce qui pourrait permettre de l'endiguer demain
05:46en prenant des propositions assez concrètes sur cela.
05:48Mais justement, la question de la dépénalisation du cannabis
05:51se pose-t-elle dans un contexte pareil ?
05:53Si ça avait pour effet miraculeux d'arrêter tous les trafics,
05:57on l'aurait déjà pris.
05:59Après, il y a des voisins aussi qui l'ont adopté.
06:03C'est le cas de l'Allemagne.
06:04Le problème, c'est que ce dont on parle aujourd'hui,
06:07ce sont des trafics de subvention de drogue de synthèse,
06:09c'est-à-dire de la cocaïne, de l'héroïne, de l'MDA.
06:12Enfin, comme je vous le disais tout à l'heure,
06:14on n'est plus sur du cannabis, si vous me permettez l'expression,
06:18un peu trivial, à la papa.
06:20On est sur des trafics qui sont beaucoup plus importants et beaucoup plus dangereux
06:25et qui, d'ailleurs, utilisent parfois nos outre-mer
06:28comme plateforme logistique, qu'il s'agisse des Antilles ou de la Guyane.
06:32Sacha Houllier, en la matière, est-ce qu'on a tout essayé ?
06:35Et surtout, est-ce qu'on ose parler des consommateurs ?
06:37Parce qu'on s'inquiète en permanence du trafic de drogue,
06:40mais on ne parle jamais de ceux qui consomment ces drogues.
06:42C'est ce que je vous disais sur les amendes profondes interdélectuelles
06:45qui commencent à être mises en œuvre et qui pourraient peut-être être simplifiées,
06:48parce qu'elles demandent aujourd'hui une reconnaissance de culpabilité des consommateurs.
06:52Et ensuite, pour ce qui concerne les consommateurs,
06:54il y a des politiques publiques qui devraient être conduites
06:57pour qu'on sensibilise davantage à ce que ça veut dire consommer du stupéfiant.
07:01Il ne suffit pas de dire qu'un joint a le goût du sang pour que les gens le comprennent.
07:04Il faudrait montrer, finalement, la vie de tous les gens qui, en Guyane, sont détruits,
07:09les forêts qui sont polluées pour produire cette drogue de synthèse,
07:13toutes les personnes qui sont exploitées ou esclavagisées
07:15à qui on retire des papiers d'identité pour aller aider ou faire le chouf dans les quartiers.
07:20Et ça, si on le donnait à avoir, je pense que ça culpabiliserait un peu plus
07:23ceux qui pensent que l'usage de drogue est récréatif.
07:26Une toute dernière question.
07:27Connaissez-vous des pays démocratiques, je dis bien démocratiques,
07:30qui ont réussi à lutter efficacement contre le trafic de drogue ?
07:34D'abord, vous avez raison de pointer le fait que c'est un problème
07:38auquel toutes les démocraties occidentales sont confrontées,
07:41qui peut être aussi lié au problème de santé mentale,
07:45en tout cas de mal-être que vivent nos concitoyens depuis le Covid.
07:48Et donc, effectivement, la question qui se pose,
07:50est-ce qu'il faut une dictature pour réguler le trafic de drogue ?
07:52Moi, je ne pense pas.
07:54Et s'il faut suivre l'exemple du Salvador,
07:56je pense que ce n'est pas une bonne voie à adopter
07:58où on a incarcéré des milliers et des milliers et des milliers de personnes
08:02dans des prisons qui sont aujourd'hui des véritables camps.
08:08Donc ça, ce n'est pas non plus ce vers quoi je pense qu'il faut se tourner.
08:11Merci beaucoup de cet éclairage, Sacha Houllier, député de la Vienne,
08:14désormais non inscrite.
08:16Dans un instant, le journal de 18h30,
08:18puis direction les Etats-Unis où la course à la Maison-Blanche touche à sa fin.
08:21L'une des clés du scrutin, c'est le vote des afro-américains,
08:24une communauté de plus en plus tentée par le vote Trump.
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