00:00RTL Matin, avec Amandine Bégaud et Thomas Soto.
00:05Il est 8h17, l'interview d'Amandine Bégaud en mode sorcière ce matin.
00:09Je ne vous laisserai pas se rire Amandine.
00:12Alors ce jour d'Halloween, vous avez voulu comprendre pourquoi on aime tellement se faire peur.
00:15Alors vous avez choisi d'inviter l'un des maîtres de l'horreur.
00:18C'est le réalisateur Alexandre Aja. Bonjour et bienvenue à vous.
00:21Bonjour.
00:21Bonjour, ça fait plus de 20 ans que vous faites des films d'horreur.
00:24Vous avez terrifié des millions de personnes avec La Colline des yeux, Mirror ou encore Haute Tension.
00:28Alors, si on voulait vous entendre ce matin, c'est parce que les chiffres sont assez stupéfiants.
00:326 Français sur 10 disent aujourd'hui fêter Halloween chaque année.
00:3676% des 18-24 ans, il y a des citrouilles partout dans les magasins, un peu partout en France.
00:42Une enseigne comme Zifi, par exemple, j'ai découvert, fait 30% de son chiffre d'affaires au moment d'Halloween.
00:47Et les films d'horreur cartonnent au cinéma.
00:49Terrifier 3, qui est pourtant interdit aux moins de 18 ans, a fait 400 000 entrées en moins de 3 semaines.
00:54Le précédent avait fait 70 000.
00:56Smile 2, qui est sorti le 16 octobre, vient d'atteindre les 500 000 entrées.
00:59Deuxième plus gros succès de l'année pour un film d'horreur.
01:02On aime se faire peur, en fait, Alexandre Agin ?
01:05On adore se faire peur.
01:06On adore se faire peur, on adore partager un frisson.
01:09C'est un moment de partage, de communauté.
01:13Moi, je vois ça avec mon fils depuis des années.
01:16Je vois ça avec mes neveux et nièces, première Halloween cet après-midi.
01:20Il y a quelque chose d'exceptionnel dans la peur, en fait.
01:24Quelque chose pour exorciser à la fois ces traumas, ces cauchemars, ces angoisses,
01:32mais aussi pour partager ce frisson.
01:34La peur, c'est quelque chose d'universel ou les Français ont des peurs bien à eux ?
01:38Vous qui vivez entre la France et les Etats-Unis, on a peur de la même chose que les Américains ou pas ?
01:43Quand on creuse un peu, on a tous peur de la même chose, où qu'on soit dans le monde.
01:46C'est pour ça que la peur n'a pas de langage.
01:49C'est pour ça que les films qui font vraiment peur, les films terrifiants, voyagent si bien,
01:52que ce soit japonais ou que ce soit en anglais, en français.
01:56Mais il y a quelque chose peut-être qui est toujours lié à l'actualité
02:01ou en tout cas au monde dans lequel on vit, aux angoisses qu'on porte.
02:05C'est très similaire aux contes de fées un petit peu Perrault, Grimm, Andersen.
02:14On est vraiment toujours dans une sorte de...
02:16On se confronte à l'inconnu à travers une histoire, à travers des symboles.
02:21Alors maintenant, ce n'est plus des histoires qu'on lit, mais c'est des histoires qu'on vit au cinéma.
02:26Je donnais les chiffres des derniers films d'horreur sortis en France, ça marche super bien.
02:32Pourquoi est-ce que finalement, on en a si peu en France ?
02:35Alors on en a, il y a toute une génération de réalisateurs français qui ont essayé.
02:42Alors la plupart vont...
02:44Voilà, dans une semaine, il y a un film qui s'appelle The Substance avec Demi Moore,
02:49qui est un film par une réalisatrice française,
02:51et qui est un chef-d'oeuvre absolu, mais bon, c'est un film américain.
02:55Oui, non mais c'est ça, vous vous êtes parti aux Etats-Unis pour pouvoir exercer et faire ce que vous vouliez faire.
03:01On trouve ça sale en France ?
03:04Non, c'était compliqué à financer en fait.
03:06C'est vraiment quelque chose de purement économique où en fait, pendant très longtemps,
03:10il fallait faire de la pré-vente, du pré-achat prime pour les partenaires de production.
03:16Et donc évidemment, ça a empêché ces films-là qui étaient souvent interdits au moins de 12 ans,
03:21ou au moins de 16 ans, de pouvoir se faire...
03:24Alors qu'en Espagne par exemple, ils ont eu des gros films très populaires d'horreur qui ont bien marché.
03:30Mais ça vient, ça vient, il y a eu Vermine l'année dernière qui a bien marché,
03:35qui était vraiment un très bon film d'horreur et de frissons.
03:38Et il y en a comme ça qui arrivent chaque année, le succès de Sous la Seine sur Netflix.
03:43Voilà, bon, il y a beaucoup beaucoup d'exemples.
03:45C'est quoi votre recette à vous pour faire peur ?
03:48Alors moi, j'essaye toujours de rester loin de l'écueil, de me dire qu'est-ce qui va faire peur aux gens.
03:55Je me dis toujours qu'est-ce qui va me faire peur à moi.
03:57Et il se trouve que je suis spectateur et un petit peu peureux moi-même avant d'être réalisateur.
04:04Vous êtes peureux ?
04:05Ah oui, moi toujours quand je rentre dans un endroit que je ne connais pas,
04:08je vais regarder sous le lit, dans les placards, je vais garder un peu une lumière allumée.
04:13Evidemment, mais c'est un petit peu une déformation professionnelle aussi.
04:16C'est-à-dire que mon métier, c'est devenu un peu d'imaginer le pire.
04:18Donc évidemment, on pense imaginer le pire, on y pense tout le temps.
04:23Donc non, je réfléchis toujours à revenir aux peurs un petit peu fondamentales
04:29et essayer surtout d'échapper à la citation simple d'autres films, d'aller vraiment chercher au fond.
04:36Et voilà, dans le monde qui nous entoure, ce qui est sous-jacent, ce qui se tient tapis un peu dans l'ombre.
04:42Ce n'est pas forcément le film d'horreur du sang partout, qui tâche ?
04:47Non, non. Alors là, c'est vrai qu'il y a un succès assez incroyable de Terrifier,
04:51qui est un film ultra gore, ultra violent, vraiment pas pour tout le monde.
04:56On a vu des gens sortir en vomissant.
04:58Voilà, ce n'est pas pour tout le monde, mais la peur, ça va au-delà.
05:04Les Américains, ils appellent ça Halloween, ce n'est pas simplement une journée,
05:08mais c'est un peu le point culminant de ce qu'ils appellent le spooky season,
05:12c'est-à-dire la saison à se faire une peur bleue.
05:15Mais ça commence pour les tout-petits, ça va loin, c'est-à-dire qu'il y a quelque chose de magique.
05:21En fait, comme tout ça est autour des morts, autour de la mort, de l'au-delà,
05:26autour de tout ce qu'on a un petit peu du mal à confronter,
05:30évidemment, on va, dans un cadre un peu ludique, se faire peur, partager des films
05:35et s'initier les uns les autres avec des histoires qui sont assez terrifiantes.
05:40Alors, j'ai vu que vous aviez découvert les films d'horreur tout jeune, un peu par erreur ?
05:46Oui, je me suis retrouvé à regarder Shining très tôt, par accident.
05:51Et c'est vrai que ça m'a...
05:53Ça, c'est la musique de Shining qu'on connaît.
05:55C'est la musique, exactement.
05:57Sous cette musique-là, quand le film commence,
05:59j'ai compris très vite que ce n'était pas du tout le film que j'étais en train de regarder,
06:02que je devais regarder.
06:03Vous aviez quel âge ?
06:04Je devais avoir 6 ou 7 ans.
06:056 ou 7 ans ?
06:06Oui.
06:07Et ça a été une incapacité même d'arrêter le magnétoscope.
06:11Il y avait encore un magnétoscope à l'époque.
06:13Et c'était... Je ne pouvais pas.
06:15J'étais pétrifié, j'étais sidéré.
06:17J'ai découvert, en fait, le pouvoir des images.
06:20Mais c'est là où vous vous êtes dit, je veux faire ça ?
06:22Alors, pas encore. Pas de cette manière-là.
06:24Mais en tout cas, c'est à partir de ce moment-là
06:26où j'ai commencé à être en quête de ce partage du frisson.
06:31C'est-à-dire d'aller chercher des adultes, des jeunes adultes,
06:36qui vont me raconter les films d'horreur qu'ils ont vus
06:38ou d'autres histoires qu'ils ont entendues.
06:40C'est le moment où je vais aussi raconter d'autres histoires à des camarades de classe,
06:44à leur faire peur, à découvrir un petit peu ce qui est autour.
06:48C'est un truc qui se partage ?
06:49C'est un truc qui se partage.
06:50On ne regarde pas seul un film d'horreur ?
06:51Rarement. Rarement.
06:53Il faut être vraiment...
06:54Moi, j'ai du mal, même aujourd'hui encore, à regarder un film d'horreur seul.
06:57Mais c'est quelque chose qu'on partage.
06:59C'est quelque chose où on est dans une salle,
07:01on sent le silence se faire, la chaleur monter.
07:05Les gens sursautent tous ensemble.
07:08Il y a quelque chose qui va au-delà de la catharsis,
07:11qui est vraiment sur le phénomène de groupe.
07:14Vous évoquiez, Alexandre Rajat, tout à l'heure, votre fils et vos neveux et nièces.
07:19À partir de quel âge on peut voir un film d'horreur ?
07:21Alors, ça dépend. Il y a film et film, j'imagine.
07:23Trois, quatre ans.
07:24Non, mais...
07:26Je ne sais pas votre fils, il a quel âge ?
07:27Ah non, mais il a 17 ans maintenant.
07:28Bon, OK. Mais le premier film d'horreur qu'il a vu, c'était à quel âge ?
07:31Même s'il y a la déformation professionnelle ?
07:33Non, bien sûr. Non, non, non.
07:34Mais il a été protégé, du moins protégé.
07:37C'est-à-dire qu'on a fait attention, il ne faut pas non plus l'exposer,
07:39parce qu'il y a ce que l'imagination peut gérer seule.
07:43Et puis, il y a des images qu'on ne comprend pas,
07:45qu'il faut parfois appréhender d'une manière différente.
07:48Mais c'est à travers le...
07:50C'est pour chaque âge.
07:51Ça commence avec Hocus Pocus,
07:55des films de sorcières très légers, des comédies musicales.
07:58Ça va sur le classique Disney,
08:00La sorcière de Blanche-Neige,
08:01qui est le trauma absolu.
08:03J'ai eu très peur, petit.
08:04Moi, ça a été vraiment...
08:05Avant Shining, c'était La sorcière.
08:08Mais c'est plein d'éléments comme ça qu'on trouve dans différents films,
08:11qui vont évidemment construire une culture.
08:16Un film à conseiller ce soir, pour le soir d'Halloween ?
08:20Alors, évidemment, moi, j'étais parti pour repartir sur Halloween.
08:24Alors, au cinéma, Smile 2,
08:27qui est vraiment très bien et qui fait très peur,
08:30que je conseille fortement.
08:33Après, tous les classiques,
08:35que ce soit Rosemary's Baby, L'Exorciste, Shining.
08:41Ça, vous reconnaissez la musique ?
08:46C'est Scream.
08:47Oui.
08:48Alors, Scream...
08:49Là, ce n'est pas vraiment un film d'horreur, c'est ce que vous allez me dire ?
08:52Oui, alors, Scream, c'est un film d'horreur.
08:54Et c'est vraiment le chef-d'oeuvre, le dernier chef-d'oeuvre de Wes Craven.
08:59Mais il y a quelque chose où, en fait,
09:01le film d'horreur devient un peu méta à ce moment-là.
09:03C'est-à-dire qu'il devient un peu en référence sur le cinéma.
09:06Alors, Scream fait vraiment très peur, le premier.
09:09Mais derrière, il va y avoir beaucoup de films qui vont arrêter de faire peur.
09:12Donc, pour moi, c'est un petit peu en réaction à ça
09:14que j'ai commencé à faire du cinéma d'horreur au début 2000.
09:16C'était parce que je voulais revenir à quelque chose qui était plus viscéral et plus...
09:21Au vrai frisson.
09:22Au vrai frisson.
09:23Bon, je retiendrai, en tout cas, que vous aussi, vous avez encore peur.
09:27Ce qui est quand même rassurant, parce que c'est ce que vous faites tous les jours.
09:30Merci beaucoup, Alexandre Azad, d'être venu nous voir.
09:32Merci, Alexandre Azad.
09:33Alors, il y a Florian Gazan qui a bu vos paroles dans le studio.
09:35Vous savez, ce n'est pas complètement l'heure, Florian.
09:37Ce n'est pas l'heure de la question passive.
09:38Mais j'en ai une à vous poser.
09:39Ça vient d'où, ce nom d'Halloween ?
09:40En fait, c'est la contraction altérée d'une phrase anglaise qui est
09:43« All Hallow Eve », qui veut dire « la veille de tous les saints ».
09:46Donc, la veille de la Toussaint.
09:47Ah, tout simplement.
09:48Voilà.
09:49On vous retrouve tout à l'heure à 9h pour une autre question passive.
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