00:00Je l'oue par hasard ou par accident,
00:02du moins par accident parce que ce n'était pas un hasard,
00:04Shining à la place de Superman II.
00:07Je comprends très vite dès que je mets la cassette
00:09que ce n'est pas le bon film,
00:11mais je suis tellement pétrifié de peur dès les premières images
00:16que c'est impossible pour moi d'aller jusqu'au magnétoscope
00:20et d'arrêter la cassette.
00:22Ce que j'ai découvert avec ces premières peurs très jeunes,
00:26c'est la capacité incroyable d'immersion,
00:31d'oublier que le monde existe
00:33et d'être complètement aspiré dans une histoire.
00:36Ce moment où on oublie, on rentre,
00:39on traverse l'écran, on traverse le livre,
00:42on oublie qu'on est là et que quelqu'un nous raconte,
00:44on rentre dans une histoire
00:46et on vit une expérience presque à la première personne.
00:51Et c'est ça, à mon avis, qui m'a beaucoup plu
00:53et c'est ça qui m'a donné envie plus tard de faire ce type de film.
01:01Ça part en général d'une idée de situation.
01:06Et si il m'arrivait quelque chose comme ça ?
01:09Et si tout d'un coup quelqu'un essayait de rentrer dans ma maison ?
01:12Et si le métro s'arrêtait et j'étais coincé toute une nuit dans un tunnel ?
01:17Et s'il y avait un ouragan
01:19et tout d'un coup des alligators rentraient dans ma maison
01:22avec l'inondation ?
01:24On ne fait pas vraiment peur avec du sang
01:27et des monstres et des choses.
01:29Ce qui fait vraiment peur, c'est les personnages.
01:33C'est les personnages qui vont avoir peur
01:36et auxquels on va s'identifier.
01:37Ce n'est pas la taille de la météorite ou la boule de feu
01:42ou peu importe ce qui va tomber, qui va être l'élément qui va faire peur.
01:47C'est d'avoir peur avec les gens qui vont courir pour l'éviter.
01:51En tout cas, de mon côté, je sais qu'il y a d'autres gens
01:53qui font un cinéma d'horreur d'une autre manière.
01:57En tout cas, moi, ça a toujours été mon approche.
01:59Et ensuite, quand vous arrivez sur le plateau au tournage,
02:02comment ça se passe ?
02:03Il y a plein de petites formules.
02:05Le jumpscare, le faux jumpscare, le double jumpscare.
02:08Un jumpscare, c'est un sursaut.
02:10C'est l'équivalent de l'éclat de rire général dans une comédie.
02:14C'est le moment où tout le monde va avoir un sursaut en même temps.
02:18Et c'est assez fabuleux quand on est dans une salle de cinéma
02:22et qu'il y a un vrai jumpscare.
02:25Il y a vraiment 300 personnes, 400 personnes à l'unisson
02:28qui, au même moment, à la même microseconde, vont bondir de leur siège.
02:32Et voilà, c'est indéniable comme réaction.
02:36En fait, c'est la peur la plus, comment dire, la plus simple.
02:42C'est celle qu'on fait quand on est caché derrière une porte
02:45et qu'on attend que quelqu'un passe et on va lui faire pouf !
02:48Et la personne va sursauter.
02:49C'est vraiment aussi con que ça.
02:50Mais en fait, on les utilise quand ils sont logiques,
02:56quand ils arrivent d'une manière organique,
02:59d'une manière naturelle, en fait, dans une histoire.
03:02C'est-à-dire que si on les force,
03:03on ne peut plus faire le chat qui te saute au visage,
03:06le pigeon qui s'envole.
03:08Bon, c'est des choses qui sont un peu trop faciles.
03:11Donc, il faut toujours réinventer, toujours trouver.
03:15Et moi, c'est un des trucs qui me plaît le plus dans ce type de cinéma.
03:19C'est en fait cette idée toute bête que quand on va voir un film d'horreur,
03:25quand on va voir un film de peur, quand on va voir un thriller,
03:28on ne vient pas neutre, vierge.
03:31On a plein d'autres films qu'on a vus
03:34qui nous ont un petit peu conditionnés à avoir certains réflexes
03:38et certaines réactions.
03:40C'est-à-dire qu'on sait qu'après une musique de suspense,
03:43il va y avoir un jump, qu'il va y avoir un sursaut.
03:47On sait qu'en général, si c'est pas là, ça va être dans le reflet du miroir
03:51et quand la porte du frigo va se fermer, il va y avoir quelqu'un.
03:53Bref, tous ces éléments un petit peu classiques.
03:56Et c'est parce qu'on sait tout ça que le rôle du réalisateur,
04:00le rôle du scénariste, c'est justement de ne pas oublier et de réinventer.
04:06Et c'est là où ça devient vachement intéressant.
04:08C'est qu'on va devoir, film après film,
04:10réfléchir et se dire, voilà, c'est ça qu'ils attendent.
04:13C'est pas ça qu'on va faire.
04:14On va faire autre chose.
04:15Mais évidemment, avec les cycles,
04:18on revient toujours à un moment donné, à 10 ans avant, 15 ans avant.
04:23Et là, par exemple, on a passé une petite décennie
04:26où le jumpscare était un petit peu passé de mode.
04:29C'était un petit peu même vulgaire de faire du jumpscare.
04:32Et là, j'ai l'impression que ça revient en force.
04:35Voilà, c'est normal.
04:37C'est les cycles qui se reproduisent les uns après les autres.
04:41La musique, c'est pas la moitié,
04:45mais c'est presque la moitié de ce type de film.
04:48C'est à dire que c'est vraiment la musique, elle est là pour...
04:52C'est comme une écriture parallèle qui va être une sorte de baromètre
04:58de l'émotion d'être à l'intérieur du personnage.
05:01C'est comme une sorte de voix off inconsciente
05:06où tout d'un coup, on ne va pas entendre ce que pense le personnage,
05:10mais on va ressentir ce que ressent le personnage à travers la musique.
05:13Et évidemment, c'est un élément pour nous,
05:16pour manipuler le spectateur et pour lui faire peur,
05:21où évidemment, on va créer des fausses pistes,
05:24des fausses montées de suspense qui n'amènent à rien.
05:27Mais évidemment, derrière, il va y avoir quelque chose d'autre qui va faire sursauter.
05:30Mais finalement, la musique, elle existe aussi par les silences qu'elle crée.
05:37C'est à dire qu'une musique de film, elle est essentielle, évidemment,
05:41mais son intensité, son rôle va aussi exister par rapport au silence qu'il va y avoir entre.
05:49Je pense que le silence dans le cinéma de genre et de peur
05:52est tout aussi important que le bruit,
05:55que la musique ou les effets de son qu'on va créer.
05:58Le cinéma de genre, c'est vraiment un cinéma de contraste, c'est un cinéma d'opposé.
06:01On oppose la lumière à la nuit, on oppose le bruit au silence.
06:05On est vraiment dans des oppositions fortes pour justement créer du contraste
06:11et créer un sentiment d'insécurité quelque part,
06:16un moment où on ne sait pas, tout est possible.
06:19Et donc, on est vraiment agrippé à son siège.
06:22– Et ce contraste, parfois, il est créé aussi avec des sons de type la respiration
06:26qu'on entend très très fort, c'est pas naturel,
06:29on ne devrait pas l'entendre aussi fort,
06:30mais ça participe à être encore plus avec le personnage
06:36et à se mettre dans le même état que lui.
06:37– C'est un cinéma qui va tellement sur une expérience viscérale des choses
06:42que tout change, les sons deviennent extrêmement forts,
06:46la musique devient très didactique parfois,
06:49l'obscurité devient encore plus sombre,
06:51la lumière, les contrastes, évidemment, augmentent.
06:55Mais il y a un objectif,
06:58et cet objectif-là, c'est de passer à travers cette expérience.
07:04– Est-ce que vous pensez qu'on peut avoir peur de la même manière
07:06ou qu'on peut autant avoir peur quand on regarde un film sur une plateforme chez soi
07:10que quand on est avec 300 personnes dans une salle de cinéma ?
07:13– C'est très compliqué, j'aimerais dire, c'est la salle sans aucun doute.
07:19Mais je mentirais parce que quelques-unes de mes plus grosses peurs,
07:24je les ai eues tout seul sur mon canapé, mais je les ai eues aussi en salle.
07:28C'est un peu les deux.
07:30Et puis quand j'y réfléchis finalement,
07:32j'ai été terrifié aussi en lisant des Stephen King dans un bus.
07:35Donc je pense que c'est la qualité de la manière dont l'histoire va être contée
07:40et comment ça va être racontée qui fait en fait la peur.
07:44Et ensuite, si on le regarde sur un grand écran, c'est génial,
07:48si on le regarde chez soi, ça peut être bien aussi.
07:51Mais quand même, quand même, je dois dire que quand on rentre dans une salle
07:56pour voir un film qui fait vraiment peur et que le film vient d'être passé
08:00à la séance précédente et qu'on sent encore la chaleur dans la salle,
08:04des gens qui ont eu peur, qui ont été tendus pendant 1h30,
08:09il y a quelque chose de magique, on a l'impression quand même de…
08:13Et puis d'être avec plein de gens autour et de sentir cette tension,
08:17ce moment de voir les gens qui se cachent ou qui se bouchent les oreilles,
08:22c'est toujours fascinant.
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