00:00Et puis il y a donc ce procès qui se trouve tout à l'heure devant le tribunal correctionnel de Château-Roué.
00:04Ce sont 19 personnes qui seront jugées pour avoir accueilli sans agrément des mineurs dont certains auraient subi des violences physiques et pas seulement d'ailleurs.
00:12Oui, violences psychologiques, humiliations, même travail forcé des enfants confiés en fait illégalement par l'Aide sociale à l'enfance du Nord à une structure d'accueil située dans l'Indre.
00:22C'est pour cela que le procès se tient tout à l'heure à Château-Roué.
00:25On est en direct ce matin avec Jean Sagné. Bonjour et merci d'être avec nous.
00:29Vous êtes l'avocat de victimes et de l'association Innocence en danger qui s'est portée partie civile dans cette affaire.
00:35Qu'est-ce que ces enfants ont subi d'abord ?
00:39Alors ils ont subi tout ce que l'on peut imaginer donner à un enfant, c'est-à-dire des gifles, des coups de poing d'ailleurs en guise d'accueil en général.
00:48C'est quelques coups de poing en guise d'accueil en leur disant de toute façon on ne te croira pas.
00:52Des coups de pied mais des coups de cravache aussi, des coups de taser, le jeu du couteau, c'est-à-dire qu'on leur met la main sur une table
01:00et puis avec un gros couteau de cuisine on leur fait comprendre qu'on va leur couper un doigt mais au dernier moment on fait autre chose.
01:06On leur met la tête dans la cuvette des WC et on tire un chasse-d'eau, on leur pisse dessus.
01:12On trouve aussi un médecin pour donner des médicaments tels que la Bilify, c'est-à-dire des médicaments pour des traitements de schizophrènes de façon à les abrutir.
01:21On leur fait subir toutes les humiliations possibles et puis aux jeunes filles, on va leur demander de ne pas porter de sous-vêtements ni en haut ni en bas.
01:30Et puis tous les matins on va vérifier en mettant la main dans l'entrecuisse que les jeunes filles ne portent pas.
01:36On va leur faire subir toutes les humiliations possibles.
01:40Ce sont des enfants donc en difficulté qui avaient été placés par l'administration, l'Aide sociale à l'enfance du département du Nord.
01:47Comment ces enfants ont-ils pu être placés au sein de cette association qui s'appelle Enfance et Bien-être alors qu'elle n'avait pas l'agrément ?
01:55Tout à fait. L'Aide sociale à l'enfance, c'est ce qu'on appelait autrefois l'ADAS, c'est plus connu encore sous ce nom-là.
02:01Pour pouvoir confier ces enfants à ces familles, on va faire tout ce qu'il faut pour ne rien voir.
02:08On va commencer par ne pas demander d'agrément parce que de toute façon il n'y en a pas.
02:12Et même lorsqu'on va être alerté sur cette question d'agrément, on ne va pas chercher à savoir.
02:16Mais on pourrait encore imaginer que sans agrément, on puisse avoir des familles bienveillantes.
02:21Donc on ne va pas demander le casier judiciaire parce que de toute façon, si on avait demandé le casier judiciaire,
02:26on se serait aperçu que ces familles n'avaient pas le droit, judiciairement, n'avaient pas le droit d'entrer en contact avec des enfants
02:33pour avoir été pour plusieurs d'entre eux et à plusieurs reprises condamnés pour des infractions sexuelles à l'égard d'enfants confiés par l'ASE.
02:42On ne comprend pas comment cette association et ces gens-là ont pu prospérer pendant des années.
02:48On ne parle pas d'une poignée d'enfants, on parle jusqu'à une centaine d'enfants concernés, n'est-ce pas ?
02:53On ne le comprend pas. Et bien entendu, l'ASE du Nord, l'ex-EDAS du Nord, est totalement taisante là-dessus.
03:01L'ex-EDAS du Nord n'est pas sur le banc des prévenus. Pas plus d'ailleurs qu'elle n'est sur le banc de la partie civile.
03:08Autrement dit, on envoie un message très clair à l'ASE du Nord qui consiste à dire vous n'y êtes pour rien, vous n'êtes pas responsable.
03:16Et c'est ce qui permet au directeur départemental du Nord de dire je ne suis ni coupable ni responsable.
03:24On est face à un échec total de la protection de l'enfance en France.
03:28– Mais pardon, comment vous expliquez que l'aide sociale à l'enfance ne soit pas dans le procès ? C'est quoi la justification ?
03:34– Alors, de ce côté-ci de la barre, on ne peut pas se l'expliquer.
03:39C'est au procureur de la République tout à l'heure, à l'ouverture de l'audience, de nous expliquer les raisons pour lesquelles le choix a été fait.
03:45À aucun moment, à aucun moment, de mettre en cause l'ASE du Nord.
03:51Le choix a été fait de leur envoyer un signal très fort qui consiste à dire de toute façon,
03:57quoi que vous ayez fait, vous ne serez pas poursuivi.
04:02– Est-ce que vous pensez que cette histoire terrible qui concerne l'aide sociale à l'enfance du Nord dépasse le département du Nord
04:11et peut concerner potentiellement d'autres départements ?
04:15– Oui, elle concerne d'autres départements.
04:18Elle concerne certains départements de la Couronne parisienne, bien entendu.
04:23Elle peut concerner d'autres départements, l'essentiel de la troupe,
04:26enfin, disons, le département qui a été le plus sourd est le département du Nord,
04:31mais il n'est pas le seul à être impliqué dans ce dossier parce que, vous comprenez, c'était simple.
04:36On avait des familles qui avaient une capacité d'accueil illimitée,
04:40c'est-à-dire qu'il suffisait de leur proposer 10 enfants pour qu'ils en prennent 10, c'était très simple.
04:45De toute façon, on les hébergait dans des conditions indignes.
04:48– Et ils ont gagné beaucoup d'argent ?
04:50– Que ce soit l'hiver, que ce soit l'été, c'était dans des caravanes,
04:53démunis d'eau, démunis d'électricité, mais il y avait un saut, un saut pour les besoins.
05:00– C'est terrible parce que vous…
05:01– Oui, l'argent, on voit dans le dossier 630 000 euros, on regardera, moi je compte plus d'un million d'euros.
05:08– Très bien.
05:09– Vous nous dites qu'en fait, il y a des enfants qui continuent d'être maltraités aujourd'hui dans d'autres départements,
05:14des enfants placés qui partent déjà dans la vie avec pas les mêmes cartes que tout le monde
05:18et qui continuent aujourd'hui d'être maltraités.
05:21– Et ça fait du monde, ça fait du monde, j'ai regardé les chiffres ce matin,
05:24le Nord comptait au mois de septembre…
05:25– C'est très simple, effectivement, il suffit de regarder les enfants
05:27qui vont tout à l'heure être au palais de justice.
05:30– Voilà, 22 837 enfants sous mesure de protection dans le département du Nord,
05:34dont plus de 12 800 placés en famille d'accueil ou en foyer.
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