00:00 - Et quel bonheur ce matin de recevoir l'un des auteurs français les plus lus au monde !
00:04 30 millions de livres vendus dans le monde, de la trilogie des fourmis, le cycle des anges,
00:09 ou encore récemment le temps des chimères pour ne citer que cela,
00:13 parce que sinon il serait déjà 11h si on parle de tous vos livres.
00:16 Bonjour Bernard Werber ! - Bonjour Anissa !
00:18 - Merci d'être là en direct ce matin, ce jour férié.
00:21 Alors vous venez nous parler non pas d'un livre, mais d'un voyage intérieur sur scène ce matin,
00:26 que vous proposez à tous ceux qui viennent vous voir.
00:28 Mais avant d'en savoir plus sur ce spectacle très original qui nous fait réfléchir,
00:33 qui nous fait poser beaucoup de questions,
00:35 puis il y aura une histoire de citron aussi, enfin on va détailler tout ça.
00:38 Bernard, je vous propose de dresser votre portrait sonore,
00:40 des petits sons pour mieux vous connaître. Vous êtes prêt ?
00:43 - Oui ! - Allez, voici le premier.
00:45 * Extrait de « La nuit de Chopin » de Bernard Werber *
01:04 - C'est difficile d'interrompre la nocturne numéro 2 de Chopin en mi bémol.
01:09 - Ça pose tout de suite une ambiance. - Oui, ça pose une ambiance effectivement ce matin.
01:12 Vous savez pourquoi on vous passe du Chopin ?
01:15 - Maman qui jouait, qui était prof de piano.
01:18 - C'est votre maman qui jouait du Chopin,
01:21 et vous dites que ces notes-là que vous entendez, ou du Chopin de manière générale,
01:26 sont les souvenirs plutôt flous, les plus anciens qui vous reviennent ?
01:31 - Ma mère, toute la période où elle était enceinte, jouait du piano tout le temps.
01:36 Et je pense que c'est bien pour un fœtus d'écouter de la musique.
01:42 En tout cas, j'étais nourri de musique, et je pense que ça m'a donné une perception du son.
01:46 La musique m'apporte des sensations très très fortes.
01:49 - Donc ce sont des sensations qui viennent de cette époque-là, de cette époque fœtus,
01:52 mais vous n'en avez pas de souvenirs, rassurez-moi.
01:55 Vous arrivez à faire des choses quand même extraordinaires, Bernard Werber.
02:00 - Mon plus ancien souvenir, c'est que j'étais à quatre pattes,
02:03 près des pieds de ma mère qui jouait avec les pédales du piano,
02:08 et elle m'a fait un signe de ne pas m'approcher des pédales parce qu'elle avait peur de me blesser.
02:11 Mais en tout cas, j'étais à quatre pattes, donc c'était moins donnant.
02:14 - Donc vous êtes tout petit.
02:15 - Mais j'ai vécu dans la musique toute ma prime enfance.
02:20 - Et justement, ces souvenirs très lointains,
02:22 vous arrivez à aller les chercher grâce à des séances de méditation ou d'hypno, c'est ça ?
02:28 - N'importe qui peut y arriver, il suffit de fermer les yeux,
02:31 de se rappeler d'un souvenir ancien, ou de demander à son esprit d'aller chercher.
02:35 C'est un peu comme un ordinateur, vous demandez de chercher un vieux fichier,
02:37 il finit par le trouver, c'est juste qu'on ne le pense pas.
02:39 - Vous croyez qu'on peut tous y arriver ?
02:41 - Alors, c'est un niveau de décontraction.
02:44 Ce qui nous empêche d'y arriver, c'est que soit on est convaincu qu'on ne va pas y arriver,
02:48 soit on n'arrive pas à se relâcher.
02:50 Mais dès le moment où on respire, on se détend et on ferme les yeux,
02:54 on a accès à son disque dur intérieur, oui.
02:57 - Donc ce que je voulais dire, c'est que c'est forcément là en tout cas.
03:00 Les données sont stockées, c'est juste qu'on...
03:03 - Je le crois.
03:04 Maintenant, je ne sais pas s'il y a des preuves techniques,
03:08 on peut savoir si on se rappelle de ses souvenirs d'enfance,
03:11 mais je crois que c'est important d'aller les chercher
03:14 et d'explorer son propre cerveau en se demandant
03:16 qu'est-ce qu'il y a à l'intérieur de plus ancien.
03:18 - On va en parler en détail de tout cela avec votre spectacle
03:21 et cette expérience très étonnante que vous proposez sur scène,
03:24 mais on continue votre portrait sonore avec ce son.
03:26 - Mais à sept ans, on perd ses dents.
03:29 Mais à sept ans, on perd ses dents.
03:31 On les met sous son or.
03:33 - Alors c'est Anne-Sylvestre qui dit "à sept ans, on perd ses dents",
03:35 c'est vrai que la majorité d'entre nous, on a perdu nos dents à sept ans.
03:38 Pendant que vous, Bernard Werber,
03:41 vous écriviez votre première nouvelle à sept ans.
03:44 - Oui, ça s'appelait "Souvenirs d'une puce"
03:47 et le professeur m'a rendu la copie en me disant
03:50 "j'ai rarement autant rigolé qu'en lisant votre copie,
03:54 c'était une histoire d'une puce qui escalade un être humain
03:56 qui arrivait en haut où il y avait une forêt
03:57 où elle rencontrait des poux."
03:59 Et le prof m'a dit "c'est super, un petit détail pris,
04:02 c'est que la première phrase ne va pas,
04:03 et un jour vous comprenez pourquoi,
04:05 et cette première phrase c'est "je suis né d'une mère pucelle et d'un père puceau."
04:08 - Ah oui !
04:09 - Et il ne m'a pas expliqué sur le coup.
04:10 - Oui, bon vous aviez sept ans en même temps.
04:12 - Mais pour moi, je me suis dit "je suis né d'une mère pucelle et d'un père puceau."
04:15 - Comment vient le déclic à sept ans, comme ça, d'écrire une nouvelle ?
04:20 - Ah, je crois que mon père me racontait tout le temps des histoires avant de me coucher,
04:23 donc ma mère me faisait écouter de la musique
04:25 et mon père me racontait des histoires,
04:26 et il y a un moment, j'ai tout le temps baigné dans les histoires.
04:28 Je me suis aperçu qu'en racontant une histoire,
04:30 automatiquement je souris et je me sens bien.
04:33 - Vous avez un truc avec les petites bêtes ?
04:35 - Oui, les fourmilières, les puces, les poux...
04:38 - Déjà c'est accessible, la fourmilière,
04:41 n'importe quel enfant, il se penche, il voit une ville,
04:44 avec des routes et des individus qui courent à gauche, à droite.
04:48 Donc c'est la sensation de comprendre mon monde de haut.
04:51 Je ne m'intéresse pas aux petites bêtes,
04:55 je m'intéresse aux bêtes visibles qui ne s'enfuient pas quand j'arrive.
04:58 - On poursuit votre portrait sonore avec ceci.
05:01 - Ah ça !
05:03 - Ah oui !
05:07 - Le musical box de Genesis.
05:11 - Je suis un dieu babar, je suis désolé.
05:12 - Vous êtes un fou de musique, Bernard Werber.
05:14 - Alors, je vais vous dire, sur cette musique précise,
05:17 ça me paraît très étrange, j'ai vu ce qu'on appelle un syndrome de Stendhal.
05:20 - C'est quoi ça ?
05:21 - C'est que tout d'un coup vous voyez quelque chose que vous trouvez tellement beau,
05:24 que vous vous arrêtez, et le temps s'arrête,
05:25 et vous plongez dans l'œuvre.
05:27 Et Genesis et cet album, Nursery Crime,
05:29 je me suis arrêté, je me suis dit "j'ai rien vu d'aussi beau, d'aussi fou, d'aussi puissant, d'aussi dingue".
05:34 - Vous vous souvenez exactement de ce jour-là,
05:35 vous êtes au lycée quand vous découvrez Genesis, c'est ça ?
05:37 - Non, c'était en colonie de vacances au ski,
05:40 et je me suis arrêté, et je me suis dit "il y a une porte qui s'ouvre dans ma tête".
05:43 Mais ça s'est reproduit après avec d'autres situations, d'autres images,
05:47 avec certains tableaux.
05:49 C'est-à-dire, tout d'un coup, l'art est tellement puissant,
05:51 puisqu'on parle d'art dans votre émission,
05:53 il y a un moment où l'art, ce n'est pas juste "c'est joli" ou "c'est sympa".
05:56 C'est-à-dire, c'est une ouverture totale du cerveau,
05:58 il y a une œuvre qui peut vous...
06:01 Comment dire ?
06:02 Vous ouvrir un nouveau chemin.
06:03 Et Genesis m'a fait ça,
06:05 et j'ai eu la chance d'encontrer Pédar Gabriel et de lui en parler.
06:07 - Ça s'est reproduit avec d'autres groupes musicaux, ou c'est qu'avec Genesis ?
06:10 - Yes, et Pink Floyd.
06:11 - Ah, très bien.
06:12 Bon, on va en parler de musique, parce que Joe est avec nous aujourd'hui.
06:15 - On est très dans la musique progressive.
06:16 - Tout à fait.
06:17 - C'est Culture Média sur Europe 1 jusqu'à 11h,
06:19 avec Bernard Werber.
06:20 On va parler dans un instant du voyage intérieur expérimental.
06:22 C'est le spectacle de Bernard Werber,
06:24 qui est actuellement tourné dans toute la France,
06:26 et à l'Olympia le 23 octobre.
06:28 - Oui !
06:29 - Ouais, sacrée date !
06:30 À tout de suite sur Europe 1.
06:31 Culture Média, 9h30.
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