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  • il y a 2 ans
Transcription
00:00Et pour parler de cette situation entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, Olivier Guillard, chercheur à l'IRIS et spécialiste de l'Asie, est avec nous.
00:08Merci d'être avec nous sur RT France. Alors comme on l'a vu dans le sujet précédent entre Kim Jong-un et Donald Trump, c'est un petit peu je t'aime, moi non plus.
00:16Mais concrètement, elles en sont où les relations entre les deux pays ?
00:20Alors elles en sont à peu près là où, en toute logique, elles devaient être, à l'issue de la reprise, un petit peu les discussions entre Washington et Pyongyang.
00:26C'est-à-dire quelque part entre les attentes un petit peu opposées des deux interlocuteurs.
00:30On a repris le dialogue, ce qui est déjà beaucoup. On a deux leaders qui ont une curriculum assez atypique, qui avaient toutes les raisons, quelques mois plus tôt encore,
00:40de se vouer aux gémonies, de se promettre la foudre nucléaire et de réduire ensemble la capitale respective.
00:46On a repris le dialogue donc au printemps 2018 avec des objectifs qui sont des objectifs a priori très distincts d'un côté et de l'autre.
00:54Je ne sais pas combien d'hivers pourraient y parvenir. Et surtout un mode et un calendrier qui est un petit peu compliqué du côté de la Maison-Blanche comme du côté de Pyongyang.
01:02Pyongyang a son temps définitif. Au contraire, le temps joue pour Pyongyang.
01:06Et le locataire actuel de la Maison-Blanche, lui, a des calendriers et des courbes d'opinion d'une certaine manière à suivre et doit obtenir quelque chose sur le court terme.
01:15Donc on essaie de composer avec ces caractères relativement imprévisibles, avec des objectifs qui sont extrêmement ambitieux.
01:22Le chef de l'État américain considère qu'il peut obtenir dans le temps de son mandat de dénucléariser la péninsule coréenne, notamment donc de reprendre...
01:31Donc il y croit, on peut y parvenir concrètement d'après les dires de Donald Trump ?
01:34Il n'est pas une personne sérieuse qui pense que l'objectif de contraindre la Corée du Nord a cessé.
01:41Le moratoire existe déjà. Mais à remettre entre guillemets les clés de l'ensemble de l'arsenal nucléaire.
01:47Dire voilà, maintenant vous n'y touchez plus, vous nous donnez ceci, on en aura la garde et vous allez être désormais un acteur extrêmement fréquentable et respectable de la communauté internationale.
01:54Il n'est pas une personne sérieuse sur cette planète qui y croit.
01:57De notre côté, en face, nous avons, c'était encore le propos de Kim Jong-un il y a quelques heures, dire nous sommes toujours, nous, très engagés dans cette dénucléarisation.
02:04Mais la Corée du Nord et les États-Unis n'ont pas la même lecture de ce que requiert, de ce que implique ce principe.
02:10Donc on est un petit peu dans un dialogue où on a un petit peu du mal à avancer.
02:14Justement, Kim Jong-un se dit favorable à une nouvelle rencontre avec Donald Trump.
02:18Mais il avertit également de l'autre côté.
02:21Quel sens si les États-Unis continuent leur sanction ? Quelle autre voie pourrait prendre Pyongyang ?
02:26Justement, vous avez parfaitement raison d'évoquer ce point.
02:29C'était un point qui était peut-être le seul point légèrement agressif au sens plutôt rhétorique du terme du propos du dirigeant suprême nord-corain.
02:36Qui consiste à dire, nous aussi notre patience a des limites.
02:38Et si jamais cette patience venait d'être un petit peu atteinte, peut-être que nous reprendrions un cours un peu moins apaisé dans nos relations bilatérales qui sont déjà un petit peu compliquées.
02:47Ça ne veut pas dire que la Corée du Nord va se remettre à faire une inflation de tirs de missiles balistiques ou reprendre ses essais nucléaires.
02:53Mais c'est un avertissement qui renvoie la balle dans le camp des États-Unis.
02:58Et donc les États-Unis, eux, ne cessent de dire qu'ils attendent davantage de Pyongyang pour pouvoir faire quelque chose.
03:03Pyongyang retourne un petit peu le compliment en disant, nous, nous estimons que nous avons fait un certain nombre de choses.
03:07Les avancées doivent maintenant venir de l'autre côté de l'Atlantique.
03:10Actez. Si personne, si aucun des deux ne bouge d'une manière substantielle ou moins intelligente, nous sommes partis pour rester dans une impasse assez longtemps.
03:17Ce n'est pas forcément une mauvaise chose.
03:19Mais pour des objectifs qui étaient très ambitieux il y a un semestre, nous n'avons pas fait la moindre avancée.
03:24Mais comme le disent d'autres observateurs, ça ne s'est pas dégradé non plus.
03:27Donc nous sommes quelque part entre le verre à moitié plein et le verre à moitié vide.
03:30Justement, alors est-ce que 2019 sera l'année du rapprochement entre les deux pays ?
03:34Est-ce qu'on peut attendre un changement de stratégie de la part des États-Unis notamment ?
03:39On peut penser que le président américain, et c'est très dur d'anticiper ce que pense le président américain, un petit peu comme son homologue nord-coréen,
03:47mais on peut penser que le président américain a déjà vendu énormément de choses à son opinion publique en disant,
03:52je suis amoureux, j'ai une relation extrêmement étroite et passionnée avec le collègue nord-coréen,
03:59je veux rester dans l'histoire comme le président qui a rétabli, qui a ramené la paix dans la péninsule,
04:04je veux mettre un terme à cette guerre qui techniquement est encore en cours entre la Corée du Nord et la Corée du Sud,
04:09mais également entre la Corée du Nord et les États-Unis d'Amérique.
04:11Je veux être le président américain qui met un terme à ce conflit qui termine depuis 1953.
04:15Lui a besoin de résultats concrets à court terme.
04:17Donc ce qui pourrait précipiter un petit peu sa volonté de faire un mauvais deal plutôt qu'aucun deal,
04:23c'est exactement ce sur quoi compte la Corée du Nord aujourd'hui.
04:25Très bien, merci beaucoup Olivier Guerre d'avoir été avec nous. Je rappelle que vous êtes chercheur à l'IRIS et spécialiste de l'Asie.

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