00:00Vous parlez des conditions de sécurité, parlons surtout de celles des milliers de réfugiés
00:03qui ont rejoint la capitale Beyrouth, qui ont fui les bombardements dans le sud
00:09et même dans la région de Dahrké, la banlieue sud de Beyrouth,
00:12qui est pilonnée sans relâche depuis le début de la semaine
00:14et surtout depuis hier après la mort d'Assad Nasrallah.
00:16Et bien ces réfugiés sont pour la plupart accueillis dans des écoles
00:20qui ont été fermées, réquisitionnées, transformées en centres d'hébergement d'urgence,
00:24c'est-à-dire que chaque classe est transformée en chambre de fortune
00:27et on sent toujours qu'il y a des matelas au sol pour accueillir toute la famille.
00:31Ce soir, ce que nous avons pu observer, c'est que chaque école a devant sa grille
00:37un camion rempli de soldats, rempli de soldats libanais prêts à défendre toute intrusion
00:41parce que la population libanaise est un cran comme jamais elle ne l'a été
00:45après la disparition du leader du Hezbollah.
00:48Un camion de militaire devant chaque école
00:50et puis aussi des camions de militaire devant les quartiers chiites
00:53où on pourrait craindre des débordements, je m'explique.
00:56On a pu se rendre dans le quartier d'Arié, c'est la banlieue sud, le fièvre du Hezbollah,
01:01interdit à la presse étrangère.
01:02On a pu s'y rendre quelques instants aujourd'hui avec Juan Palencia à la caméra
01:07et ce qu'on a pu apercevoir, c'est un quartier quasiment déserté par ses habitants.
01:12Seuls ne restent des hommes, des hommes qui rôdent en scooter.
01:17Quand je dis rôdent, c'est parce qu'ils regardent qui entre et qui sort et ils scrutent
01:20pour voir s'il n'y a pas des étrangers parce qu'ils sont, il faut bien le dire,
01:23paniqués, paranoïaques par rapport évidemment aux nombreuses frappes très ciblées
01:27de la part de l'armée israélienne, frappes qui ont tué hier soir Hassan Nasrallah.
01:33Les habitants qu'on a pu rencontrer dans d'autres quartiers,
01:35parce que là, ce dont je vous parlais était impossible pour nous d'échanger avec ces habitants-là.
01:40Dans d'autres quartiers où la situation était un petit peu plus calme,
01:44on a pu échanger avec des habitants qui venaient de Darié,
01:47qui avaient fui la nuit dernière les bombardements
01:49et qui s'étaient abrités dans d'autres quartiers de la ville.
01:52Ce qu'ils nous disent, ayant appris la mort d'Hassan Nasrallah,
01:55c'est que c'était évidemment pour eux quelque chose de très triste.
01:58Certains nous disaient par exemple qu'Hassan Nasrallah était celui qui leur avait rendu leur fierté.
02:04Pourquoi ils disent ça ?
02:04Parce qu'à Hassan Nasrallah, à la tête du Hezbollah,
02:06il a permis à certaines personnes, certaines familles de la communauté chiite en grande partie
02:10d'avoir accès à des écoles, à des hôpitaux, parfois même à du travail
02:14parce qu'il faut bien le dire ici, depuis le Liban,
02:17le Hezbollah est plus qu'un mouvement militaire considéré comme terroriste par la France et par l'Union Européenne,
02:22il est aussi, il faut le dire, ce mouvement,
02:24un mouvement qui permet à des familles de vivre et ça structure leur vie quotidienne.
02:29Donc évidemment, elles, elles ont, ces familles, elles ont tout perdu.
02:31Elles ont perdu leur leader, celui qui leur donnait de la force
02:35et elles ont perdu pour certaines, tout simplement, leur stabilité, si on peut en parler ainsi.
02:40Et c'est comme ça que certains nous en parlent.
02:42Et je vous traduis ce qu'ils nous disent, même si ça peut paraître dérangeant,
02:44c'est comme ça que certaines personnes voyaient ce leader.
02:47Et d'autres, d'autres, ces hommes qui abordent des t-shirts noirs,
02:51qui ont la tenue que revêtent les partisans du Hezbollah,
02:55ces hommes qui avaient le regard noir, que l'on a vu pleurer,
02:58que l'on a vu frapper sur leur voiture, frapper contre des grilles
03:01lorsqu'ils ont appris la confirmation de la mort de leur leader,
03:04et bien ces hommes nous disaient, pour certains, leur détermination à éventuellement se battre,
03:09à éventuellement vouloir se venger, c'était un esprit de vengeance qui dominait.
03:13Voilà pour ces témoignages que l'on a recueillis.
03:15Mais il faut bien le dire, ici à Beyrouth, la communauté est très divisée.
03:19Et certes, la majorité chiite est en soutien du Hezbollah,
03:23en tout cas pour les personnes qu'on a rencontrées.
03:24Mais il y a évidemment beaucoup de personnes, beaucoup de Libanais,
03:27qui, eux, ne rejoignent pas l'idéologie du Hezbollah, ne veulent pas l'escalade militaire,
03:31ne veulent pas de la guerre totale entre le Liban et Israël.
03:34Et certains nous disaient à demi-mot, parce qu'il y a beaucoup de tensions ici à Beyrouth,
03:37nous disaient à demi-mot être soulagés par la mort d'Assad Nasrallah.
03:40Pourquoi ? Parce qu'Assad Nasrallah, excusez-moi,
03:43c'est celui qui, dès le 8 octobre, au lendemain du 7 octobre,
03:45a lancé l'offensive du Hezbollah avec ses roquettes en direction du territoire israélien.
03:51Et donc, beaucoup de Libanais avec qui on échange nous disent évidemment
03:55refuser l'emprise d'Assad Nasrallah et du Hezbollah sur leur pays
03:59et donc être soulagés en espérant peut-être une désescalade qu'ils appellent de leur vœu.
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