00:00Et ce matin, et c'est notre événement sur RTL, nous avons choisi de revenir sur
00:06ce naufrage au large de la Manche, le pire depuis le début de l'année, au moins 12
00:10morts, on le rappelle 10 femmes et 2 hommes, on en parlait dès hier matin.
00:14Et ce matin nous avons eu envie de donner la parole aux pêcheurs du coin, ce sont souvent
00:17eux qui se retrouvent les premiers confrontés à l'horreur, qui sont les premiers à essayer
00:21d'intervenir.
00:22Bonjour Franck Hanson.
00:23Bonjour à tous.
00:24Vous avez pu recueillir Franck le témoignage de deux marins pêcheurs, un père et un fils,
00:28les Baeux, et ils ont participé aux opérations de secours, même si là ils sont déjà repartis
00:33en mer.
00:34Hier après-midi, quai Gambetta à Boulogne, l'équipage du Murex, un bateau spécialisé
00:38dans les crabes et homards, décharge sa pêche du jour.
00:41Des hommes encore éprouvés, la veille, au large du Cap Grinet, après avoir reçu l'alerte,
00:46ils ramenaient des corps sans vie, Axel Baeux, le patron à la barre, a ses images gravées
00:51en tête.
00:52C'est au réveil où on y pense.
00:53Tu n'entendais pas ce qu'il y a des corps, il était déjà trop tard.
00:55J'étais à 4 minutes de route de leur embarcation, j'étais en train de pêcher
00:59quand j'ai reçu l'alerte du cross, donc on a commencé à ramasser les débris et
01:02puis après on est tombé sur des corps, donc on a ramassé les corps.
01:04Moi j'en ai remonté trois dont deux femmes.
01:06Il y avait une jeune, je ne sais pas dire l'âge, je pense entre 15 et 20 ans, et là
01:10oui c'est dur.
01:11Elle avait le téléphone au cou, le téléphone n'arrêtait pas de sonner dans la pochette
01:13étanche, c'est ce qui m'a le plus marqué, là c'est dur.
01:16Arrivé sur zone avec son cousin après un navire de la Marine Nationale, le pêcheur
01:20a vu les restes d'un bateau complètement disloqué.
01:23Moi quand je suis arrivé, déjà le main qui avait commencé à en récupérer, c'était
01:26tous dans l'eau, accrochés au dernier boudin flottant qui restait gonflé.
01:31Au bateau il ne restait plus rien ?
01:32Non, même nous, quand on récupérait les corps, il n'y avait plus que le petit bout
01:36de boudin à l'arrière qui était comme ça, debout dans l'eau, il n'y avait plus rien.
01:40Moi je les avais vus passer une demi-heure ou une heure avant, il n'y avait pas de gilet,
01:44la seule chose que j'ai vue qui flottait c'était une bouée de piscine en forme de
01:49pneu.
01:50C'est des exilés qu'ils ont pourtant l'habitude de croiser dans ce détroit du Pas-de-Calais,
01:53encore hier matin d'ailleurs, sans forcément penser à cette issue fatale.
01:58Et c'est une situation, Franck, que n'avait pas connu le père d'Axel, lui-même pêcheur
02:03et qui a arrêté de travailler il y a seulement 7 ans.
02:06Jean-Marie, toujours propriétaire du navire, n'était en effet pas habitué à ces situations
02:10en mer.
02:11Moi à l'époque il n'y avait pas, j'ai arrêté de naviguer en 2016, on n'en voyait pas du
02:15tout.
02:17C'est quotidien, ce n'est pas tous les jours mais presque.
02:19Il y en a encore eu un tout à l'heure en départ d'un migrant, quand il fait beau
02:23c'est tous les jours, on n'est pas indifférents, c'est eux qui l'ont choisi comme ça mais
02:26bon, ça fait toujours mal au cœur quand même.
02:28Ce boulonnais voit aussi que son fils reste marqué par cette épreuve.
02:32Déjà hier il m'a appelé, il n'était pas bien, ce matin ça allait mieux mais hier
02:34il n'était franchement pas bien.
02:35Hier on a parlé, on a discuté, est-ce que ça lui a fait du bien peut-être, je ne sais
02:40pas.
02:41Moi je n'ai jamais récupéré de noyé, tant mieux pour moi.
02:45Dans le boulonnais, dans la région, ça fait partie du petit frère ?
02:48Oui, c'est un peu la hantise, la peur de se retrouver dans une situation comme ça,
02:53d'essayer de faire au mieux mais bon, ce n'est pas toujours évident.
02:55Et comme le reste de l'équipage, Axel a décliné le soutien psychologique proposé
03:00par les autorités.
03:01Franck, est-ce que ce drame a changé le regard de ces marins pêcheurs sur la situation de
03:06ce qu'on appelle les migrants ?
03:07Oui, même si ces hommes restent pudiques et ont souvent du mal à se pencher sur leurs
03:11émotions.
03:12D'autant plus qu'il a vu ces matelots mauritaniens et sénégalais en larmes.
03:15Axel Bae avoue qu'il comprend ce qui peut motiver ces candidats à l'exil.
03:20Je pense que tout le monde ici en France, si ça n'y aurait plus qu'on serait obligé
03:22de partir, on ferait pareil.
03:23On se croit toujours plus malin, on dirait mais nous non, on ne ferait pas comme ça
03:27mais ici, je pense, on dit pareil.
03:29Sur ce littoral où le vote RN était encore majoritaire aux dernières législatives,
03:34le patron du Murex assure qu'il réagira différemment s'il croise de nouveaux migrants
03:38en détresse.
03:39Maintenant je sais ce que je dois faire.
03:40À quelques minutes près, dit-il, sous les yeux de son petit garçon, on aurait peut-être
03:44pu sauver des vies.
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