00:00On va continuer évidemment de parler d'actualité politique dans un instant, mais d'abord je vous le disais, exclusivité Europe 1.
00:06Eric Trappier, le PDG de Dassault Aviation, est mon invité après la vente de 12 Rafales à la Serbie.
00:11Contrat signé à l'occasion de la visite d'Emmanuel Macron,
00:14la Serbie qui devient le quatrième pays d'Europe à s'équiper de ses avions militaires, un contrat qui est aussi l'illustration
00:22de l'apaisement stratégique entre la France et la Serbie qui reste, on le rappelle, l'un des derniers allées de Moscou en Europe.
00:29Bonsoir Eric Trappier.
00:30Bonsoir.
00:31Merci d'être avec nous, on a vraiment hâte et qu'on voudrait savoir, et les auditeurs d'Europe 1 se posent évidemment la question après ce succès,
00:39parce que c'est un succès, cette vente de 12 Rafales, le succès de Dassault, c'est aussi le succès de la France, si je puis me permettre,
00:47le rayonnement de la France à l'étranger à travers vos succès.
00:51Eric Trappier, est-ce que vous pouvez nous raconter, et raconter aux auditeurs d'Europe 1, les coulisses de la signature de ce contrat ?
00:59Écoutez, comme tout signature de contrat, il faut remonter à sa genèse, et la genèse c'est la volonté de deux pays,
01:06la volonté de deux présidents, notre président et celui de la Serbie, de vouloir amorcer un rapprochement stratégique dans la conférence,
01:17et je dirais que c'est de là, de ce travail entre les deux présidents, de cette volonté entre les deux présidents,
01:25qu'il y a eu cette volonté de travailler à essayer d'acheter le Rafale.
01:32Donc depuis, Dassault, bien sûr, a répondu tout à fait présent dans ce contexte stratégique et politique,
01:41et nous avons instruit un dossier depuis quelques années pour arriver, je dirais, dans ces dernières minutes, à finaliser une négociation,
01:51c'est un contrat commercial, et qui bien sûr, je le dis, est un vrai rapprochement aussi stratégique de la Serbie avec la France,
02:00et de cette volonté des deux présidents, donc c'est une vraie réussite pour nous Dassault,
02:04mais c'est aussi et surtout une vraie réussite de la politique de la France.
02:09Une vraie réussite de la politique de la France, vous participez aussi à cette réussite, vous disiez, il a fallu des années,
02:17des années pour conclure ce contrat, on parle d'un contrat qui tournerait autour de 3 milliards d'euros,
02:24est-ce que ce chiffre est crédible, Éric Trappier ?
02:28Oui, c'est un contrat qui a été, le chiffre a été donné hier, de 2,7 milliards à peu près d'euros,
02:37pour des avions qui seront livrés en 2028 et en 2029, et donc c'est un tout à fait crédible comme chiffre, et tout à fait réel.
02:48Vous avez 507 Rafales qui ont été vendues, commandées, c'est un véritable succès de cet avion militaire qui a été lancé en 86,
02:56et qui a mis un peu de temps à rencontrer le succès qu'il a aujourd'hui,
03:01est-ce que votre carnet de commandes qui est plein va vous permettre de livrer en temps et en heure vos clients ?
03:09Je reviens sur ce succès, comme je le dis régulièrement, c'est un vrai moment Rafale qui dure,
03:16parce que l'avion est un bon avion, il a été bien conçu par nos équipes techniques, opérationnelles,
03:22avec le ministère de la Défense français, les aviateurs de l'armée de l'air, de l'armée nationale,
03:29et c'est cette réussite technique qui est saluée, mais c'est aussi une réussite de la France
03:35qui poursuit cette longue tradition de se rapprocher d'un certain nombre de pays,
03:41vous pouvez voir les réussites du Rafale, d'abord en Europe, mais surtout dans les Balkans,
03:46parce qu'il faut noter qu'à service d'un pays clé dans ce contexte de Balkans,
03:50de stabilisation et de volonté de stabilisation de cette région que le Président a souhaitée,
03:57et ensuite on est en Grèce, on est en Égypte, on est, je vais le rappeler, au Qatar, aux Émirats,
04:05et puis bien sûr l'Asie, l'Inde et l'Indonésie,
04:09donc on voit bien que c'est une ligne stratégique pour la politique française.
04:15Donc c'est cette réussite qui nous amène finalement à une réussite aussi en nombre,
04:20507 avions commandés, on va bientôt dépasser le succès du Mirage 2000,
04:26donc c'est pour un avion qui ne se vendait pas.
04:29Vous vous rappelez que pendant des années on a eu à subir...
04:32Mais bien sûr il a mis du temps à séduire les armées du monde le Rafale,
04:35mais aujourd'hui quel succès Éric Trappier, quel succès !
04:38Le F-35 américain n'a qu'à bien se tenir !
04:42Il faut qu'on soit patient, la patience paye,
04:45à partir du moment où on a un bon avion,
04:47qu'on est en bonne symbiose entre la volonté stratégique de la France
04:51et cette réussite opérationnelle et technique,
04:54je crois qu'on en tire les fruits.
04:57Comment vous allez réussir justement à livrer vos clients en temps et en heure,
05:01parce que votre carnet de commandes est énorme !
05:04Vous allez embaucher, comment vous allez faire,
05:06comment vous travaillez avec les sous-traitants ?
05:08Nous embauchons, l'avantage de négocier sur de longues années,
05:12c'est qu'on anticipe les réussites,
05:14alors ça ne marche pas toujours,
05:16mais honnêtement en ce moment on anticipe plutôt les réussites.
05:19Donc la réussite de ce contrat de 12 avions était d'une certaine manière anticipée,
05:23donc on l'inclut dans notre programmation.
05:27On a des difficultés, je ne cache pas, je l'ai dit à nos résultats,
05:32beaucoup de difficultés, surtout avec nos sous-traitants,
05:35qui sont toujours dans le post-Covid avec des problématiques d'embauche,
05:39des problématiques ce qui est paradoxal,
05:41dans un pays où il y a encore 7,5% de chômage,
05:44il faut donc qu'on poursuive cet effort d'embauche.
05:47Moi j'embauche 2 000 personnes cette année.
05:492 000 personnes embauchées chez Dassault ?
05:52Pour une société qui fait 13 000 personnes, donc c'est beaucoup,
05:55et vous voyez nos sous-traitants vont faire pareil,
05:57donc effectivement on est à la course à l'emploi.
06:03Un emploi qualifié, ce qui nécessite d'ailleurs
06:05qu'il y ait des formations adéquates pour arriver à faire.
06:09Donc le sujet de la formation, le sujet de l'apprentissage
06:13sont des sujets absolument fondamentaux pour arriver à relever ce défi de la réussite.
06:18Mais ce sont des bons problèmes,
06:21je pense que c'est un sujet où on va pouvoir continuer à gagner la bataille de l'emploi.
06:26Je pense que ça c'est fondamental pour un pays.
06:28Je rappelle que quand on est compétitif et qu'on gagne des contrats,
06:32on fait vivre l'économie.
06:33On paie nos impôts, on les paie en France,
06:35on paie nos charges sociales,
06:37nos salariés paient leurs charges sociales,
06:38nos salariés dépensent dans les territoires où ils sont.
06:40Bref, c'est que du bleu, j'aime bien le rappeler
06:42parce que de temps en temps on pourra l'oublier.
06:44Non, non, c'est très important, c'est très important de le rappeler,
06:46vous avez raison.
06:47En juillet dernier vous parliez justement de l'annonce des résultats,
06:49c'est à ce moment-là que vous avez pris la parole.
06:51Vous évoquiez aussi des discussions avec plusieurs prospects,
06:54sans citer de pays en particulier.
06:56Est-ce que pour les auditeurs d'Europe 1,
06:57vous pourriez nous donner une piste ?
06:58Parce que j'imagine, et vous l'avez dit,
07:00vous négociez des contrats sur des années.
07:02Est-ce que vous avez d'autres discussions peut-être engagées
07:04ou qui seraient plus abouties ?
07:06Non, je ne suis pas très bidaire ni bavard,
07:09je ne vais pas faire commenter.
07:11J'ai tenté, c'est normal.
07:12J'avais dit qu'il y aurait un contrat avant la fin de l'année,
07:16sans garantie bien sûr.
07:18Je pense qu'on peut en attendre un autre avant la fin de l'année.
07:21Un autre contrat avant la fin de l'année ?
07:23Voilà, je l'espère.
07:25Vous l'espérez, donc un autre contrat,
07:27il s'apporterait à peu près sur combien d'avions militaires ?
07:30Ah ça je ne vous dirai pas.
07:31Ah vous ne me direz même pas ça, zut !
07:33Non, parce qu'on ne sait jamais.
07:35Oui, vous avez raison, on ne sait jamais.
07:37Mais un autre contrat pour Dassault, d'ici la fin de l'année ?
07:39Je garde à vous parler quand des choses se font.
07:42Oui, bien sûr, j'entends bien.
07:44Mais on a un vrai challenge, pour en revenir,
07:46on a un vrai challenge effectivement de fabrication maintenant,
07:48avec nos sous-traitants.
07:50C'est ça qui est très important dans notre pays,
07:52c'est d'être soutenu dans cette politique de l'Ox,
07:55soutenu dans la politique de formation, de l'éducation.
07:59Il faut continuer dans cette voie pour gagner cette bataille de l'emploi,
08:02et de l'emploi qualifié.
08:04Parce que l'emploi qualifié, ça veut dire que vous avez du pouvoir d'achat.
08:07Vous êtes en entreprise industrielle,
08:09je ne vais pas dire bien payée,
08:11certains pourraient dire que ce n'est pas assez,
08:13ce n'est jamais assez.
08:14Ils ont un salaire régulier,
08:16on partage la valeur avec l'intéressement
08:18et la participation si chères
08:20au cœur de Marcel Dassault
08:22et de ses héritiers.
08:24Et donc quelque part,
08:26c'est quand même cette réussite,
08:28cette tradition de réussite
08:30qui permet à un pays
08:32de fonctionner
08:34et de bien fonctionner.
08:36Ça améliorera le pouvoir d'achat de ceux qui travaillent
08:38dans nos sociétés industrielles,
08:40et en particulier celles de l'aéroport.
08:42Une dernière chose Éric Trappier,
08:44je voudrais avoir aussi
08:46votre regard
08:48sur la situation mondiale,
08:50les situations de tensions
08:52que l'on voit évidemment aux frontières de l'Europe,
08:54au Moyen-Orient et ailleurs.
08:56Est-ce que la vente de ces rafales
08:58et le succès du rafale, ce n'est pas aussi l'illustration
09:00d'un monde qui va mal ?
09:02Les tensions internationales, comment vous les analysez ?
09:04Je crois qu'effectivement
09:06le monde change
09:08assez rapidement.
09:10Vous avez
09:12une évolution réelle
09:14dans les tensions.
09:16Les tensions géographiques reviennent
09:18et on ne peut pas s'en réjouir.
09:20Si vous voyez la guerre en Ukraine, nous n'en tirons aucun profit.
09:22Nous ne vendons pas aux pays
09:24menacés en Europe.
09:26Mais par contre,
09:28nous vendons à des pays qui ont
09:30envie de se rapprocher de cette
09:32stratégie française
09:34originale qui
09:36bien sûr est arrivée au sein de l'Europe,
09:38dans l'Union Européenne, mais qui a aussi
09:40sa spécificité stratégique,
09:42historique, d'aller vers
09:44d'autres pays, d'autres continents.
09:46Quand on travaille avec l'Indonésie, c'est loin.
09:48Mais ça résonne
09:50dans ces pays, cette volonté de travailler ensemble.
09:52Donc oui,
09:54le monde est instable,
09:56de plus en plus. Il ne va pas falloir
09:58baisser la garde sur les
10:00budgets de la Défense, sur
10:02cette réalité et trouver
10:04une nouvelle forme
10:06d'allié, de partenariat
10:08pour arriver justement à apaiser ces tensions.
10:10Merci beaucoup Eric Trappier
10:12d'avoir répondu en exclusivité
10:14sur Europe 1,
10:16à cette vente, ce succès
10:18que nous partageons de douze rafales
10:20à la Serbie. Vous nous dites qu'un
10:22autre contrat sera
10:24certainement signé d'ici
10:26la fin de l'année. Merci beaucoup.
10:28J'ai bon espoir, merci.
10:30Vous avez bon espoir. Merci beaucoup Eric Trappier et nous aussi.
10:32Merci. A bientôt. Au revoir.