00:00– Oh bonjour Agathe, merci d'être là. – Bonjour Agathe de me recevoir.
00:04– Agathe, aujourd'hui on est d'accord, on part sur une journée de consultations
00:07entre Emmanuel Macron et les chefs de partis politiques,
00:11ça va commencer avec le Nouveau Front Populaire,
00:13dites-nous qu'est-ce qui se joue, qu'est-ce qui peut se jouer aujourd'hui ?
00:16– Aujourd'hui, a priori, il n'y aura pas d'annonce de nouveau Premier ministre,
00:21Emmanuel Macron commence ses consultations par le Nouveau Front Populaire,
00:25ses consultations se termineront lundi,
00:27Emmanuel Macron recevra notamment le Rassemblement National,
00:30et là, l'idée c'est vraiment pour lui de sonder les partis,
00:33de sonder les chefs de groupe, de savoir ce qu'ils veulent précisément,
00:37d'abord sur le fond, quels programmes et ensuite avec qui,
00:41savoir jusqu'où ils sont capables d'aller,
00:43est-ce qu'ils sont prêts à nouer des alliances,
00:45est-ce qu'ils sont prêts à gouverner vraiment
00:48ou est-ce qu'ils sont seulement dans la posture ?
00:50S'ils sont prêts à gouverner, dans ce cas avec qui, quelle est leur majorité ?
00:54S'ils ne veulent pas gouverner, est-ce qu'ils sont prêts néanmoins
00:56à soutenir un gouvernement sans participer ?
00:59Quelles sont leurs lignes rouges ?
01:01Emmanuel Macron va un peu sonder tout le monde,
01:02il peut aussi sonder certains dans son camp ou certains à droite
01:06sur un nom éventuellement de Premier ministre,
01:10ça m'étonnerait qu'il sonde le Nouveau Front Populaire sur un nom de Premier ministre
01:13puisque le Nouveau Front Populaire va venir avec Lucie Castex,
01:15Emmanuel Macron a déjà fait savoir qu'il n'avait pas l'intention de la nommer,
01:18mais donc voilà, il va sonder tout le monde avec cet enjeu principal,
01:22trouver quelqu'un qui ait le moindre risque d'être censuré
01:26pour avoir un gouvernement stable.
01:28– On va évoquer les noms putatifs pour aller à Matignon dans un instant,
01:31mais d'abord, dans la tête d'Emmanuel Macron, qu'est-ce qui se passe ?
01:34Je précise que vous n'êtes ni psychologue ni psychanalyste,
01:37que vous êtes journaliste, mais pour autant,
01:38vous connaissez particulièrement bien la politique,
01:40Emmanuel Macron dit mettre des horloges, là il prend son temps,
01:43est-ce que c'est une stratégie ? Qu'est-ce qu'il a derrière la tête ?
01:47– Déjà on peut dire que chez Emmanuel Macron c'est une tendance,
01:50la procrastination, il n'est pas pressé,
01:54disons que prendre son temps et ne pas subir le temps
01:56lui donne aussi un peu le sentiment de contrôler les événements,
01:59de contrôler les choses, il faut dire que déjà la situation n'était pas évidente,
02:04ça on peut le mettre au crédit d'Emmanuel Macron,
02:06aucun parti qui a une majorité claire, le nouveau front populaire qui dit
02:11on veut bien gouverner mais uniquement entre nous,
02:13uniquement sur notre programme, les autres qui disent
02:15mais s'il y a la France insoumise,
02:16et maintenant on censura tout de suite le gouvernement,
02:18donc déjà ce n'était pas évident.
02:19– En même temps c'est une situation qu'il a lui-même créée avec la dissolution.
02:22– Totalement, c'est lui qui a créé cette situation pour clarifier,
02:26disait-il, les choses à l'époque et ce que l'on constate
02:29c'est que ça va bientôt faire 7 semaines que le scrutin a eu lieu
02:32et Emmanuel Macron n'a pas du tout été pressé d'en tirer les conclusions,
02:36il a même décrété une trêve olympique, il y a eu un effet Jeux olympiques,
02:40on voit bien que le Président a voulu en profiter un petit peu
02:43parce que c'est vrai qu'il aurait pu convoquer les partis plus tôt,
02:46il a même dit qu'il n'avait pas envie que la vie reprenne ses droits
02:49à la fin des Jeux olympiques,
02:51donc c'est vrai qu'il aurait pu aller plus vite.
02:53Maintenant, nommer un Premier ministre,
02:56pour lui ça implique aussi potentiellement que le pouvoir commence à lui échapper,
03:00vous savez qu'Emmanuel Macron est un omniprésident
03:03qui avait tendance à présider et gouverner en même temps,
03:06Edouard Philippe lui a suffisamment reproché,
03:08à partir du moment où il nomme un Premier ministre
03:12qui n'est pas de son camp dans une forme de cohabitation,
03:14Premier ministre qui aura la main pour former un nouveau gouvernement,
03:17avec une assemblée nationale éclatée en 11 groupes,
03:20le pouvoir va se déplacer progressivement
03:23et c'est aussi le début, peut-être de la fin pour le chef de l'État.
03:27– Choisir c'est renoncer.
03:28– Exactement, on comprend qu'il ne soit pas si pressé que ça
03:32de nommer quelqu'un un pro-matinon.
03:34– Et justement sur le Premier ministre,
03:35les Jeux olympiques sont passés,
03:37juste après des noms ont commencé un petit peu à circuler,
03:40Valéry Pécresse, Xavier Bertrand, on a aussi Bernard Cazeneuve,
03:44vous qu'est-ce qu'il se dit dans les coulisses,
03:45est-ce que c'est possible ces noms-là,
03:46est-ce qu'il y en a d'autres qui arrivent aussi ?
03:48– Alors ce qu'il se dit, d'abord c'est que c'est le brouillard,
03:50vraiment, même des personnes bien informées reconnaissent
03:56que là l'information ne circule pas trop et ce que l'on sait,
04:01pour connaître aussi un peu le fonctionnement d'Emmanuel Macron,
04:03c'est que souvent les pistes qui circulent ne sont pas celles
04:04qui sont retenues à la fin, personne ne s'attendait à la nomination
04:07d'Édouard Philippe, de Jean Castex ou de Gabriel Attal,
04:10en tout cas dans un premier temps à Matisse.
04:12– Donc les trois qu'on voit là, vous dites, à priori, aucun de ces trois-là.
04:14– Disons que leur nom a déjà beaucoup circulé pour que ce soit l'un des trois,
04:16mais ce n'est pas impossible, alors on va commencer par la droite,
04:19Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, déjà le fait de nommer quelqu'un de droite,
04:24ce n'est pas évident, même si c'est quelqu'un plutôt de centre-droit,
04:27ce n'est pas évident sachant que c'est le Nouveau Front Populaire
04:29qui est arrivé en tête, Xavier Bertrand coche beaucoup de cases,
04:32il incarne une droite sociale, en tout cas c'est ce qu'il veut incarner,
04:36l'habitude de travailler avec d'autres sensibilités politiques
04:39à la tête de la région Hauts-de-France.
04:41– Il a connu plein de postes, maire, député, ministre.
04:44Grosse expérience, effectivement, ministérielle et d'élu local.
04:49Maintenant, Xavier Bertrand, il pourrait plaire à la gauche modérée,
04:52l'aile gauche, par exemple, de l'ex-majorité présidentielle
04:54n'aurait pas peur de Xavier Bertrand, mais Xavier Bertrand,
04:58le problème c'est qu'il s'entend très mal avec Laurent Wauquiez,
05:02le patron du groupe de la droite à l'Assemblée,
05:04et Laurent Wauquiez est catégorique sur le fait qu'il ne veut pas
05:06de coalition avec Emmanuel Macron, donc nommer quelqu'un de droite,
05:09que ce soit Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse,
05:11la présidente des Hauts-de-France, ça viendrait contrer le narratif,
05:14la ligne politique de Laurent Wauquiez et Emmanuel Macron
05:16n'a pas trop intérêt à se mettre Laurent Wauquiez à dos,
05:18parce que même s'il n'a que 47 députés, c'est tout de même 47 députés.
05:23– On rappelle que le parti présidentiel est loin d'avoir la majorité
05:25à l'Assemblée nationale, évidemment, donc il doit compter sur des soutiens.
05:28– Exactement, donc nommer quelqu'un de droite,
05:29ce ne serait pas forcément le plus habile.
05:31– Bernard Cazeneuve.
05:32– Voilà, quelqu'un de centre-gauche comme Bernard Cazeneuve,
05:35qui est un peu éloigné de la joute politique, du microcosme politique,
05:40un passé de Premier ministre, de ministre de l'Intérieur,
05:43qui incarne une gauche qui n'a pas peur, évidemment, de parler de sécurité,
05:48de laïcité, des valeurs républicaines, c'est-à-dire en négatif,
05:51ce que n'est pas la France insoumise, ça, ça pourrait plaire à Emmanuel Macron.
05:55Bernard Cazeneuve, il ne fait pas peur au centre-droit,
05:58il pourrait aussi rallier une partie des socialistes.
06:01Donc, peut-être qu'un profil comme Bernard Cazeneuve ou comme Karim Bouadran,
06:06le maire de Saint-Ouen, – On l'entend beaucoup sur nous ce dernier jour.
06:10– Voilà, qui lui aussi incarne une gauche pragmatique,
06:13qui n'a pas peur de parler de sécurité, de laïcité, de valeurs de la République,
06:18qui ne mâche pas ses mots d'ailleurs contre la France insoumise,
06:20peut-être que ce genre de profil serait les plus à même de fédérer,
06:25maintenant avec des limites tout de même.
06:27C'est pour ça que certains disent, ce ne sera peut-être pas un politique,
06:30mais quelqu'un issu de la société civile.
06:32– Et Lucie Castex, par exemple, qu'on évoquait,
06:33vous n'y croyez pas vraiment non plus ?
06:34– Ben disons que Lucie Castex, elle arrive, elle commence mal,
06:36parce qu'elle dit qu'elle veut un gouvernement, déjà du Nouveau Front Populaire,
06:40et avec la France insoumise.
06:41Or, le Rassemblement National, la droite et certains macronistes,
06:45ont déjà dit qu'ils censuraient un gouvernement avec la France insoumise en son sein.
06:48Emmanuel Macron, pour lui, c'est aussi l'enjeu de sa survie politique,
06:51si on voit que les gouvernements s'enchaînent et sont censurés les uns après les autres,
06:55c'est la question du maintien d'Emmanuel Macron à l'Élysée qui va se poser aussi.
06:57– Sa survie politique, sa succession,
06:59et justement, il y a quand même un pays à gérer en attendant.
07:01Comment il s'entend Emmanuel Macron avec Gabriel Attal en ce moment ?
07:04– Très mal.
07:05– Très mal, très mal ou juste un peu très mal ?
07:08– Non, mais Emmanuel Macron n'est pas homme à afficher ses émotions
07:14et afficher trop son agacement, donc quand il se voit,
07:18le chef de l'État, bien sûr, est cordial et courtois,
07:21mais les deux hommes ne se supportent plus, ça a commencé…
07:24– Ils ne se supportent plus carrément ?
07:26– En tout cas, oui, c'est ce qui circule,
07:29mais ça fait depuis un moment, Gabriel Attal, et c'était prévisible d'ailleurs,
07:32c'est pour ça que beaucoup ne comprennent pas
07:33pourquoi Emmanuel Macron a nommé Gabriel Attal à Matignon.
07:36Gabriel Attal a agacé Emmanuel Macron,
07:38il trouve qu'il a trop pris la lumière,
07:40qu'il a fait plus de communication que de fond.
07:43Ces derniers temps, il y a eu des désaccords entre eux sur la stratégie,
07:45sur le timing pour prendre la présidence du groupe à l'Assemblée,
07:48Gabriel Attal a pris un peu tout le monde de court,
07:50Emmanuel Macron était pour temporiser,
07:53Gabriel Attal a surtout désavoué le chef de l'État
07:55en expliquant très clairement que la décision de Lissouth n'était pas la sienne,
07:58il a fait comprendre qu'il était contre
08:00et il s'est fait un peu passer pour un martyr qui allait sauver son camp,
08:03ça a agacé Emmanuel Macron,
08:05donc oui, ils ont du mal à se supporter, mais ils ne le montrent pas.
08:10– Agathe, on a une question, on rappelle constitutionnellement,
08:13Emmanuel Macron n'est pas dans l'obligation de nommer
08:15un Premier ministre issu du Nouveau Front Populaire,
08:17en revanche, est-ce qu'il y a par contre une obligation,
08:20en termes de temps, pour nommer le Premier ministre ?
08:22Jusqu'à quand il peut faire non pas durer le plaisir, mais cette atteinte ?
08:25– Non, il n'y a pas d'obligation, ça peut durer à ma connaissance,
08:29en tout cas là, ça peut durer encore un moment,
08:32voilà, l'article 8 de la constitution dit que le Président nomme le Premier ministre,
08:37mais il n'y a pas d'obligation de timing,
08:38et d'ailleurs Emmanuel Macron en profite,
08:41donc bon, pour l'instant, il est, j'ai envie de dire, il est dans les règles.
08:46– Vous avez une date de fin, vous, à peu près ?
08:47– Non, mais bon, là, ce que l'on peut dire,
08:49c'est que les consultations se terminent lundi avec les partis,
08:54mardi, a priori, rien à l'agenda du chef de l'État,
08:56mercredi, cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques…
08:59– Votre rêve ?
09:00– Paralympique, peut-être mardi, du coup, avant la cérémonie d'ouverture,
09:05sachant que jeudi et vendredi, le chef d'État part en Serbie,
09:08donc en fait, il y a une petite fenêtre, mardi.
09:10– Mardi.
09:11– Vous vous souvenez qu'Emmanuel Macron avait mis quand même deux semaines
09:13pour remplacer Gérard Collomb à l'intérieur,
09:17on avait un Premier ministre, Édouard Philippe, qui avait fait l'intérim,
09:19ce qui était totalement inédit,
09:21trois semaines pour nommer Elisabeth Borne en 2022,
09:24bref, vous avez compris que le temps, ce n'est pas son sujet.
09:28– Merci beaucoup, Agathe, un mot quand même pour dire
09:30qu'on vous retrouve sur France Info à la rentrée, tous les soirs ?
09:33– Exactement, donc j'y étais le matin, je passe le soir,
09:36une nouvelle tranche de 18h à 21h, France Info soir avec Jean-Rémi Baudot,
09:41et moi j'aurai une interview tous les jours,
09:43interview politique à 18h30 et puis les informer du soir de 20h à 21h
09:47pour faire exactement ce qu'on vient de faire, décrypter,
09:50essayer de comprendre ce qui se passe dans la réalité.
09:51– Les réveils seront moins durs, je pense.
09:53– Les réveils seront moins durs, oui.
09:55– Merci mille fois Agathe Lambret d'être venue sur le plateau de Télématin
09:59pour ce décryptage politique.
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