00:00Bonjour Sacha Oulier, merci d'avoir accepté l'invitation ce matin de France Inter.
00:04Vous êtes député de la Vienne, député réélu, ancien ministre de la Commission des Lois,
00:09figure de ce que l'on avait coutume d'appeler l'aile gauche de la Macronie.
00:12Il y a quelques jours, vous aviez annoncé que vous ne vouliez plus siéger au sein du groupe Renaissance
00:17dans l'Assemblée nationale qui fait sa rentrée demain.
00:20Est-ce que vous maintenez cette décision ?
00:22Est-ce que vous allez être l'aile gauche en dehors de la Macronie désormais ?
00:25D'abord, ce que je veux vous dire, c'est que tout se passe dans la vie politique française
00:29comme si chacun, c'était abstrait, avait vite oublié la soirée cauchemardesque du 30 juin.
00:34Cette soirée où...
00:36La dissolution.
00:36Non, 30 juin, c'était le soir du premier tour, où pendant quelques minutes,
00:40la France entière a cru et même a craint que le Rassemblement national
00:45pouvait avoir ou une majorité absolue ou une majorité relative.
00:48Et que face à ce risque inouï, tout le monde a pris sa responsabilité
00:53pour, dans une coalition de fêtes, le Front républicain,
00:56s'entendre pour que ce désastre n'arrive pas.
01:00Et depuis 10 jours, alors que nous avons parlé pendant 4 semaines d'idées,
01:04alors que nous avons parlé des salaires qui devaient augmenter,
01:06de la santé qui devait être accessible, de l'école qui devait être fondée,
01:09de la sécurité qui devait être réelle,
01:12et bien depuis 10 jours, nous ne parlons plus, la classe politique française, que des postes.
01:15Je crois que c'est désastreux et je crois que c'est le carburant absolu du Rassemblement national.
01:20Maintenant, lorsque je suis arrivé à l'Assemblée nationale,
01:22il y a eu des réunions de groupes, y compris du mien, le groupe Renaissance,
01:26auquel j'appartenais jusqu'alors.
01:28D'abord, cette logique des postes, elle s'est inscrite pour tous les groupes.
01:31Ces écuries présidentielles, que sont devenues tous les groupes politiques,
01:34se sont mises en marche. Je pense que c'est délétère.
01:37— Vous savez que des postes découlent tout le reste.
01:40Évidemment, la stratégie et les mesures qui pourront être mises en place.
01:42— Je pense que les choses ont été prises à l'envers.
01:44Et que, dans une dissolution où personne n'a eu le temps, véritablement,
01:47d'affiner ses propositions, de dire aux Français ce qu'ils voulaient faire,
01:51de dire ce que nous pouvions faire en commun, une conférence sociale pour les salaires,
01:54par exemple, plutôt qu'un SMIC qui est illusoire à 1 600 euros,
01:58où ce sont les syndicats et les patronats qui délibèrent sur le montant des salaires
02:02ou les conditions de travail. Un grand débat sur l'école,
02:05puisque chacun projette, plaque sur l'école, ses fantasmes ou ses spéculations,
02:10sans que chacun ne parvienne à se mettre d'accord.
02:12Une loi, une première loi sur l'accès à la santé pour tous,
02:16à un généraliste, à un spécialiste dans notre pays,
02:18ça, ce sont des actes politiques qui doivent précéder la répartition des postes.
02:22Et c'est aussi pour ça, pour ne pas signer le Blanc-Saint,
02:24pour que le mouvement politique, le courant politique que je prétends incarner
02:29ou dans lequel je m'inscris, la social-démocratie, le centre-gauche,
02:33celui sur lequel je me suis fait élire en 2017, réélire en 2022,
02:36réélire à nouveau en 2024, soit véritablement incarné.
02:39C'est aussi pour ça que j'ai choisi, tant que je n'ai pas la garantie
02:43qu'il sera incarné dans un groupe politique, de siéger en non-inscrit
02:46et en tout cas de ne pas me rattacher au groupe Renaissance.
02:48– Et vous êtes tout seul ? – Pour l'instant, je suis seul.
02:51– Vous aviez tenté la constitution d'un groupe autonome ?
02:53– Nous étions une quinzaine de députés de l'ex-groupe Renaissance,
02:57nous étions également des députés divers gauches qui siégeaient
03:00ou comme non-inscrits ou qui siégeront au groupe Lyaute.
03:03Je sais aussi que des socialistes sont intéressés.
03:05C'est un courant politique qui n'est pas soluble avec la gauche radicale
03:09comme la France Insoumise et qui ne doit pas ou plus être dominée
03:13par la droite conservatrice.
03:14C'est un courant politique qui existe, puisque à la fois autour de Raphaël Glucksmann
03:19mais aussi avec des voix qui sont allées à Valéry Hayé,
03:22qui a été largement plébiscité par les Français au moment des élections européennes le 9 juin.
03:26C'est un courant politique qui a fait l'élection du Président de la République en 2017
03:30et donc je crois qu'il ne peut pas être absent de la vie politique française.
03:34– Vous espérez toujours en faire une formation ?
03:35– Il ne peut pas être absent d'un groupe de l'Assemblée Nationale
03:39et donc si ce groupe ne peut pas avoir le jour aujourd'hui,
03:41je continuerai de travailler à ce qu'il voit le jour demain
03:45avec toutes les personnalités politiques que je vous ai décrites.
03:47Encore une fois, avec un courant politique dont il a été dit
03:51que le leader du Front Populaire à l'époque en était l'incarnation
03:54ou en était issu, Léon Blum,
03:56et bien je pense que ce courant politique a beaucoup de solutions
04:00pour, dans le parlementarisme, créer une coalition,
04:03faire que les gens s'entendent, faire privilégier les idées
04:06et je l'ai dit sur ces questions.
04:07– Une coalition avec qui ?
04:08Parce que vous savez qu'évidemment, même si vous regrettez que l'on ait parlé
04:11des positionnements de chacun et des coalitions et des tractations plus que des idées,
04:15c'est quand même la question qui se pose,
04:16surtout à la veille de cette journée cruciale à l'Assemblée Nationale
04:18où vous avez émis tous les postes clés.
04:20– D'abord, il y a des éléments qui sont un peu rassurants et qu'on peut saluer.
04:21Le Front Républicain qui s'est constitué dans les urnes
04:24doit en toute circonstance demeurer à l'Assemblée Nationale
04:27et donc l'idée qui fait que nous ne devrions pas avoir
04:30de postes à responsabilité qui reviennent au Rassemblement National,
04:33je la soutiens et je suis souscrit pleinement.
04:35Ensuite, il est évident, au regard de l'attitude qu'ils adoptent,
04:38que la France Insoumise, avec laquelle j'ai des désaccords insurmontables,
04:41je ne mets pas de signes égales,
04:42mais j'ai des désaccords insurmontables avec eux sur ce sujet,
04:45pas de signes égales avec le Rassemblement National,
04:47eh bien la France Insoumise ne souhaite pas exercer le pouvoir, elle l'a dit.
04:51Ce qui veut dire que s'il nous faut regarder à droite,
04:53et j'ai des collègues qui pour le coup ont beaucoup de facilité avec cela,
04:58eh bien il nous faut aussi regarder à gauche,
04:59tendre la main aux socialistes, aux écologistes, aux communistes
05:02pour que cette coalition, elle vive.
05:03Pour que, encore une fois, l'esprit du soir du 30 juin,
05:07cet esprit de responsabilité dans lequel,
05:09avec des tremolos dans la voie,
05:11beaucoup de dirigeants politiques sont venus expliquer
05:13que notre pays méritait mieux,
05:15eh bien il est une réalité politique.
05:17Et que l'Assemblée Nationale ne soit pas un champ de ruines,
05:20mais finalement quelque chose où on cultive un peu nos différences
05:23et un minimum en commun.
05:25Je vous ai dit trois idées sur la conférence sociale sur les salaires,
05:29la loi sur l'accès à la santé,
05:31ou encore le grand débat sur l'école pour qu'on trouve des solutions.
05:33On pourrait très bien reprendre des idées qui étaient extrêmement consensuelles.
05:36L'idée du plan anti-corruption d'Éric Dupond-Moretti,
05:40qui permettait de faire une grande loi contre la criminalité organisée,
05:45elle était plébiscitée par plus de 80% des Français.
05:47Donc ça, ça pourrait être soutenu des socialistes, des écologistes jusqu'au Républicain.
05:53Ce qui veut dire qu'en quelques minutes,
05:56je propose déjà quatre idées qui pourraient faire consensus
05:58et qui pourraient dégager quelque chose comme un pacte.
06:01Mais c'est des accords de projet, uniquement sur certains textes.
06:03Est-ce qu'on pourrait faire une coalition ?
06:04Les accords de projet, c'est déjà ce que nous avions avec la chambre précédente.
06:08Moi, j'étais président de la commission des lois.
06:10On a fait adopter une loi de programmation du ministère de l'Intérieur
06:13qui a revalorisé de 15 milliards d'euros les crédits.
06:15Ce qui fait qu'à Poitiers, aujourd'hui, vous avez 15 policiers supplémentaires.
06:18Une loi sur la programmation du ministère de la Justice avec 7 milliards d'euros en plus.
06:22Ce qui fait que dans des cours d'appel comme la mienne,
06:24vous avez 100 magistrats greffiers en plus.
06:27Ce qui fait qu'on construit des prisons supplémentaires parce qu'elles sont surpeuplées.
06:30Tout ça, ces majorités de projets que nous avons faits avec la droite et avec la gauche
06:34sous la présente législature, nous y sommes parvenus.
06:36Pourquoi ce serait devenu impossible par le seul effet de la dissolution ?
06:39Qu'est-ce qui vous distingue, Sacha Oulier, finalement, des députés du Bloc Renaissance
06:43avec qui vous ne vous souhaitez pas siéger à partir de demain ?
06:46Parce que finalement, cette idée d'une coalition, elle existe aussi dans votre famille politique.
06:49Heureusement pour moi, plein de points communs avec eux.
06:51Mais à partir du moment où nous n'avons pas eu le temps de faire le contrat commun,
06:54le programme que nous aurions voulu présenter aux Français
06:58parce que la dissolution est survenue immédiatement...
06:59Vous ne signez pas quelque chose à blanc, c'est ça ?
07:01Je ne signe pas de chaque en blanc.
07:02Et c'est logique.
07:04Et je pense que c'est aussi la responsabilité des politiques.
07:06C'est aussi ce que j'ai dit à mes électeurs.
07:07Ce que j'ai dit à mes électeurs, c'est que j'entendais m'inscrire dans le courant social-démocrate,
07:11ce qui avait quelques incidences en termes de respect du dialogue social,
07:15ce qui avait quelques incidences en termes aussi de construction d'une réponse de sécurité à gauche,
07:20en tout cas au centre-gauche, qui assume qu'on a besoin de policiers, de gendarmes,
07:26qu'on a besoin de respecter ces institutions et qu'on a besoin de protéger les Français.
07:30Donc tout ça veut dire que je ne suis pas en opposition frontale avec les gens avec qui j'ai siégé.
07:35Mais par contre, je pense qu'il faut que ces sensibilités-là soient respectées,
07:39que le Parlement ou la coalition de demain, elle ne peut pas être hémiplégique.
07:43Elle ne peut pas être construite qu'avec la droite républicaine, quand bien même cette droite est républicaine.
07:46Est-ce que vous allez soutenir la candidature de la présidente sortante de l'Assemblée nationale,
07:50Yann Brune-Pivet, demain lors de l'élection ?
07:54Est-ce que parce que le calendrier est contraint, vous parlez de projets, vous parlez de mesures,
07:56mais il y a tout de même des postes et les élections c'est demain ?
08:00D'abord, moi j'ai eu l'occasion de voir travailler Yann Brune-Pivet à la Commission des lois,
08:03puisque je lui ai succédé ensuite.
08:04Ensuite, je travaillais avec elle comme président de l'Assemblée.
08:07Je trouve que c'est une bonne présidente de l'Assemblée,
08:09donc je ne vois pas pourquoi elle se verrait privée de ses fonctions.
08:12Et donc je pense que oui, elle doit être conduite et c'est la raison pour laquelle je voterai pour elle.
08:16Je voudrais votre regard aussi sur la situation très inhabituelle qui est la nôtre,
08:19la démission du gouvernement qui a été acceptée,
08:21Gabriel Attal, ces ministres qui vont rester à leur poste pour gérer les affaires courantes,
08:24on en parlait tout à l'heure, 17 ministres qui vont voter demain
08:27pour cette nouvelle présidente de l'Assemblée nationale.
08:31Ce qui paraît tout de même étrange, certes conforme à la Constitution,
08:35nous disent les spécialistes, mais tout de même étrange.
08:36Alors du point de vue de l'ancien président de la Commission des lois,
08:38ça reste une bizarrerie constitutionnelle qu'on puisse cumuler à un poste dans l'exécutif
08:43et puis des fonctions législatives.
08:45C'est compliqué à comprendre pour les Français.
08:46Mais le principe même de la séparation des pouvoirs,
08:48l'interdit, ce principe qui a été admis par la Révolution française en 1789
08:53et qui était celui théorisé par les Lumières
08:55selon lequel on ne peut pas mélanger le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif.
08:58C'est pour ça que plus tôt le travail aurait été fait autour d'une coalition,
09:01plus tôt un gouvernement nouveau pourrait être nommé, mieux ce sera.
09:05Parce qu'on ne peut pas, là encore, être clair vis-à-vis des Français
09:09lorsqu'on a des parlementaires qui siègent au gouvernement.
09:13Ou alors, ça n'est plus la Vème République,
09:16et puis par ailleurs, même dans la IVème République,
09:19lorsque des députés étaient nommés au gouvernement, ils cessaient de siéger.
09:23Donc ça aussi, il faudra rapidement qu'on puisse avoir une clarification sur ce sujet,
09:28une clarification politique, je l'ai dit, une clarification institutionnelle.
09:31Qui pourrait succéder à Gabriel Attal à Matignon ?
09:33Eh bien, vous voyez, la raison pour laquelle je ne vais pas répondre à votre question,
09:38c'est précisément parce que je vous ai dit que les postes, ça n'était pas la priorité.
09:41C'est qu'est-ce que nous voulons faire ensemble ?
09:43Quel espoir nous donnons à tous les gens qui nous ont dit c'est votre dernière chance ?
09:46Parce que cette fois-ci, c'est vraiment la dernière chance.
09:50Merci Sacha Oulier, député de la Vienne, d'être venu ce matin au micro de France Inter.
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