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  • il y a 2 ans
Interrogée sur une possible cohabitation du chef de l'État avec Jordan Bardella au lendemain des élections législatives, Marine Le Pen affirme dans les colonnes du Télégramme que le titre de "chef des armées" est "honorifique".

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Transcription
00:00Marine Le Pen qui donne ce matin dans les colonnes du Télégramme sa vision de ce que serait la cohabitation.
00:07Elle conteste d'abord le rôle de chef des armées du président en disant qu'il s'agit d'un titre honorifique, c'est vrai ?
00:13Oui, alors c'est un pavé dans la mare que lance Marine Le Pen, une forme d'avertissement en fait.
00:17Qu'est-ce qu'elle dit ? Elle dit chef des armées pour le président, c'est un titre honorifique puisque c'est le Premier ministre qui tient les cordons de la bourse.
00:25Et puis elle dit aussi, et ça c'est moins une surprise, Jordan n'a pas l'intention de lui chercher querelle, il dit Jordan Bardella, mais il a posé des lignes rouges.
00:34Sur l'Ukraine, le président ne pourra pas envoyer de troupes.
00:38Est-ce qu'elle a raison constitutionnellement ?
00:40Non sur le titre honorifique, oui sur l'Ukraine.
00:43La défense ça fait partie de ce qu'on appelle un peu abusivement le domaine réservé du président de la République, en fait c'est plutôt un domaine partagé.
00:49En matière de défense, le rôle du président de la République, il est déterminant dans la constitution.
00:53C'est lui le garant de l'indépendance nationale et de l'intégrité du territoire national, ça c'est ce que dit l'article 5 de la constitution.
00:58Il est le chef des armées, donc la fameuse expression, ça c'est l'article 15 de la constitution.
01:03Et à ce titre, c'est lui qui préside les conseils et comités supérieurs de la défense nationale.
01:07C'est lui qui préside aussi le conseil de sécurité intérieure, mais surtout il est aussi le seul à décider de l'emploi de la force nucléaire française.
01:14Donc vous voyez bien, c'est tout sauf un titre honorifique.
01:17C'est lui qui a les codes nucléaires, c'est pas le Premier ministre.
01:19C'est lui, c'est autour de lui, il les porte pas dans sa poche.
01:22Mais le gouvernement fait pas de l'affiguration non plus.
01:24Que dit l'article 21 de la constitution ?
01:26Le Premier ministre est responsable notamment de la défense nationale, il nomme aux emplois civils et militaires.
01:33C'est l'article 21.
01:34En clair, ça veut dire, le président de la République, Emmanuel Macron, il peut dire, je veux envoyer des troupes en Ukraine.
01:39Et en face, le gouvernement, il peut répondre, nous n'en avons pas les moyens ou l'armée n'a pas le matériel nécessaire à livrer.
01:47Vous voyez bien, la décision et l'exécution, il y a un hiatus.
01:51Ce qui est intéressant dans cette interview, c'est que ça en dit loin sur la façon dont pourrait se passer la cohabitation
01:56si l'ERN décrochait la majorité absolue le soir du 7 juillet.
01:59Oui, parce que ce que dit cette interview, en gros, c'est que Marine Le Pen voudrait faire d'Emmanuel Macron un président chrysanthème.
02:04Vous savez, un président qui dépose des gerbes et qui coupe des rubans.
02:08Elle dit aussi dans le Télégramme, par exemple, qu'Emmanuel Macron n'aura pas le choix du Premier ministre.
02:13Alors ça, c'est faux du point de vue de la stricte constitution.
02:16C'est le président qui nomme qui il veut au poste de Premier ministre.
02:19Maintenant, c'est vrai qu'il y a aussi une logique politique et institutionnelle, j'allais dire,
02:23qui veut que François Mitterrand disait qu'il respecterait la volonté populaire quand il était dans la même situation.
02:29Et donc, il nommera évidemment, si l'ERN décrochait une majorité absolue, quelqu'un qui vient du RN et très vraisemblablement Jordan Bardella.
02:36Est-ce que le président de la République a les moyens de résister ?
02:38Alors oui, il y a un précédent dans la première cohabitation.
02:41Vous vous souvenez, Jacques Chirac est nommé à Matignon.
02:44Il se retrouve face à François Mitterrand qui est président.
02:47Et François Mitterrand s'est opposé.
02:49C'est lui parce qu'il a le pouvoir de signature, le président de la République.
02:53Par exemple, il s'est opposé à la nomination de Jean Le Canuet au ministère de la Défense, par exemple,
02:58que lui proposait Jacques Chirac parce qu'il n'en voulait pas.
03:01Donc, il a dit non, ça ne sera pas lui.
03:02Et il s'en est suivi une discussion entre les deux pour se mettre d'accord sur un nom.
03:06Il s'est opposé aussi au gouvernement en refusant de signer des ordonnances que lui présentait le gouvernement.
03:11Bref, le président a le moyen de résister.
03:13En fait, ce qu'il faut comprendre, c'est que la cohabitation, c'est une situation institutionnelle
03:17qui est décrite dans la Constitution, mais dans les faits, c'est un rapport de force politique
03:20et c'est surtout devenu un usage.
03:22On en a eu trois, vous savez, des cohabitations, 86, 93 et 97.
03:28Et cet usage, en fait, il suit une forme de logique républicaine et de tradition républicaine.
03:34Ce que montre cette interview et ce qui sera intéressant d'observer si jamais le RN l'emporte,
03:39c'est est-ce que le RN s'inscrit dans cette tradition républicaine,
03:42auquel cas ce sera vraiment un parti républicain,
03:45ou est-ce qu'il décide de rompre et à ce moment-là, ça sera un sérieux précédent.
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