00:00L'effet Lucifer.
00:01Ce concept popularisé par le psychologue Philippe Zimbardo
00:04révèle comment des individus peuvent, sous certaines conditions,
00:07commettre des actes horribles.
00:09Le terme Lucifer fait référence à l'ange déchu,
00:11qui, selon la religion chrétienne, a été chassé du ciel
00:14après être devenu diabolique.
00:16L'existence même de cet effet nous donnerait la réponse
00:19à la question, sommes-nous bons ou mauvais ?
00:21Faites-nous l'enfer, faites-nous l'enfer, s'il vous plaît.
00:28Cet effet a été mis en lumière par une seule expérience menée par Zimbardo lui-même.
00:33Nous sommes en 1971 et Zimbardo a bien l'intention
00:36de plonger dans les ténèbres de l'âme humaine.
00:38Il veut explorer comment les rôles sociaux et les environnements
00:41peuvent influencer les comportements humains.
00:44Le concept.
00:44Zimbardo transforme donc le seul département de psychologie de Stanford en prison.
00:4924 étudiants, tous psychologiquement stables,
00:51ont été sélectionnés pour jouer les rôles de gardiens et de prisonniers.
00:55Et ces rôles ont été attribués au hasard.
00:57Les prisonniers sont arrêtés chez eux par de vrais policiers,
01:00menottés et amenés à la pseudo-prison.
01:02Là, ils sont soumis à un processus complet de mise en détention,
01:06y compris la fouille, la prise d'empreintes digitales
01:08et l'attribution d'un uniforme avec un numéro à la place de leur nom.
01:12Les gardiens, vêtus d'uniformes et portant des lunettes de soleil réfléchissantes
01:15pour masquer leur identité au maximum,
01:17ont pour instruction de maintenir l'ordre sans recourir à la violence physique.
01:21Très rapidement, l'expérience prend une tournure sombre.
01:24Les gardiens commencent à adopter des comportements abusifs,
01:27humiliants et maltraitants.
01:29Les prisonniers, quant à eux, montrent des signes de détresse émotionnelle,
01:32de passivité et même de désespoir.
01:34La situation devient si intenable que l'expérience prévue pour durer deux semaines
01:38est arrêtée après seulement six jours.
01:40Conclusion.
01:41Zimbardo conclut que des individus ordinaires
01:45peuvent rapidement devenir cruelles et tyranniques
01:47lorsqu'ils sont placés dans des rôles de pouvoir dans un environnement permissif.
01:51Bon, ok.
01:52Maintenant que je t'ai confirmé que l'humain est malfaisant par nature
01:54et que j'ai un peu étanché ta soif de drama pour aujourd'hui,
01:57ne sois-y pas, car c'est là que ça devient intéressant.
01:59En fait, tout ça vient d'anciens courants de pensée,
02:02notamment d'un certain Thomas Hobbes,
02:04qui croit à l'époque que l'homme est fondamentalement égoïste
02:06et motivé par les intérêts personnels.
02:08Hobbes croyait que sans une autorité centrale forte,
02:11la vie serait, je cite,
02:12« solitaire, pauvre, méchante, brutale et courte ».
02:15Cette perspective a influencé de nombreuses recherches en psychologie et en sociologie,
02:19où les chercheurs cherchaient à démontrer cette vision pessimiste
02:22pour justifier la nécessité d'un contrôle social strict et des structures hiérarchiques.
02:26Et c'est exactement là où je voudrais qu'on branche nos cerveaux ensemble.
02:30D'ailleurs, si vous êtes arrivé jusqu'ici,
02:32mettez des émojis oreilles en commentaire, que je vois qui sont les vrais.
02:36En fait, l'erreur de Zimbardo, entre guillemets,
02:38c'est d'avoir voulu vérifier une théorie existante
02:40qui se basait sur des croyances du XVe siècle,
02:43à tel point qu'il en a lui-même biaisé son expérience.
02:46Et oui, parce que ça a été prouvé par un certain Rutger Bregman.
02:49Au moment de l'expérience de Stanford,
02:51M. Zimbardo s'était autoproclamé recteur de la pseudo-prison.
02:55Jusque-là, rien d'anormal, mais l'étude des rapports de cette expérience
02:58ont permis de mettre au jour le fait que Zimbardo s'était laissé emporter
03:02par ses croyances dans les théories pessimistes de Hobbes,
03:04ce qui avait donné lieu à un manque d'objectivité de sa part,
03:07et donc il avait un petit peu fait pencher la balance vers ce qu'il pensait justement.
03:12Et il a voulu plutôt prouver la véracité d'une théorie
03:15plutôt que d'observer les vrais tenants et aboutissants d'une situation.
03:19Ce qui, on va pas se le cacher, est une démarche moyennement scientifique.
03:23Mais bon, qui suis-je pour juger ?
03:24Avec ces nouvelles informations, Rutger a pu remener l'expérience
03:28et prouver que la nature humaine est essentiellement bonne.
03:31Il montre que, dans des conditions normales, sans manipulation extérieure,
03:35les gens sont naturellement enclins à coopérer et à s'entraider.
03:38Bregman révèle que des expériences célèbres comme celle de Milgram,
03:41dont j'ai parlé dans la vidéo précédente,
03:43ou celle de la prison de Stanford,
03:44ont été conçues de manière à confirmer des hypothèses pessimistes.
03:48Cependant, lorsque ces expériences sont reproduites sans biais,
03:52les résultats montrent une tendance humaine à la bienveillance,
03:54soit littéralement l'inverse de ce qui a été prouvé avant.
03:57D'ailleurs, je vous invite à regarder la vidéo précédente,
03:59car justement je parle de l'instrumentalisation de cette crainte du chaos.
04:04Mais revenons à Stanford.
04:06Dans une réplique de l'expérience de Stanford menée par la BBC,
04:08où les gardiens n'étaient pas encouragés à être cruels,
04:10les gardiens ont fini par devenir amis avec les prisonniers,
04:14démontrant que la cruauté n'est pas innée,
04:16mais induite par des influences autoritaires extérieures.
04:19Les recherches montrent que l'humain est fondamentalement bon,
04:22et que ce sont les influences extérieures qui le corrompent.
04:26Les idéologies, les pressions économiques et les contextes culturels
04:29jouent un rôle majeur dans la transformation
04:31des comportements bienveillants en actes malveillants.
04:34En fait, les sociétés plus égalitaires et coopératives
04:36tentent à favoriser des comportements altruistes et solidaires.
04:39Bregman cite également des exemples historiques et contemporains
04:42où, en l'absence de coercition,
04:44les individus démontrent des comportements naturellement altruistes.
04:48Les situations de crise révèlent souvent le meilleur de l'humanité,
04:51contrairement à ce que certaines théories pessimistes voudraient nous faire croire,
04:54et, plus important encore, contrairement à ce que beaucoup de médias,
04:57de leaders politiques, ne suivaient pas mon doigt,
04:59nous disent à longueur de journée.
05:02L'erreur de Zimbardo, et d'autres chercheurs,
05:04était de partir d'une vision pessimiste de la nature humaine
05:07influencée par des croyances séculaires.
05:09Et les travaux de Bregman nous invitent à reconsidérer cette perspective
05:12et à reconnaître que l'humain,
05:14lorsqu'il est libéré des influences corruptrices,
05:16est fondamentalement bon.
05:18Merci beaucoup d'être resté jusqu'à la fin de la vidéo.
05:20Restez curieux. Abonnez-vous. Ciao.
05:27Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
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