00:00Sonia Devillers, il est 7h48, votre invité ce matin est sénateur Europe Écologie-Les Verts de Paris,
00:06ancien candidat à la présidentielle, ancienne tête de liste aux européennes.
00:11Bonjour Yannick Jadot.
00:12Bonjour.
00:1224h, il aura fallu 24h pour que 4 formations de gauche, le PS, les Insoumis, les Verts, les Communistes,
00:17trouvent un accord pour des candidats uniques au premier tour de ces législatives express
00:23et s'affichent ensemble pour la première fois depuis 10 mois.
00:25C'est le salut de la gauche ?
00:28Ça peut être le salut de la France, il y a des rendez-vous dans l'histoire qu'il ne faut pas rater,
00:34et je parle de l'histoire avec un grand H, quand effectivement l'extrême droite est à portée de canon de l'Assemblée Nationale,
00:41qu'elle a été tellement mise en valeur malheureusement par le Président de la République,
00:46il faut un sursaut, il faut un électrochoc.
00:49La première phase, c'est cette union.
00:52Cette union, c'est une coalition, par principe dans une coalition on n'est pas les mêmes,
00:57on a des différences, parfois des divergences, et elles peuvent être lourdes,
01:01mais ce qui construit une coalition, c'est ce qu'on a en commun.
01:05C'est le retour de la NUPES Yannick ?
01:07Non, c'est une autre coalition, et puis je l'ai dit, c'est la phase 1.
01:14Si cet accord, qui n'est pas finalisé, mais qui rassemble 4 formations politiques,
01:22si ça s'arrête là, ce sera une bonne stratégie de défense comme en 2022.
01:27Pour que ça gagne, pour que l'extrême droite, potentiellement avec des alliés à droite,
01:32ne prenne pas l'Assemblée Nationale, ne soit pas majoritaire,
01:35il faut que le peuple de gauche se réveille, s'inscrive, se lance dans cette campagne.
01:41On a les appels des intellectuels, vous avez les appels de l'intersyndicale pour manifester,
01:49mais ça ne va pas suffire.
01:50Il va falloir que l'intersyndicale, la société civile organisée, le pouvoir de vivre,
01:57que l'ensemble des acteurs de la société s'emparent de cette campagne.
02:04Pas simplement disent « soyez ensemble, offrez-nous un débouché politique »,
02:08mais que nous soyons collectivement un débouché politique.
02:12Et il va falloir que, évidemment…
02:14Mais ça c'est faisable en si peu de temps ?
02:16C'est tout le défi que nous avons devant nous.
02:20Est-ce que la stratégie d'Emmanuel Macron…
02:23On le sait, elle est immature, elle est funeste.
02:26Le président de la République qui passe son temps à commémorer,
02:30qui passe son temps à manipuler les symboles du débarquement d'Oradour-sur-Glane,
02:35au fond, n'a tiré aucune leçon de l'histoire.
02:37C'est là la grande immaturité, la grande désinvolture et le caractère funeste de cette dissolution.
02:43Mais s'il y a électrochoc, puisque nous allons aux élections,
02:47puisque le Rassemblement National est en capacité de prendre le pouvoir dans notre pays
02:52avec tout ce que ça veut dire,
02:54et bien il va falloir qu'on se mobilise.
02:56Il va falloir que tout le monde prenne sa part.
02:58Et pas simplement dans une campagne qui disqualifie l'extrême droite.
03:02On voit bien toutes les limites de la disqualification de l'extrême droite.
03:06Mais nous devons nous-mêmes nous requalifier auprès des électrices et des électeurs.
03:11Yannick Jadot, en octobre, après l'éclatement de la NUPES,
03:14vous déclariez au journal Le Point,
03:15la NUPES c'est Jean-Luc Mélenchon qui est un stalinien.
03:18Il a mené la purge en interne et maintenant il fait la purge en externe.
03:22pour se préparer pour 2027.
03:24Ce ne sont en aucun cas les conditions d'une victoire,
03:27y compris face à Marine Le Pen.
03:29Je veux le dire à gauche qu'il existe un chemin
03:32qui n'est pas un chemin de soumission à Jean-Luc Mélenchon.
03:35Vous maintenez ?
03:36Mais la question n'est pas Jean-Luc Mélenchon.
03:38Et vous savez si !
03:39Non, mais là, regardez.
03:41Hier soir, il n'y avait pas Jean-Luc Mélenchon.
03:43Et je l'ai dit, je l'ai toujours dit.
03:45Hier soir, il y avait Manuel Jompar, coordinateur de la France Insoumise.
03:48Je l'ai toujours dit, les électorats à gauche ne sont pas irréconciliables.
03:52Est-ce que Blum et Torres prenaient tous les matins le petit-déjeuner ensemble ?
03:57Non.
03:58Est-ce que Mitterrand et Marché couchaient ensemble ?
04:00Non.
04:01Est-ce que Jospin, Voinet et Hu, encore une fois, partaient en vacances ensemble ?
04:07Non.
04:08Maurice Torres, qui nous parle du Front Populaire,
04:11Maurice Torres n'a pas participé au gouvernement de Front Populaire.
04:15Il s'est mis avec Daladier, il s'est mis avec Blum.
04:17Il s'est mis avec Blum pour un programme commun, mais il n'y a pas participé.
04:20Parce que c'était la gauche révolutionnaire.
04:22Ce que je veux dire, Madame de Villers, c'est que si, dans les 10 jours, les 15 jours qui viennent,
04:27nous regardons ce qui nous sépare, on n'y arrivera pas.
04:31Et encore une fois, une coalition, ce ne sont pas les mêmes logiciels.
04:35Si chacun d'entre nous, chacune, on n'abandonne pas une partie de notre idéal politique,
04:41le logiciel écolo, le logiciel insoumis, le logiciel socialiste, le logiciel communiste.
04:46Si on n'abandonne pas une partie de ce qui fait nos convictions, nos combats, une partie de nos mesures,
04:53et bien évidemment, il n'y a pas de perspective commune.
04:56Mais si nous avons l'intelligence, encore une fois, nous sommes face à l'histoire.
05:00Pas la petite histoire d'Emmanuel Macron, la grande histoire de notre pays.
05:04Si nous ne sommes pas capables de faire ça, si nous ne mobilisons pas la société,
05:08et bien ce sera l'extrême droite qui gagnera.
05:11Et ça c'est trop grave.
05:12Manuel Bompard, qui est coordinateur de la France Insoumise, expliquait très sûr de lui hier soir à BFM TV
05:16que traditionnellement dans la Ve République, le Premier Ministre est issu de la formation politique qui a le plus de députés.
05:23Donc si d'aventure il fallait en choisir un à gauche, ce serait un insoumis ?
05:28Toute cette campagne, ça va être de répondre à ces questions-là.
05:34Je l'entends, vous faites votre boulot.
05:36Mais il y a quelque chose de plus grave qui se passe dans notre pays.
05:40Vous savez, je discutais avec des électeurs qui soit n'ont pas été votés, d'ailleurs une grosse abstention dans l'électorat écolo pour les européennes,
05:49ou des électeurs qui votent maintenant Rassemblement National.
05:53Ils ont souvent, beaucoup, moins de 40 ans.
05:56Depuis 2002, on leur explique qu'il faut voter contre l'extrême droite.
06:00Depuis 2002, on leur explique qu'il faut voter contre l'extrême droite.
06:03Et ceux qui ont gouverné, présidé ce pays, ont continué au fond à les plonger dans une forme d'insécurité personnelle et un sentiment d'insécurité collective.
06:13D'insécurité locale et d'insécurité globale.
06:16Et donc au fond, aujourd'hui, ils se disent, mais attendez, tous ces gens qui me font des leçons de morale sur le Rassemblement National,
06:22qu'est-ce qu'ils ont fait pour moi ? Qu'est-ce qu'ils ont fait pour mon boulot ?
06:25Mon usine, mon logement, ma facture d'électricité, le chaos climatique,
06:29la proportionnelle, enfin, pour avoir une vraie démocratie dans notre pays.
06:33Et bien, c'est à nous, maintenant, de redonner cet espoir.
06:37De dire, on va avoir un programme qui ne va pas tout couvrir.
06:40Parce qu'on n'a pas le temps.
06:42Mais le logement, le pouvoir d'achat, la transition écologique, l'agriculture, on va avoir des mesures.
06:48Et la question, c'est une question d'équipe, c'est une question de projet.
06:52On ne va pas définir, choisir le capitaine alors qu'on n'a même pas l'équipe.
06:56Raphaël Guzman, tête de liste PS Place Publique, hier soir au Journal de 20h,
07:02lui, il a désigné, tout seul dans son coin, un capitaine qui s'appelle Laurent Berger,
07:07ex-patron de la CFDT. Ça vous a fait quoi ?
07:10Mais je trouve que ce serait une très bonne idée.
07:12Il y a d'autres candidatures possibles, des femmes, des hommes.
07:15Mais franchement, si on joue dans ces 15 jours à régler nos différends,
07:21si on joue sur les questions des personnes, c'est mort.
07:25Alors ok, les écologistes garderont un groupe, les socialistes garderont un groupe,
07:28les insoumis aussi, les communistes aussi. Très bien, la belle affaire.
07:32Mais ce sera l'extrême-droite qui gouvernera ce pays.
07:34Donc si on n'est pas capable de surmonter ça,
07:37et on ne peut pas dire que je suis un mélenchoniste,
07:40reconnaissez que là-dessus je suis à peu près clair,
07:42mais je surmonte ça, je surmonte les différences.
07:46En démocratie, le principe de la démocratie, c'est d'accepter des choses qui ne sont pas soi.
07:51Là, on va essayer d'avoir un arc politique.
07:54Il va falloir qu'au-delà de ceux qui pensent la gauche ou les écologistes,
08:00tous ceux qui se pensent humanistes et qui voient la dérive de notre pays,
08:04qui voient tous les dangers, se disent
08:06« Ce souffle-là, il n'est pas totalement moi. Il y a des gens que je déteste,
08:11et il y a des gens que j'apprécie. Ce souffle-là peut emmener mon pays
08:14vers autre chose, vers une espérance, vers une réconciliation du pays avec lui-même. »
08:19Les écologistes, Yannick Jadot, qui n'ont engrangé que 5,5% des suffrages aux européennes,
08:25après votre défaite à l'élection présidentielle, 4,5%,
08:31est-ce que les écologistes constituent encore une force politique qui pèse ?
08:35Oui. Oui. D'ailleurs, voyez, le rassemblement hier s'est construit au siège des écologistes.
08:41Bien sûr que nous pesons.
08:43Est-ce qu'on s'est planté pour les européennes de dimanche ?
08:48Oui. C'est un échec. Oui, il va falloir retrouver le chemin de nos électrices et de nos électeurs.
08:54On a perdu le fil, au fond, de ce qui faisait notre succès.
08:58Mais c'est un échec pour l'écologie, et je l'ai dit aussi,
09:01c'est un échec vis-à-vis de l'extrême droite, et on doit tous en prendre notre part.
09:05Évidemment, quand le président de la République fait une loi immigration
09:09qui s'inspire totalement des idées du Rassemblement National,
09:12il lui fait la courte échelle. Mais on a aussi notre part face au Rassemblement National.
09:16Et donc, je l'ai dit, on ne peut pas simplement disqualifier. Il est disqualifiable.
09:21Mais il va falloir nous requalifier vis-à-vis des électeurs.
09:25Vous n'avez aucun regret ? Il n'aurait pas fallu s'allier avant ?
09:27On ne va pas refaire l'histoire. Moi, ce que j'aime, c'est la proportionnelle.
09:30J'aime la proportionnelle, et s'il y avait une mesure qu'aurait dû prendre le président de la République
09:34avant de dissoudre, c'est de mettre la proportionnelle pour qu'on ait un débat politique digne de ce nom dans ce pays.
09:39Merci Yannick Jadot.
09:40Et merci Sonia De Villers.
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