00:00 - Europain - Pascal Proévou - Avec vous de 11h à 13h sur Europain
00:03 Et nous sommes donc avec Jacques Serret qui va pouvoir nous donner des informations.
00:07 L'Elysée a donc décidé hier soir, Emmanuel Macron a décidé de dissoudre.
00:12 A votre avis, quand a-t-il pris la décision ?
00:15 C'est une décision qui a mûri ces derniers jours.
00:19 En tout cas, il y avait un cercle très restreint autour du président.
00:22 On parle de moins de 10 personnes, vraiment des très proches,
00:25 qui réfléchissaient autour de cette potentielle dissolution.
00:31 Après, quand la décision a été prise,
00:33 je pense que le président a attendu d'avoir les premières remontées de résultats,
00:37 et que ça a été tranché, en tout cas ça a été tranché devant témoins,
00:42 hier à 19h15, au moment où Gabriel Attal est à l'Elysée avec plusieurs ministres importants.
00:49 - Et manifestement Gabriel Attal qui n'est pas intervenu d'ailleurs,
00:53 qui n'est pas intervenu depuis hier, mais manifestement lui il a perdu,
00:56 il aura été Premier ministre quelques mois.
00:58 - Oui, et puis il était un peu mis devant le fait accompli,
01:00 c'est-à-dire qu'il a fait savoir au président que ce n'était pas forcément une bonne idée,
01:06 qu'il pouvait remettre un peu en cause lui son poste de Premier ministre,
01:10 c'est-à-dire présenter sa démission, plutôt que de dissoudre l'Assemblée.
01:14 Mais finalement, le président lui a expliqué que c'était tranché,
01:17 et pour dire que Gabriel Attal, lui, n'était pas justement dans cette réflexion de la dissolution,
01:22 et que c'était vraiment quelques intimes auprès du président qu'il l'était,
01:24 c'est qu'à Matignon, hier soir, ils avaient installé un pupitre
01:28 pour que le Premier ministre Gabriel Attal prenne la parole après l'annonce des résultats.
01:31 Donc il y avait un pupitre dans la cour de Matignon qui était installé,
01:33 finalement il n'a servi à rien, ils l'ont rangé parce que c'est le président qui a fait la parole.
01:36 - C'est ça qui est toujours sidérant, effectivement, mais c'est l'univers politique,
01:39 c'est-à-dire que quand tu veux garder un secret, tu parles au moins de gens possible.
01:48 Bon, première chose, à votre avis, la motivation, pourquoi a-t-il fait ça ?
01:51 Est-ce qu'il fait ça pour se sauver lui-même ?
01:53 Est-ce que ce qui lui a été vendu, c'est un scénario à la Mitterrand 86-88 ?
01:59 Un scénario à la Chirac 97-2002 ?
02:04 C'est qu'à chaque fois, ces présidents en cohabitation ont su tirer les marrons du feu,
02:10 et en l'occurrence, Mitterrand et Chirac se sont représentés, ont été vainqueurs,
02:15 ce n'est pas le cas pour Emmanuel Macron, mais il sortira en meilleur état
02:19 qu'il ne sortirait si, pendant trois ans, il y avait un gouvernement qui n'était pas de sa majorité.
02:26 - Pour résumer, le sentiment qui se dégage du côté de l'Elysée,
02:30 c'est que le président est gagnant dans tous les cas.
02:33 Dans tous les cas, pourquoi ?
02:35 Soit il remporte ces élections législatives à la grande surprise,
02:39 ce qui n'est absolument pas attendu, en tout cas dans l'entourage présidentiel,
02:42 tout le monde fait semblant d'en être convaincu, en tout cas de se dire
02:45 finalement, il y a eu 16 européennes, les Français sont en colère,
02:49 ils ont voulu montrer qu'ils n'étaient pas d'accord, ils ont voulu faire un vote contestataire,
02:54 mais au fond, ils ne veulent pas du RN, et cette dissolution va créer un électrochoc,
02:58 et ils vont finir par nous soutenir.
03:00 Certains dans l'entourage présidentiel sont convaincus que ça, donc ils retournent à la table.
03:03 - Ils feignent d'être convaincus parce qu'ils ne veulent pas dire
03:06 peut-être que la vraie décision a été prise pour sauver Macron.
03:09 - Hypothèse numéro 1, le président retourne à la table, le pari est gagnant.
03:14 Soit ils perdent, et là, potentielle cohabitation.
03:19 Et on se retrouve avec deux ans et demi, finalement, de cohabitation avec un RN au pouvoir,
03:24 qui a des mains dans le cambouis et qui est là à prendre les décisions.
03:27 Et ça peut être le meilleur moyen pour Emmanuel Macron
03:32 d'éviter de lui donner les clés de l'Élysée en 2027 à Marine Le Pen.
03:37 - Ça peut aussi être une possibilité de réussite, c'est à double tranchant.
03:41 - C'est à double tranchant, mais le pari est gagnant.
03:43 - C'est préjugé que ça ne marchera pas.
03:44 - Mais le Rassemblement National, ce qui était intéressant hier,
03:48 Marine Le Pen n'a pas hésité une seconde, elle dit "j'y vais".
03:51 Et c'est un discours, d'une certaine manière, qui peut être reçu comme agréable,
03:56 en tout cas intéressant, de dire "elle ne se dégonfle pas".
04:00 Je traduis ça par des termes un peu triviaux.
04:02 "Elle y va, elle est contente d'y aller, ça fait des années qu'elle veut le pouvoir,
04:05 on lui donne, on va voir ce qu'elle va faire".
04:07 - Oui, mais ils ont été pris par surprise.
04:10 C'est-à-dire que côté RN, Jordan Bardella, il réclame la dissolution depuis des semaines,
04:14 des mois, mais pour tout vous dire, au QG du RN hier soir,
04:18 nos reporters d'Europe 1 et de CNews qui y étaient,
04:20 c'était un peu la surprise générale.
04:22 Ils ne s'attendaient pas du moins à ce qu'il y ait une dissolution là, maintenant,
04:24 qui plus est, il y a quelques semaines, des Jeux Olympiques,
04:26 où il y a quand même un très fort enjeu d'un point de vue sécuritaire,
04:28 où on a justement que le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin,
04:31 a été maintenu lors du précédent remaniement,
04:34 justement parce qu'il y avait ces JO, et là finalement...
04:37 - C'est ça qui est absolument incroyable d'ailleurs,
04:39 d'imaginer qu'on prépare une cérémonie d'ouverture
04:43 qui sera vue par le monde entier,
04:45 et celui qui l'a organisée, qui l'a pilotée, qui l'a accompagnée,
04:48 ne sera peut-être pas là.
04:49 - Potentiellement, peut-être pas.
04:50 - Alors c'est vrai qu'il y a les grands serviteurs de l'État qui sont là,
04:52 le préfet de Paris restera bien sûr,
04:55 mais quand même on peut s'inquiéter,
04:56 on nous dit que c'est à ce point important,
04:58 et ça l'est, la cérémonie d'ouverture,
05:00 de changement, d'avoir un changement de premier...
05:03 Qui est d'ailleurs ministre de l'Intérieur dans les troupes du RN,
05:06 parce que c'est pas rien, on va commencer à imaginer cela.
05:08 Qui tient la corde pour...
05:10 - Alors je n'ai pas cette information à ce cas-là,
05:14 donc je ne voudrais pas vous dire de bêtises.
05:15 Qui serait le potentiel ministre de l'Intérieur ?
05:17 - Alors M. Chenu, il est sur ces questions-là ?
05:19 Sébastien Chenu, il est sur ces questions-là ?
05:21 - Mais après, ils sont beaucoup en tout cas au RN sur ces questions-là,
05:24 puisque ces questions de sécurité...
05:25 - Mathieu Vallée ?
05:26 - Mathieu Vallée, mais est-ce qu'il a cette expérience-là ?
05:29 On l'a souvent eu, c'était un policier...
05:32 - Passé de commissaire à ministre de l'Intérieur,
05:36 ce n'est pas exactement le même monde.
05:38 Il va donner des ordres à ceux qui, il y a encore quelques semaines,
05:42 peut-être leur donnaient.
05:43 Bon, on n'en est pas là bien sûr, et je referme la parenthèse.
05:46 Autre chose, les alliances.
05:47 Alors on commence par la droite.
05:49 Manifestement, est-ce qu'il y a alliance à droite ? Non.
05:51 - Pour l'instant, non.
05:52 - Qui la demande ?
05:53 - Qui la demande ? Reconquête Marion Maréchal,
05:55 elle l'a lancée hier, d'ailleurs, on pouvait voir Éric Zemmour
05:57 qui n'était pas spécialement...
05:59 - C'est le seul qui n'a pas applaudi.
06:01 C'est extraordinaire cette image,
06:03 parce que le seul qui n'applaudit pas,
06:05 lorsque Marion Maréchal dit
06:07 "J'ai bien fait de ne pas attaquer mes adversaires qui sont des concurrents",
06:12 je crois que c'est sa formule...
06:13 - Oui, voilà, et je demande à les rencontrer...
06:15 - Tout le monde applaudit, Nicolas Bay, Guillaume Pelletier a applaudi,
06:18 le seul qui n'applaudit pas, la foule applaudit d'ailleurs,
06:20 le public applaudit, c'est Éric Zemmour.
06:22 - Et on voit sa petite moue un peu gênée, en tout cas on va voir ce que ça va donner.
06:24 - Pour le moins.
06:25 Donc pas d'alliance, Reconquête demande.
06:27 - Reconquête la réclame, ORN, il n'en est pas question à ce stade,
06:29 ils sont très hauts, ils n'ont pas besoin de ça,
06:31 et chez LR...
06:32 - Ils n'en ont pas besoin, ils en auraient peut-être besoin pour gagner.
06:35 - Ils pourraient, mais ils ne sont pas en tout cas dans cette position-là.
06:38 Aujourd'hui, peut-être que ça bougera,
06:40 il faut plutôt se décider rapidement, parce que la campagne va extrêmement vite,
06:43 et côté LR pour l'instant, on ne sait pas d'alliance avec la majorité présidentielle,
06:46 donc la question c'est, est-ce qu'alliance ou pas avec le RN,
06:49 ils n'en sont pas encore là.
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