00:00 L'actu de votre région c'est ici à 7h46 avec notre invité.
00:04 La semaine dernière, la ville de Dijon a inauguré un passage au nom de Misak et Méliné Manouchian.
00:09 A la fin du mois, ce sera au tour d'une allée de porter le nom de la résistante dijonaise dont on parlait, Blanche Grenier Godard.
00:16 Les grandes figures de la résistance, on en parle ce matin avec vous, Féline Leloir-Duhaut et votre invité.
00:21 Dimitri Vouzel, en quoi les figures locales sont importantes pour incarner l'histoire ? Pourquoi c'est important d'en parler ?
00:28 C'est très important parce que ça montre qu'on a une histoire de proximité.
00:34 Ça montre aussi que, par exemple, pour la résistance, tout le monde peut s'engager.
00:38 Que l'on soit jeune, moins jeune, un homme, une femme, c'était le cas de 1940 à 1944.
00:44 Pour ceux qui ont été déportés parce qu'on les a considérés comme étant juifs, c'est intéressant de faire leur histoire locale.
00:50 Parce qu'on se rend compte que ce sont aussi des voisins, ce sont des collègues de travail à l'époque, ce sont des camarades de classe.
00:56 Donc ça incarne et puis ça met en perspective cette histoire importante.
01:03 Vous vous étiez vous-même engagé pour que Blanche Grenier Godard, cette résistante disjonnaise, obtienne une rue à son nom à Dijon.
01:10 Qu'est-ce que vous ressentez à l'idée qu'elle en ait enfin une à la fin du mois ?
01:14 Alors je suis très content pour la famille en particulier parce qu'elle a encore un fils qui est vivant, qui est Jean Grenier Godard, qui est donc son fils cadet.
01:22 Elle a également une petite fille qui est très fière, qui a bien connu sa grand-mère et qui est très contente qu'elle ait enfin une reconnaissance.
01:28 Parce qu'il est vrai que pendant plusieurs décennies, elle a été oubliée à ses actions.
01:33 Et donc je suis très très content et puis très honoré d'avoir pu contribuer et d'avoir fait un travail de mémoire la concernant.
01:42 Oui, vous le disiez justement, la mémoire de Blanche Grenier Godard a été largement oubliée, contrairement à celle de son fils René qui lui est mort dans les camps de concentration.
01:50 Est-ce que ça montre que les figures féminines de la Résistance sont plus souvent invisibilisées par rapport à celles de leurs homologues masculins ?
01:57 Alors oui, pendant longtemps. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, ce n'est plus le cas je dirais depuis 20-25 ans.
02:03 Mais pendant très longtemps, c'est vrai que la Résistance a été perçue, alors à part quelques grandes figures comme Germaine Tillion et d'autres,
02:10 mais pendant très très longtemps, elle a été perçue comme étant masculine.
02:14 Et j'ai un collègue historien qui notamment utilisait l'expression que pendant longtemps, les femmes sont restées au seuil de la porte
02:20 concernant la reconnaissance de leur engagement pour la Résistance.
02:23 Par exemple, les médailles de la Résistance, si on regarde le nombre de médailles de la Résistance, il y a 8,6% de médailles qui ont été données aux femmes.
02:30 Ce qui est très peu, puisqu'on peut estimer qu'il y a peut-être le double, alors c'est difficile de donner les chiffres, mais de femmes qui ont été résistantes.
02:38 - Et avec la mémoire de Blanche Grenier Godard, j'imagine que d'autres figures de la Résistance locale vont être aussi mises en avant ?
02:45 Est-ce qu'il y en a d'autres qui sont oubliées et qu'on pourrait remettre en avant au goût du jour aujourd'hui ?
02:51 - Alors oui, en particulier je pense que pour tout ce qui est Résistance pionnière, donc la Résistance pionnière c'est celle qui commence dans l'été 1940,
02:57 qui se poursuit jusqu'en 1941-1942, parce que souvent, comme ça a été pionnier, ils sont souvent arrêtés très précocement,
03:04 condamnés, déportés pour un certain nombre d'entre eux. Donc je pense qu'il y a encore des travaux à faire sur le sujet.
03:08 La complexité c'est de trouver des archives, parce que cette Résistance pionnière a laissé très peu de traces.
03:13 Autant les maquis en 1943-1944, il y a plein de traces, parce qu'il y a des comptes rendus, parce que ce sont des organisations militaires,
03:18 donc ils font des comptes rendus d'action presque au quotidien, donc on peut documenter, on peut expliquer tout ce qu'ils ont fait.
03:24 La Résistance pionnière c'est beaucoup plus difficile.
03:26 - Vous avez aussi travaillé sur l'histoire des Juifs en Côte d'Or entre 1933 et 1952, vous nous en parliez.
03:32 C'est l'objet de votre livre, car le département a joué un rôle dans la déportation des Juifs, si j'ai bien compris.
03:39 Même il y a eu une espèce de changement avant l'arrivée des nazis, et après l'arrivée des nazis,
03:44 la ville de Dijon a vraiment eu un changement radical sur cette question.
03:48 - Oui, la ville de Dijon c'est une ville importante dans le dispositif allemand,
03:51 puisque vous avez tous les services de répression allemand qui sont présents.
03:54 C'est aussi une ville importante dans l'organisation administrative de Vichy.
03:58 Vous avez par exemple la Dijon à l'intendant de police, qui est le bras droit du préfet régional.
04:03 Et donc à partir de 1941, vous aurez les premières arrestations, et puis ensuite il y aura des rafles importantes.
04:10 La plus oubliée c'est celle du 26 février 1942, pour laquelle le dépôt et une mémoire vont être posées.
04:17 Et puis la dernière Côte d'Orienne arrêtée et déportée, elle habite Pontailly-sur-Saône, c'est Clarice Vale.
04:24 On est quand même le 5 juillet 1944, et elle est déportée le 31 juillet 1944 par le dernier grand convoi, le convoi n°77.
04:32 - Et justement, vous me disiez, ce travail sur la question des juifs en Côte d'Or,
04:37 ça a été un long travail pour vous de recherche dans les archives.
04:40 Est-ce que ça veut dire que cette question a longtemps été oubliée, peu traitée ?
04:44 - Alors, il y a un historien qui avait traité il y a une dizaine d'années un livre de témoignages,
04:50 c'est vrai qu'une étude historique pas exhaustive, parce que c'est jamais exhaustif, sur le sujet, ça n'avait pas encore été fait.
04:57 Non pas que, je pense, les gens ne s'y intéressaient pas, mais parce qu'il y avait d'autres sujets de recherche.
05:02 Donc, il y a en tout cas des documents, tous les documents sont ouverts, tous les documents sont accessibles,
05:07 ils sont aux archives départementales, ils sont aussi à Caen, à Caen il y a les dossiers notamment de déportation,
05:12 et puis aussi les témoignages, les témoignages des survivants et de leurs descendants,
05:15 qui ont permis de nourrir la réflexion sur ce sujet.
05:18 - Et vous nous parliez là du projet de pavé de la mémoire, qui sont en l'honneur de cette,
05:24 enfin pour commémorer cette rafle de février 1942, est-ce que vous pouvez nous en parler,
05:29 parce que vous avez travaillé dessus avec vos élèves, je crois ?
05:31 - Donc en fait, cette rafle du 26 février 1942, c'est donc des otages, donc c'est un peu différent des rafles qu'ils vont avoir lues après,
05:38 donc ce sont 11 Dijonais qui sont arrêtés à leur domicile par la police allemande,
05:42 et qui seront déportés dans le convoi numéro 2, donc le 5 juin 1942, aucun d'entre eux n'est revenu,
05:47 et donc ça m'a semblé important qu'on les rende à nouveau visibles,
05:51 puisqu'ils ont été invisibles pendant très très longtemps, pendant presque 80 ans,
05:55 et donc ces pavés de mémoire seront inaugurés le 24 mai prochain,
05:59 et cela permettra de se rappeler qu'ils ont vécu,
06:03 puisque c'est aussi l'intérêt de penser qu'il n'y a pas que des juifs morts, il y a aussi des juifs qui ont été vivants,
06:07 qui ont eu des enfants, qui ont eu un travail, qui ont eu des amis,
06:10 et donc ces pavés seront situés dans le cœur de ville de Dijon, où ils habitaient en fait,
06:14 et selon leur adresse, par exemple, il y en aura un rue de la Liberté, il y en aura un rue du Bourg,
06:17 il y en aura un rue Berbizet, il y en aura un place Barbe, etc.
06:20 parce qu'il y en aura 11 en fait, et c'est les premiers, il pourrait y en avoir d'autres dans le futur.
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