00:00Oui, c'est ça, c'est le deuxième kyste criminel français.
00:02On en a un qui dure depuis 100 ans, qui est Marseille,
00:05qui n'arrive pas à se débarrasser de cette prise d'otages
00:08inventée par Carbone et Spirito et qui a pris le contrôle de la ville.
00:12C'est le seul exemple qu'on ait.
00:14Il y a des quartiers, etc.
00:15La ville en tant que telle est sevrante.
00:16Eh bien, c'était la réplique depuis une vingtaine d'années.
00:20Vous pouvez reprendre l'ensemble des dépêches de règlements de compte,
00:24opérations, tentatives de raquettes, conflits entre bandes
00:28pour le contrôle des fours.
00:30Et vous avez Sevrant et la ville qui arrivent en un de ce triste palmarès.
00:34Donc là, il s'agit de représailles suite à un épisode précédent
00:38qui avait amené un mort et des blessés.
00:40Tout le monde s'attendait aux représailles.
00:41Elles ont eu lieu le lendemain ou le lendemain, avec deux morts et un blessé aussi.
00:45Et donc, c'est un rythme particulier.
00:48De la même façon qu'à Marseille, où pendant des semaines,
00:51les deux gangs principaux se sont alternativement auto-éliminés
00:56les uns les autres jusqu'à une suspension provisoire,
01:00même si on s'attend aussi à une reprise technique malgré la qualité de l'opération XXL,
01:07mais qui, comme d'habitude, dure le temps qu'elle peut durer.
01:10Alors, on va se pencher sur les mesures proposées par les Républicains
01:15dans le journal du dimanche.
01:16Parmi les mesures qui semblent être les plus intéressantes,
01:18il y a l'instauration de peines planchées dès le premier délit.
01:22Est-ce que ça existe déjà quelque part ?
01:25Est-ce que ce serait efficace ?
01:26Non, il y a eu des peines planchées, elles ont existé.
01:28Et puis, surtout, il y avait une peine fixe avec des circonstances atténuantes.
01:30Dès le premier délit, là, hein ?
01:31Oui.
01:32Pas en récit livre, hein ?
01:33Ça existait de tout temps.
01:35Historiquement, jusqu'à la réforme du Code pénal en 1994,
01:38il y avait des peines fixes et des circonstances atténuantes et aggravantes
01:42qui permettaient de les moduler.
01:44Donc, il n'y a jamais eu de peine planchée planchée,
01:47mais il y avait des peines fixes où Nicolas Sarkozy a eu une tentative de peine planchée
01:51qui n'a pas duré très longtemps et qui n'a pas effectivement été mise en application,
01:55sauf dans quelques cas, comme la perpétuité réelle
01:59ou l'interdiction de libérer quelqu'un avant 30 ans.
02:06Enfin, on a des dispositifs qui existent pour des cas extrêmement graves,
02:09mais pas pour n'importe quoi, n'importe où.
02:11Et c'est un des drames de notre Code pénal que d'avoir de la prison pour tout et pour tous.
02:15C'est donc une incapacité à traiter tous les délits comme s'ils n'étaient pas.
02:19Alors, si c'était les délits à personne,
02:21on commencerait déjà à entrer non plus dans le prêt-à-porter habituel de la classe politique
02:26qui fait beaucoup de proclamations.
02:27On est dans les incantations, les improncations et les lamentations, puis de la proclamation.
02:31Mais si, par exemple, on parlait des violences à personne,
02:34on commencerait à entrer dans un espace qui commencerait à être compréhensible.
02:38Là, il ne l'est pas.
02:39Chacun sait que cette proposition n'ira nulle part.
02:42Et donc, il est dommage que les responsables politiques,
02:44quels qu'ils soient d'ailleurs,
02:45continuent à faire entre laxisme absolu et répression aveugle deux impasses.
02:51Alors, autre proposition pour ce qui est de la lutte contre la drogue.
02:54Mettre la pression sur les consommateurs.
02:56Les consommateurs qui, accessoirement, financent ce qui se passe dans les banlieues.
03:01Quand il y a une Kalachnikov qui est utilisée,
03:03elle a été financée par quelqu'un qui a acheté du hashish ou de la cocaïne.
03:07Il faut quand même l'avoir en tête.
03:09Éric Ciotti propose de créer des amendes de 1000 euros.
03:12Alors, on imagine, ça c'est moi qui l'ajoute,
03:14mais qui soient véritablement payées.
03:16Oui, c'est ça, le recouvrement.
03:18Mais le faire payer, le maintenir en garde à vue
03:21tant qu'il n'a pas payé, par exemple.
03:22Et publier les noms des consommateurs.
03:24Alors, on va prendre trois sujets.
03:26Qu'est-ce qu'un consommateur de stupéfiants ?
03:28Parce que le problème d'Éric Ciotti, c'est comme d'habitude,
03:31l'idée est intéressante, mais l'application est impossible.
03:35D'abord, un consommateur, c'est d'abord un malade,
03:37c'est-à-dire quelqu'un qui subit une addiction.
03:38La seule fois où on a traité des problèmes de drogue dans ce pays,
03:41c'était au 19e siècle, on a traité par le social et le médical.
03:45On a cassé le processus de drogue.
03:46Je rappelle que l'État était le principal dealer du pays,
03:49la régie française de l'opium.
03:50Oui, on oublie, mais c'est comme ça,
03:52c'est dans le dragon domestique de Bachman.
03:54Et puis, surtout, on avait des dizaines de milliers de personnes
03:57qui avaient été gazées pendant la guerre
04:00et qui étaient traitées avec des opioïdes.
04:02Je précise d'ailleurs que les opioïdes sont toujours en partie
04:05en vente libre ou contrôlée et que nous sommes face à deux
04:08déferlantes qui n'ont rien à voir avec le trafic de stupéfiants.
04:10Mais là, on ne parlera que de malades.
04:12Non, mais justement, le problème, c'est le passage du prêt-à-porter
04:16aux surmesures, l'ouverture de l'intelligence des responsables politiques.
04:20Et M. Chetty est beaucoup plus intelligent que l'air qu'il se donne régulièrement
04:23pour comprendre qu'il y a trois problèmes avec les consommateurs stupéfiants.
04:26Les malades qu'il faut traiter comme des malades,
04:28les trafiquants qu'il faut traiter comme des criminels
04:30et que les deux ne sont pas les mêmes,
04:31surtout quand les criminels sont eux-mêmes addictés.
04:34Et ils le sont de plus en plus.
04:35Donc, la question qui est posée est oui, il faut un traitement
04:38et probablement l'injonction thérapeutique devrait-elle changer de nature ?
04:43Et deuxièmement, une répression encore plus puissante sur les trafiquants.
04:46Le fait de traiter tous les malades comme des criminels est une erreur,
04:49une impasse, ça ne marche pas, ça n'a jamais marché, même en Iran.
04:52Puisqu'on aime bien les références désormais à l'Iran
04:55comme modèle pour les uns ou anti-modèle pour les autres, ça ne marche pas.
05:00C'est le régime le plus répressif en matière de consommation de subventions.
05:02Il n'y a jamais eu autant de consommateurs, de la vie même des molas
05:05qui répriment la consommation en même temps qu'ils répriment le voile,
05:08puisque pour eux, c'est la même chose.
05:09Donc, il y a un sujet qui est là, qui n'est pas traité.
05:11C'est-à-dire que c'est une proclamation, c'est une incantation,
05:14mais elle n'est pas suffisamment détaillée et précise pour qu'elle ait du sens.
05:18Donc, traiter les trafiquants, oui.
05:20Traiter impérativement en matière d'injonction thérapeutique,
05:24y compris par la rétention médicale, c'est une possibilité
05:27qui est offerte dans le code de la santé publique et pas dans le code pénal.
05:30Ça pourrait marcher, mais ça, ça ne marche pas
05:32parce que ça n'est pas suffisamment pensé ni réfléchi.
05:35– Alors Alain Boer, on entend beaucoup parler de retour à l'autorité.
05:40Tout le monde semble d'accord, ou quasiment tout le monde
05:42semble d'accord pour un retour à l'autorité.
05:45Ça ne se décrète pas le retour de l'autorité.
05:47Comment on fait ? Comment est-ce qu'on peut y arriver ?
05:49Tout le monde doit s'y mettre.
05:51– Oui, c'est une activité collective de toute façon.
05:53En France, l'État a créé la nation.
05:55Il a pris la responsabilité du monopole,
05:58mais il a enlevé aux parents, aux éducateurs, aux opérateurs sociaux,
06:03pour des raisons de comptabilité dans un cas
06:05et pour des raisons de folie libérale pour d'autres,
06:09toute capacité d'intervenir puisque nous n'avons plus des citoyens,
06:12mais juste des consommateurs qui ont des droits et des devoirs.
06:15Donc chacun vient réclamer son dû à l'école, au système social, etc.
06:19Il n'y a plus de logique, on va dire, verticale,
06:22il n'y a plus que des logiques horizontales.
06:24Et donc évidemment, ça ne peut pas fonctionner
06:26parce que pour faire tenir une commode, il faut certes des tiroirs,
06:29mais il faut aussi quelque chose qui tient la commode.
06:31Ça, ça s'appelait l'État en France, c'est son monopole historique.
06:34Il est déconstruit depuis les années 70 et malheureusement,
06:37le fait de se rendre compte des effets secondaires de la déconstruction
06:40amène mécaniquement à des espèces de poussées aussi extrémistes
06:44d'un côté qu'on l'a connue de l'autre.
06:46Le retour à l'ordre, qui est une sorte de l'ordre avec un O majuscule,
06:49qui est aussi le retour à l'autorité avec un A majuscule.
06:51C'est une construction commune où les citoyens reviennent des citoyens,
06:54les parents des parents et on a des responsabilités,
06:56des devoirs en même temps qu'on a mécaniquement et légitimement des droits.
07:00Et cette reconstruction-là, elle est très compliquée
07:02puisque ça fait 50 ans qu'on nous explique qu'il n'y a plus que des droits
07:05et il n'y a plus que des victimes.
07:06Chacun étant victime de quelqu'un d'autre et personne n'étant responsable de rien,
07:09si ce n'est lointainement l'État avec un E majuscule.
07:14Sous-titrage Société Radio-Canada
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