00:00 L'invité éco avec Banque Populaire, engagé aux côtés de ceux qui entreprennent.
00:04 Europe, il est 6h41.
00:06 Alors si d'aucuns peuvent parfois en douter, non, la France n'est pas déclassée dans la compétition économique internationale.
00:13 C'est ce que nous enseigne le baromètre EY 2024 de l'actractivité de la France.
00:17 On vous en dévoile les résultats ce matin sur Europe.
00:19 Oui, avec votre invité, Alexandre Marc-Lermitte, associé du cabinet de conseil EY Consulting.
00:25 Bonjour Marc-Lermitte.
00:26 Bonjour.
00:27 Vous avez réalisé votre enquête auprès de 200 patrons de tous les secteurs, de tous les pays.
00:32 Toutes les tailles d'entreprises, ce sont les investisseurs étrangers en France et en Europe.
00:35 Et la bonne nouvelle, n'attendons pas davantage, la France reste donc le pays le plus attractif d'Europe pour la cinquième année consécutive.
00:42 Oui, ce n'est pas une mince affaire, c'est une bonne nouvelle.
00:44 1200, près de 1200 opérations à peu près partout dans nos territoires, 50% d'ailleurs dans les petites villes, dans les villes moyennes.
00:51 Quand vous dites 1200 opérations concrètement ?
00:53 Ce sont des usines, ce sont des centres de recherche, ce sont des plateformes de services, ce sont au trois quarts des extensions d'unités existantes,
01:00 puisque les investisseurs reviennent en France, et puis pour un quart d'entre elles, ce sont de toutes nouvelles opérations, toutes nouvelles usines qui sont créées.
01:06 Donc 1200 opérations au stade de projet, de promesses ou de réalisation ?
01:09 Ce sont des promesses qui généralement se réalisent à 95% tout ce fait et dans les deux à trois ans qui viennent.
01:16 En tout cas, ce résultat nous place devant le Royaume-Uni et l'Allemagne.
01:20 Oui, c'est une première place qu'on a gagnée il y a quelques années, d'abord parce que c'est le fruit de réformes qui ont tapé juste auprès de dirigeants
01:28 qui aimaient moins la France avant et qui trouvaient que la France était trop chère, trop complexe.
01:33 Et puis c'est aussi le résultat peut-être des déboires de nos concurrents.
01:36 Le Brexit a quand même fortement affaibli le Royaume-Uni, qui a perdu la moitié de ses emplois industriels en deux ans,
01:43 et ça c'est très important, il y a moins de sens à aller fabriquer au Royaume-Uni pour réexporter après en Europe.
01:49 Et puis l'Allemagne elle-même est prise dans un contexte politique, un contexte énergétique qui est assez douloureux pour les entreprises internationales.
01:56 La France en profite, mais la France en profite aussi sur ses propres mérites,
01:59 d'abord parce qu'elle est reconnue aujourd'hui pour ses compétences, ses infrastructures et un certain nombre d'autres qualités.
02:04 Alors très intéressant, très stimulant pour le tissu économique français, vous l'avez évoqué il y a un instant Marc Lhermitte,
02:10 la moitié, près de la moitié de ses investissements étrangers, en tout cas des projets, concernent soit les zones rurales, soit les villes moyennes.
02:18 Oui, des endroits qui avaient été désindustrialisés, donc c'est important que...
02:21 C'est ça d'abord que les entreprises recherchent, c'est-à-dire des bassins d'emplois dans lesquels ils peuvent faire leur place,
02:27 dans lesquels ils peuvent recruter, dans lesquels ils trouvent du foncier, ce qu'ils trouvent peut-être un peu moins facilement dans les grandes métropoles.
02:33 Et alors, plus d'investissements étrangers c'est bien, mais est-ce que ça crée aussi des emplois ?
02:38 Est-ce que ça se convertit en emplois concrets pour les Français ?
02:41 40 000, c'est pas rien, c'est à peu près le tiers des emplois créés l'année dernière en France, donc c'est assez considérable.
02:47 Un emploi sur trois créé en France l'année dernière provient d'investissements étrangers ?
02:51 Oui, de ces annonces qui ont été faites.
02:54 Il faut savoir que ces entreprises étrangères, c'est moins de 1% les entreprises en France.
02:58 C'est un petit nombre d'entreprises qui sont nées ailleurs, qui prennent des décisions ailleurs,
03:02 qui pèsent donc un tiers des emplois créés l'année dernière, 35% de nos exportations industrielles,
03:07 et qui font énormément de recherches en France, à peu près un quart de l'innovation privée,
03:11 l'innovation par les entreprises en France. Donc elles ont un très gros impact sur notre économie,
03:15 il faut les rechercher pour ça, il ne faut pas tout faire pour elles, ne faire que pour elles,
03:19 il faut aussi travailler pour les PME, les ETI françaises,
03:21 mais ce sont des entreprises qui ont très fort retombé sur notre économie, sur nos territoires.
03:25 C'est intéressant de regarder d'un peu plus près le moral des investisseurs,
03:29 que vous avez interrogé Marc Lhermitte, il est plutôt bon, trois dirigeants sur quatre
03:34 pensent que notre attractivité va encore s'améliorer dans les années qui viennent.
03:39 C'est un peu le paradoxe de la France, qui doute à l'intérieur et qui séduit à l'extérieur.
03:44 Oui c'est étonnant, mais en fait on se rend compte que ce sont d'abord des entreprises
03:48 qui sont non européennes, qui ne sont pas encore présentes en France,
03:52 qui nous voient d'un peu plus loin, alors sans doute faut-il aussi écouter ceux qui sont
03:57 en France et qui vivent le quotidien, la complexité, probablement une pression fiscale encore trop forte,
04:02 mais de l'extérieur, quand ils ouvrent les pages de la presse anglo-saxonne,
04:05 quand ils écoutent des débats économiques en Allemagne, ce sont des entreprises qui
04:09 finalement voient la France comme un pays de stabilité relative, on sait que la France a beaucoup de problèmes,
04:15 mais un pays de stabilité relative par rapport à une Europe qui est très agitée,
04:18 par rapport à une Allemagne qui s'effondre économiquement,
04:22 pour l'instant c'est quand même encore la première économie européenne,
04:25 et un Royaume-Uni qui s'est tiré une balle dans le pied avec le Brexit.
04:28 Donc toutes choses comparées, la France peut se consoler, et en tout cas de l'extérieur ça se voit.
04:33 - Réindustrialiser la France, c'est l'un des engagements d'Emmanuel Macron,
04:37 dans ses 1194 projets d'investissement étrangers,
04:42 ça comprend à la fois les implantations ex nihilo et les agrandissements d'usines,
04:47 pas beaucoup d'implantations d'usines nettes finalement, de créations de nouvelles usines ?
04:53 - Non, il y a beaucoup de bémols aussi dans cette étude, tout va mieux mais tout ne va pas bien.
04:57 Il y a encore un coût du travail qui limite la création d'emplois massives,
05:01 il y a quelques très belles opérations, très belles victoires,
05:05 les usines de batteries dans le Nord, une usine de panneaux solaires dans le Grand Est,
05:08 un certain nombre d'entreprises de la pharma, de l'industrie pharmaceutique sont venues s'implanter en France,
05:13 mais créent finalement assez peu d'emplois parce que le coût du travail,
05:17 et puis aussi des relations sociales qui sont soumises à des aléas, la réforme des retraites,
05:22 et puis probablement un droit du travail qui au plan collectif est encore un peu complexe, un peu long, un peu coûteux.
05:27 - Donc ça ce sont les ombres au tableau, effectivement, votre étude met en lumière le fait que le climat social en France
05:35 est regardé assez attentivement par les investisseurs étrangers.
05:38 - Il est subi, il n'est pas un facteur qui limite ou en tout cas qui empêche les investissements,
05:44 on se fait à cela en France, finalement on a une habitude d'un climat social un peu éruptif.
05:50 - Ce n'est pas quelque chose qui refroidit certains investisseurs ?
05:52 - Ils le prennent en compte, évidemment, mais ils savent que la France, ils prendront ce contexte-là en France de temps en temps.
05:58 Il y a un autre facteur qui est peut-être plus préoccupant, c'est que la France était vue comme un pays un peu de certitude sur l'énergie,
06:06 énergie abondante, pas chère, nucléaire, donc très décarbonée,
06:09 et là la crise de 2022-2023 a ébranlé un peu ces certitudes, donc on voit aussi que c'est un facteur qui aujourd'hui préoccupe beaucoup les dirigeants,
06:17 le coût de l'énergie, la disponibilité de l'énergie, c'est quelque chose auquel il va falloir qu'on fasse très attention, il faut qu'on les rassure sur ce point-là.
06:23 - En résumé, l'esprit aussi des résultats de votre baromètre, c'est que la France plaît toujours aux investisseurs étrangers,
06:29 et tant mieux, et pour la cinquième année consécutive, nous sommes champions d'Europe de l'attractivité économique devant le Royaume-Uni, devant l'Allemagne,
06:35 mais rien n'est acquis, il ne faut pas s'endormir, c'est un peu le bémol dont vous parliez.
06:39 - On a fait du chemin, une partie du chemin seulement, je pense que pour aussi que cela profite à tous les secteurs d'activité en France,
06:46 il y en a quelques-uns qui ne vivent pas des heures aussi heureuses, dans l'agroalimentaire, notamment, dans la chimie,
06:51 il y a des transformations très lourdes qui font que les entreprises sont peut-être un tout petit peu moins enclines à investir en France et en Europe,
06:57 donc il faut continuer l'esprit et surtout la nature des réformes qui vont faire revenir plus d'entreprises en France.
07:03 - Merci Marc Lhermitte, associé du cabinet de conseil EY Consulting ce matin sur Europe 1. - Merci.
07:08 C'était l'invité éco avec Banque Populaire, engagé aux côtés de ceux qui entreprennent.
07:13 Banque Populaire, partenaire premium de Paris 2024.
07:16 I'm free
Commentaires