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  • il y a 2 ans
Combien coûtent les violences sexuelles ? Une question tabou. Pourtant, vivre des violences sexuelles, c'est souvent en payer le prix toute sa vie. Et faire face à une multitude de questions : comment payer ses frais d'avocat ? Faut-il relancer sa procédure après le classement sans suite d'une plainte, combien ça va coûter ? Journaliste, Virginie Cresci publie "Le prix des larmes : le coût caché des violences sexuelles" aux éditions Grasset.
Regardez L'invité d'Yves Calvi avec Yves Calvi du 24 avril 2024

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Transcription
00:00 7h, 9h...
00:02 RTL Matin
00:04 8h21, bonjour Virginie Cressy.
00:06 Bonjour.
00:06 Merci beaucoup d'être avec nous ce matin, vous êtes journaliste et vous publiez aujourd'hui
00:10 "Le prix des larmes, le coût caché des violences sexuelles" c'est aux éditions Grasset.
00:13 Je vous cite "Non seulement avoir été violé ne rapporte rien, mais coûte très cher".
00:18 C'est un bon résumé de votre enquête.
00:20 Qu'est-ce qui coûte si cher Virginie Cressy pour les victimes de violences sexuelles ?
00:24 Alors oui, le prix des violences sexuelles sont d'abord les victimes
00:29 qui le payent d'abord en frais de santé.
00:31 C'est un total impensé, en général on parle d'abord des questions de justice,
00:36 mais les violences sexuelles créent un certain nombre de problèmes de santé,
00:40 une errance médicale, et cette errance médicale est extrêmement coûteuse.
00:43 Alors après c'est extrêmement difficile de faire une estimation générale, c'est du cas par cas.
00:49 Mais on a des victimes qui dépensent plus de 100 000 euros en frais de santé.
00:54 Mais on paye le prix toute sa vie d'une certaine façon ?
00:57 On paye le prix toute sa vie quand on est mal soigné, c'est ça le problème aujourd'hui.
01:00 C'est qu'on a une errance médicale, on a des personnes qui mettent en moyenne 10 ans à avoir un suivi adapté,
01:07 on manque de professionnels qui soient correctement formés,
01:11 donc pendant tout ce temps où on cherche, on va voir des spécialistes,
01:15 et puis bien souvent on n'identifie pas les violences sexuelles comme étant la cause de certains symptômes.
01:21 En fait vous passez par l'argent à la fois comme tabou et comme révélateur de la situation.
01:25 On parle bien de viol et d'inceste, nous sommes d'accord ?
01:28 Oui, alors ça peut paraître un peu cynique de parler d'argent.
01:31 Ça rend compte.
01:32 Oui, ça rend compte et ça rend compte d'une réalité qui est incontestable.
01:37 On ne peut pas contester ces chiffres, même si ce sont des estimations, ce sont des fourchettes très larges.
01:42 Les chiffres sont un révélateur qui montre l'immensité des violences sexuelles.
01:47 Alors je vous cite à nouveau, parler du coup c'est parler des parcours de vie fragmentés,
01:50 déchirés, brisés, des traumatismes de l'esprit, des corps abîmés,
01:53 c'est se heurter au réel, à la brutalité de ces actes-là, le viol, l'inceste.
01:57 En fait c'est un coup pour les victimes et aussi pour la société, Virginie Cressy, dont nous n'avons même pas conscience.
02:02 Mais non, c'est ça le problème, on n'en a même pas conscience alors que ce coup il est faramineux.
02:06 C'est entre 40 et 70 milliards de déficit public annuel.
02:10 Donc faire des économies, on en parle, vous en parlez, on en parle tout le temps.
02:15 Lutter contre les violences sexuelles, c'est faire des économies.
02:17 Ça peut paraître, encore une fois, cynique de le dire comme ça.
02:20 Mais peut-être qu'au niveau politique, il y aura une volonté plus ferme de lutter contre ce problème,
02:29 en regardant combien ça coûte.
02:32 Vous venez de citer des chiffres avec des écarts qui paraissent faramineux.
02:36 Pourquoi un écart aussi large et là aussi est-ce qu'il y a un tabou dans la capacité à mettre des chiffres en face de la réalité des faits ?
02:43 Plus qu'un tabou, c'est un impensé.
02:45 Ces chiffres sont larges parce que sur certains postes de coups, on n'a pas de données.
02:50 Par exemple, combien de personnes sans abri ont été victimes de violences sexuelles ?
02:54 Combien de personnes se retrouvent à la rue parce qu'elles fuient des violences sexuelles ?
02:57 Combien de personnes sont en incapacité de travail au RSA parce qu'elles ont été victimes de violences sexuelles ?
03:02 On n'a pas ces données-là puisque l'on ne cherche pas.
03:05 Comme on ne cherche pas, on ne peut pas trouver.
03:07 Après, il y a des économistes, notamment Jacques Bichot, qui ont travaillé sur cette question
03:10 et qui ont fait ces estimations qui sont des fourchettes larges.
03:13 En tout cas, cette fourchette est large, mais le coût reste énorme, même en prenant la fourchette la plus basse.
03:18 Donc on se subit d'une façon ou d'une autre, avec ces chiffres par définition sous-estimés, d'un déni collectif, d'un déni politique aussi, c'est ça ?
03:26 Le déni politique résulte du déni de la société.
03:29 Aujourd'hui, on voit que la société avance.
03:32 Dans les médias, on parle de ces sujets.
03:34 Je vous remercie de me donner la parole aujourd'hui.
03:37 Mais en termes de politique publique, ça reste extrêmement creux.
03:40 On a beaucoup de révisions du code pénal, mais en termes de santé publique, c'est un sujet qui n'est pas considéré comme un problème de santé publique, alors que ça en est un.
03:48 Vous avez vous-même, Virginie Chrécier, été victime d'un viol dans votre adolescence,
03:51 et vous expliquez que nous ne pouvons pas comprendre, nous représenter ce qu'est le viol.
03:55 Que voulez-vous nous dire, et qu'en fait nous ne comprenons ou nous n'entendons pas ?
03:59 Ce n'est pas quelque chose qui est représentable quand on ne l'a pas vécu.
04:04 On ne peut pas se représenter ce qu'est le viol.
04:06 Alors que 70 euros, tout le monde se représente ce que c'est 70 euros.
04:09 Donc, en prenant ce sujet de biais, par la question de l'argent, j'espère accéder à plus d'empathie,
04:18 mais pas une empathie triste, une empathie, je dis, mobilisatrice, pour que les choses avancent.
04:24 Parce que 70 euros, par exemple, c'est le prix d'une séance de psychothérapie pour parler de ces choses par semaine.
04:30 Devoir payer pour me rendre au tribunal dans la ville où habite la personne qui m'a agressée,
04:34 devoir payer pour mes soins, devoir payer pour déposer une plainte en partie civile,
04:37 devoir payer pour finalement faire face à ces crimes que je me serais bien passé de vivre,
04:41 à renforcer ma culpabilité et ma honte, je vous cite une nouvelle fois.
04:44 Ça rend compte de l'état intérieur ?
04:46 Oui, alors, au-delà tout simplement de la question du coût, c'est "qu'est-ce que ce coût vient dire ?"
04:51 Et ça a été extrêmement violent pour moi, c'est d'abord comme ça que je l'ai vécu, de devoir payer.
04:56 C'est payer son billet de train pour aller à une audition, payer des soins pendant des années.
05:03 Je me suis toujours dit "mais ça veut dire que finalement c'est de ma faute ?"
05:06 C'est ça la question que soulève ce coût.
05:10 Je reste dans les chiffres, puisque c'est votre démonstration.
05:12 Porter plainte coûte en moyenne 10 000 euros,
05:14 et il faut rappeler que seulement 1% des plaintes pour viol aboutissent à une condamnation ?
05:18 Moins de 20%, oui.
05:20 C'est stupéfiant ?
05:22 C'est pour ça que continuer à traiter cette question uniquement sous l'angle du judiciaire,
05:28 c'est plus possible.
05:30 On se heurte à un mur.
05:32 J'espère que les condamnations vont augmenter, que le débat dans la société va progresser.
05:36 Mais pour le moment il y a une urgence, et cette urgence c'est de réparer et de prévenir les violences sexuelles.
05:41 Très précisément, quelles sont vos solutions pour éviter cette double peine aux victimes ?
05:45 Les solutions, ce n'est pas les miennes.
05:47 Je reprends les travaux de psychiatres, de psychologues qui ont travaillé sur ces questions.
05:51 Par exemple, rembourser la prise en charge, créer un parcours de soins.
05:57 Aujourd'hui, non seulement les victimes payent, spécifiques, pour les orienter.
06:03 Non seulement elles payent, mais il y a cette errance.
06:06 Vous ne savez pas quand vous tapez "psy" dans Google, vous avez tellement de sortes de psy,
06:11 vous ne savez pas qui aller voir.
06:13 Par exemple, je donne des idées pour récolter de l'argent, créer une taxe, comme la taxe attentat.
06:20 Pour que le collectif dise aux victimes aussi, nous vous soutenons, réellement, concrètement.
06:26 Je vous restais très sceptique sur les effets de la libération de la parole des victimes sous la manière de #MeToo.
06:31 Là encore, je vous cite, les récits succèdent, se ressemblent, se mélangent à la course folle, à l'information.
06:36 Et après, que fait-on de cette parole ?
06:38 C'est ce que voulait expliquer la comédienne selon vous, Judith Godrech, dans son intervention à la cérémonie des Césars.
06:43 Oui, c'est ce que Judith Godrech dit très bien.
06:46 C'est la question de l'après.
06:48 Qu'est-ce qu'il se passe après ?
06:50 Et ce serait dommage, ce serait même extrêmement violent, de laisser cette parole, qui se libère depuis un certain nombre d'années, en l'air.
06:57 Qu'est-ce qu'on fait après ?
06:59 Après la parole ?
07:00 Je pense qu'on arrive à un moment, aujourd'hui, où il faut passer à une étape supérieure et prendre des décisions, des décisions politiques, pour avancer.
07:09 On ne peut pas continuer simplement à écouter des récits sans rien faire.
07:13 Si j'avais su, je ne l'aurais pas dit.
07:15 Ça veut dire que notre société est encore très loin du compte dans la prise en compte financière, mais aussi morale, de la parole des victimes.
07:20 Ce que je viens de citer, c'est une prise de parole qui avait été entendue lors des auditions de la CIVIS.
07:25 C'est la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants.
07:29 Si j'avais su, je ne l'aurais pas dit.
07:31 Mais quand vous n'êtes pas entendu, ne pas être entendu, c'est un nouveau traumatisme en soi.
07:35 Il y a les traumatismes en bosse, les violences sexuelles, et les traumatismes en creux.
07:38 Ce sont les négligences, ce manque de reconnaissance.
07:41 Quand un enfant parle et qu'on ne le croit pas, il est re-traumatisé, il est re-victime de ce silence.
07:47 Merci beaucoup Virginie Cressy. Je rappelle que votre livre "Le prix des larmes, le coût caché des violences sexuelles" paraît donc au...
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