Après la riposte israélienne en Iran, doit on craindre une escalade ? Pour en parler avec nous, Héloïse Fayet, chercheuse à l'Institut français des relations internationales, spécialiste de la prolifération nucléaire. Regardez L'invité de RTL Midi avec Vincent Parizot et Céline Landreau du 19 avril 2024
00:00 RTL midi, Agnès Bonfillon, Vincent Paréseau.
00:04 À mesure où il s'agit de frappes ciblées sur des installations militaires,
00:09 on n'est absolument pas dans la même configuration que lors de l'attaque que Teheran a lancée il y a quelques jours.
00:16 Où là, Teheran avait lancé des centaines de drones et de missiles qui visaient le territoire israélien,
00:21 avec le risque bien sûr de pertes civiles, pertes civiles qui n'ont pas eu lieu.
00:26 Commentaire du général Jérôme Pellistrandi, c'était sur RTL ce matin,
00:31 après la riposte israélienne en Iran la nuit dernière.
00:35 Une question sur toutes les lèvres, et maintenant, doit-on craindre une escalade ?
00:40 Pour en parler avec nous, nous sommes avec Héloïse Fayet. Bonjour madame.
00:43 Bonjour.
00:44 Vous êtes chercheuse à l'Institut français des relations internationales, spécialiste de la prolifération nucléaire.
00:50 D'abord, pourquoi avoir ciblé Ispahan ? Il y avait un objectif précis de la part d'Israël ?
00:56 Alors, on ne sait pas si il y avait un objectif précis, mais a priori, ils ont choisi un site qui était facile d'atteinte,
01:02 peut-être depuis l'intérieur du territoire iranien.
01:06 Et puis, il y a une dimension évidemment symbolique, étant donné qu'ils ont frappé, encore une fois,
01:11 a priori, une base aérienne à Britton, donc des chasseurs d'Iraniens.
01:17 Et puis, pas très loin, il y a effectivement des installations qui participent au programme nucléaire iranien,
01:23 même si ce n'est pas ça qui a été ciblé.
01:25 Donc il y a un aspect symbolique de cette frappe.
01:29 C'est d'autant plus inquiétant qu'on ne sait pas vraiment quelles sont réellement aujourd'hui les capacités de Téhéran en matière nucléaire.
01:38 Alors, on a une assez bonne idée des capacités nucléaires iraniennes.
01:42 Alors, selon ça, déjà, c'est que l'Iran n'a pas d'armes nucléaires et surtout qu'il n'a pas la capacité d'en fabriquer une en quelques mois.
01:53 Il lui faudrait quelques années et surtout, c'est un processus que l'on serait capable d'observer.
01:58 Et par exemple, les renseignements américains, les services de renseignement, publient régulièrement des rapports
02:04 affirmant qu'il n'y a pas de signe de militarisation du programme nucléaire iranien,
02:09 qui n'est certes pas compatible avec un programme nucléaire strictement civil,
02:14 mais il n'y a pas de signe montrant que l'Iran cherche à développer une arme nucléaire.
02:18 Alors, pas encore d'armes nucléaires, mais ce n'est pas impossible à l'avenir.
02:23 Est-ce que les Occidentaux tentent toujours de négocier avec l'Iran sur le sujet ?
02:28 Alors, je pense déjà qu'on peut rappeler que la seule puissance nucléaire dans la région, c'est Israël.
02:32 On n'en parle pas souvent, mais il y a quand même évidemment cette dimension qui entre en jeu.
02:36 Et puis oui, il y a toujours évidemment des tentatives européennes et américaines de négocier sur le nucléaire iranien
02:44 afin d'essayer de freiner ce programme d'enrichissement.
02:47 Mais évidemment, on peut être très bon cliquer, étant donné que l'Iran soutient la Russie dans l'effort de guerre en Ukraine.
02:54 Donc du coup, il est possible d'avoir des négociations ouvertes avec l'Iran.
02:58 Et puis surtout, depuis ce qui se passe en octobre 2023,
03:01 on sait que l'Iran finance le Hamas et donc contribue aux attaques contre Israël.
03:08 Là aussi, ça devient encore plus compliqué de négocier,
03:11 même si à nouveau, les coûts de développement du nucléaire pour l'Iran seraient largement supérieurs aux bénéfices qu'ils pourraient en retirer.
03:19 Cette réplique israélienne, elle a été jugée, je redis exactement le terme employé,
03:26 faiblarde par un dur, un faucon israélien, point de vue partagé.
03:32 Donc une réplique jugée peut-être insuffisante.
03:36 Certains auraient voulu qu'on aille frapper plus spécifiquement, j'allais dire,
03:42 les secteurs où les Iraniens préparent l'armement nucléaire.
03:52 Alors à nouveau, les Iraniens ne préparent pas l'armement nucléaire.
03:56 Mais alors déjà, il faut très jure, évidemment, que Itamar Ben Gvir n'est pas à la tête du gouvernement israélien.
04:01 Et en fait, on voit bien que les problématiques internes à Israël,
04:06 avec un cabinet de guerre qui est très morcelé, avec une extrême droite qui est beaucoup plus présente qu'auparavant,
04:11 effectivement, doivent être satisfaites en même temps que les impératifs géopolitiques régionaux,
04:17 que l'entretien du lien entre les États-Unis et Israël,
04:21 et donc que Netanyahou a dû faire la part des choses entre les deux,
04:25 et a choisi finalement une réplique calibrée, symbolique,
04:30 mais dans un sens, comme il était déjà partiellement les frappes iramiennes du 13 avril,
04:36 qui, rappelons-le, dans le narratif iranien, était déjà une réplique à l'attaque israélienne sur le consulat d'Ammas.
04:45 - Et sans parler de nucléaire, Héloïse Fayez, est-ce que la République islamique d'Iran a aujourd'hui les moyens d'aller plus loin,
04:53 d'assumer un engrenage, une escalade, ne serait-ce qu'avec son arsenal balistique ?
04:59 - Encore une fois, dans le sens du "Iranien", en fait, ce sont les Israéliens qui sont dans l'escalade,
05:05 étant donné que les Iraniens avaient très bien vu, après l'attaque du 13 avril,
05:09 que de leur côté l'incident était clou, que Joe Biden avait appelé Israël à prendre son responsabilité et à "take the win",
05:18 donc typiquement à considérer qu'il s'agissait déjà d'une victoire,
05:22 d'avoir pu intercepter quasi la totalité du drône et du missile de croisé à des missiles balistiques.
05:28 Là, on n'a pas d'informations précises sur l'état du stock iranien,
05:32 mais à nouveau les Iraniens ont bien signalé qu'ils n'allaient probablement pas répondre par une frappe d'envergure à ce qui s'est passé ce matin.
05:42 - Ça veut dire qu'on ne va pas en rester là ?
05:44 - C'est impossible à dire, parce qu'évidemment les acteurs ont leur venteur à propre,
05:48 ont des dynamiques escalatoires qui peuvent nous échapper,
05:52 donc il faut évidemment maintenir une extrême prudence et appeler absolument à la désescalade des deux côtés,
05:59 mais de toute façon, le couvercle d'une frappe directe israélienne contre l'Iran et d'une frappe iranienne contre l'Israël,
06:12 les deux ont été couverts, donc à ce stade, on n'est jamais à l'abri de l'Iran-Israël-des-Escalades,
06:17 même si, a priori, c'est ce qui est souhaité par tous les acteurs.
06:21 - Merci beaucoup Héloïse Fayet pour cet éclairage.
06:24 Je rappelle que vous êtes chercheuse à l'Institut français des relations internationales spécialistes.
06:28 La prolifération nucléaire dans un instant.
06:31 Vincent, une fois n'est pas coutume, mais on va faire le LVT midi, le midi vent.
06:35 - Avec plaisir, on est souple.
06:36 - On va parler Martine, Martine à la plage, Martine en radio, Martine à de l'avance.