00:00 On a une dette effectivement qui est élevée,
00:01 il ne faut pas que le remède soit pire que le mal.
00:03 Or en coupant dans la dépense publique,
00:05 on fait des économies sur l'avenir.
00:06 C'est très idiot.
00:07 La dette française est à 111% du PIB,
00:10 ce qui est au-dessus de la moyenne de la zone euro,
00:12 mais ce qui reste inférieur à la dette des États-Unis,
00:15 à la dette italienne, à la dette grecque.
00:18 On dépense plus qu'on gagne,
00:19 mais la majorité des pays dépensent plus qu'ils gagnent.
00:21 En réalité, la dette d'un agent privé, d'un ménage
00:24 est beaucoup plus élevée que la dette publique d'un État,
00:26 sachant qu'un État ne meurt pas.
00:28 Il y a plusieurs critères qui nous indiquent qu'une dette est soutenable.
00:30 L'évolution de notre dette par rapport aux autres pays.
00:32 Toutes les dettes ont fortement augmenté avec le Covid ces dernières années.
00:34 La deuxième des choses, c'est est-ce que les banques continuent à nous prêter ?
00:37 Oui, elles nous prêtent, à des taux d'intérêt qui sont plutôt faibles.
00:39 Certes, ils augmentent un peu ces dernières années,
00:41 mais ils restent à des niveaux qui sont parfaitement acceptables.
00:44 Et la troisième des choses, c'est ce que vous avez en face de la dette.
00:47 C'est tout ce que détient l'État,
00:48 les bâtiments publics, mais aussi les entreprises publiques.
00:51 Et vous regardez aujourd'hui, quand vous comparez la dette
00:53 et le patrimoine public, ça s'équilibre quasiment.
00:55 Le vrai problème, c'est quoi ?
00:57 C'est que le gouvernement actuel, il privatise à tout va.
01:00 Et là, c'est dangereux.
01:01 Si aujourd'hui, on a une dette très élevée, c'est dû à deux chocs.
01:03 Deux chocs importants.
01:04 La crise financière de 2008, qui est très importante, et la crise du Covid.
01:07 Donc, la dette n'augmente pas parce que nous vivons au-dessus de nos moyens,
01:10 parce que nous investissons trop dans les hôpitaux et dans l'éducation.
01:12 Elle augmente toujours à cause de crises.
01:14 Donc, la dette, on ne peut pas dire qu'elle a été inefficace.
01:16 Elle a comblé, à un moment, des crises venant de l'extérieur.
01:19 Le problème, c'est que souvent, après ces crises, on nous dit
01:22 "Ah bah non, on a vécu au-dessus de nos moyens, c'est de notre faute
01:24 parce qu'on aurait trop dépensé dans les hôpitaux et dans l'éducation."
01:26 C'est faux.
01:26 La pire des choses, c'est de faire de la politique d'austérité budgétaire,
01:30 ce que veut faire le gouvernement.
01:31 Parce que là, vous freinez toute l'activité.
01:32 Dans ces périodes-là, il faut faire ce qu'on appelle de la politique
01:35 "contra-cyclique", c'est-à-dire creuser les déficits pour soutenir l'activité.
01:39 C'est exactement ce que fait les États-Unis, aujourd'hui,
01:42 qui a un déficit plus élevé que le nôtre, et une croissance beaucoup plus élevée.
01:46 Ils sont à plus de 2% de croissance, quand nous, on est à moins d'un pour cent.
01:48 Politique contra-cyclique, c'est ce qu'on apprend en macro-économie,
01:51 en première année d'économie à la fac.
01:52 Si tous les pays de la zone euro se mettent à faire de la politique d'économie,
01:56 de réduction des déficits trop rapide,
01:57 on va refaire le scénario qu'on a connu à partir de 2011.
02:00 Et vous savez quoi ?
02:01 La zone euro, elle a mis 10 ans à revenir à son niveau de richesse d'avant-crise de 2008.
02:05 Vous savez combien de temps ils ont mis les États-Unis ?
02:07 Avec la politique contra-cyclique, 3 ans.
02:08 Mais après, est-ce que pour, soi-disant, calmer les argents de dotation,
02:12 calmer les marchés financiers et avoir, à la fin et in fine,
02:15 et ça Bruno Le Maire, je pense, le sait, très peu d'effets sur la dette,
02:18 est-ce qu'on doit faire des économies supplémentaires sur le service public ?
02:19 Je ne crois pas.
02:20 À partir du moment où on part du principe que le déficit est très important
02:23 et qu'on veut résoudre ce déficit,
02:24 on ne peut pas le faire qu'en coupant la dépense publique.
02:26 On est obligé d'avoir des recettes fiscales.
02:27 Et ce qui s'est passé en fait ces dernières années,
02:29 depuis l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron,
02:31 c'est qu'on a eu 70 milliards de baisse de recettes publiques.
02:33 Le problème des baisses de fiscalité ces derniers temps,
02:35 c'est qu'elles ont été très axées en grosse partie sur ceux qui gagnaient le mieux.
02:39 Il y a eu la réforme de l'ISF qui touche 1% de la population française,
02:43 qui détient 25% du patrimoine français, ce qui est énorme quand même.
02:46 Vous avez eu la flat tax, qui est la baisse sur les revenus financiers,
02:49 qui profite aux 10% des Français les plus riches,
02:51 parce que tout le monde n'a pas des revenus financiers placés en bourse.
02:54 Et vous avez eu la baisse de l'impôt sur les sociétés,
02:56 qui a profité aux entreprises les plus importantes.
03:00 Vous avez aussi le CICE, qui a profité plus aux 440 que aux petites PME.
03:04 Il faudrait peut-être s'interroger sur les effets que cela a eu.
03:07 Par exemple, le 440 a plus de 1000 filiales dans les paradis fiscaux.
03:10 Il faudrait peut-être leur demander ce qu'elles y font.
03:12 Et là, il y a peut-être de l'argent à trouver.
03:13 Donc, s'il y a des recettes fiscales à récupérer,
03:15 bien sûr, elles doivent être sur les plus riches et sur les grandes entreprises
03:18 à qui nous avons fait énormément de cadeaux ces dernières années.
03:20 Je me souviens qu'en 2012, il y a des argents de notation
03:22 qui ont dégradé la note française.
03:24 Tout le monde a dit que ça allait être catastrophique,
03:26 que la France allait finir comme la Grèce,
03:27 qu'elle allait emprunter à des taux très élevés.
03:29 La note française a été dégradée, la note américaine a été dégradée.
03:32 Qu'est-ce qui s'est passé ? Rien.
03:33 Parce qu'il est très difficile pour les investisseurs
03:35 de trouver des pays crédibles pour acheter leur dette.
03:38 Et la France a encore une belle signature.
03:40 Donc, je pense qu'une baisse de notation ne changerait rien.
03:43 Après, pour le gouvernement, ça fait des indices de mauvaise gestion
03:48 et ça les dérange parce que c'était un de leurs engagements
03:50 et qu'ils ont comme volonté, moi je pense, c'est le cas d'Emmanuel Macron,
03:54 de finir avec des beaux chiffres macroéconomiques,
03:56 c'est-à-dire un beau chiffre du chômage, un beau chiffre du déficit.
03:59 Quel qu'en soit le prix à payer,
04:01 même s'il faut faire les économies les plus drastiques
04:03 sur l'hôpital et l'éducation,
04:05 il va avoir son beau chiffre sur les déficits.
04:07 Et même s'il faut faire je ne sais pas combien de réformes
04:09 sur l'assurance chômage et faire en sorte qu'il soit plus difficile
04:12 aujourd'hui d'avoir presque le statut de chômeur qu'un emploi,
04:15 il veut avoir à la fin son beau chiffre du chômage.
04:17 La dette, si on veut qu'elle baisse, ou les déficits, si on veut qu'ils diminuent,
04:21 ils diminueront par de l'activité.
04:22 Donc la politique que nous menons,
04:24 c'est une politique qui va plus nous appauvrir que nous enrichir.
04:26 [BIP]
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