00:00 Astro, fais le beau.
00:02 J'ai dit le beau.
00:04 C'est bien ça ! Tu mérites ta récompense.
00:07 Oh, maman est rentrée plus tôt que d'habitude. Trop bien !
00:15 Tu peux entrer !
00:17 Tu sais quoi, maman ? Ça y est, j'ai appris Astro à...
00:21 Ahem ! Madame Granny ?
00:24 Qu'est-ce que vous faites ici ?
00:26 [Musique]
00:36 Bienvenue dans Les Voyages d'Amélia au cœur de l'histoire.
00:40 Épisode 5, Jean-Corentin Carré, le plus jeune poilu.
00:44 [Musique]
00:58 Depuis que je t'ai appris que Nasbrock était ton grand-père,
01:01 tu n'es plus venu me voir dans ma boutique.
01:04 Je voulais juste savoir... comment tu vas ?
01:07 Ben... comme quelqu'un qui a appris que la pire des pustules galactique est son deuxième grand-père.
01:11 Franchement, je suis choquée qu'on m'ait caché ça si longtemps.
01:14 C'est comme si j'avais grandi d'un coup.
01:16 Pourquoi vous ne me l'avez pas dit dès le début, Madame Granny ?
01:19 Coucou les filles !
01:21 Tu sais, mon petit crapaud, Granny voulait d'abord arranger les choses avec Nasbrock.
01:27 Pour être honnête, je n'y croyais pas du tout, mais... ça valait le coup d'essayer.
01:32 Et malheureusement, c'est toi qui avais raison, Charlie.
01:35 Nasbrock ne changera jamais.
01:37 Ça a beau être mon petit frère, je dois l'accepter comme il est.
01:40 Jaloux et souvent méchant.
01:42 Même Astro a compris que Nasbrock est un vilain.
01:46 Il a toujours été comme ça, cet espèce de grand-père ?
01:49 Oui. Déjà tout petit, il avait un caractère de cochon.
01:52 S'il n'était pas le premier, il criait et se roulait par terre.
01:56 Alors le jour où j'ai inventé l'ascenseur à voyager dans le temps,
01:59 tu n'imagines même pas dans quel rage il s'est mis.
02:02 C'est moi, l'ingénieur !
02:04 Marguerite, je te déteste !
02:07 C'est moi qui aurais dû inventer cet ascenseur !
02:10 Sa jalousie le rend méchant.
02:12 Depuis, il cherche à dérégler l'histoire, espérant sans doute que ça nous retombe dessus.
02:17 Mais parlons d'autre chose.
02:19 J'ai une nouvelle à t'annoncer.
02:21 Mouais, dites toujours.
02:23 Eh bien, notre dernière rencontre avec Marie Curie m'a encouragée à persévérer
02:27 dans mes travaux d'amélioration de l'ascenseur.
02:30 Et figure-toi que j'ai réussi !
02:32 Il utilise beaucoup moins d'énergie, il est moins bruyant
02:36 et aussi plus fiable.
02:38 Ah, super !
02:39 Tellement fiable qu'à titre exceptionnel,
02:42 je pourrais peut-être laisser une certaine Mademoiselle A le prendre toute seule.
02:46 Vous voulez dire une certaine Amélia ?
02:50 Ah non, je pensais plutôt à ma cousine Albertine.
02:52 Hein ? Mais non !
02:55 Je pensais à toi, ma petite Amélia !
02:58 C'est bien la première fois que Madame Granny me donne un petit nom gentil.
03:02 En même temps, quand on y pense, on est un peu de la même famille.
03:06 Et qu'as-tu choisi comme destination, Granny ?
03:09 Amélia va rencontrer un garçon qui a pris, très jeune, de lourdes responsabilités.
03:14 Je me demande bien qui c'est.
03:16 Jean-Corentin Carré, sans doute le plus jeune poilu de France.
03:20 "Poilu" est le terme utilisé pour désigner les soldats de la Première Guerre Mondiale.
03:24 Ah oui, je me souviens, la maîtresse nous l'a dit.
03:27 Certains disent qu'on les appelle ainsi car les soldats ne pouvaient pas se raser.
03:31 Et paraissaient tout poilus.
03:34 Mais dans le langage familier, "poilu" désignait aussi quelqu'un de courageux.
03:40 Dans les deux cas, ça leur correspond bien.
03:43 Allez, Amélia, en route pour ma boutique !
03:46 À plus tard, mon petit crapaud.
03:48 Je suis trop contente de partir seule, mais franchement, en pleine guerre...
03:56 [Bruit de clavier]
03:58 Prête pour l'aventure ?
04:03 Oui, faut bien y aller !
04:05 Laisse-moi taper la date de ta destination.
04:07 La fin de l'année 1917.
04:10 Cela fait déjà plus de trois ans que la guerre a commencé.
04:13 Tu ne pars pas très loin de Verdun, sur le front entre la France et l'Allemagne.
04:18 Oh, j'allais oublier !
04:20 Voici une tenue plus adaptée à l'époque.
04:22 Un gros pull sous une salopette, des gants et des bottes en cuir fourrés,
04:26 un casque souple, des lunettes d'aviatrice, un manteau en fourrure...
04:30 Mais je suis trop stylée !
04:32 Bon voyage !
04:33 Au fait, Granny, comment je vais le trouver, ce Jean-Corentin triangle ?
04:38 Ou Jean-Corentin carré, je ne sais même plus.
04:40 Franchement, elle exagère. Elle ne me donne aucune information.
04:43 Mais impossible n'est pas Amélia.
04:46 [Bruit de clavier]
04:49 [Bruit de moteur]
04:53 Je me retrouve dans un camp militaire avec plein de hangars.
04:57 Juste devant moi, un avion.
04:59 Il a carrément quatre ailes, deux de chaque côté.
05:02 Je vais me rapprocher. Je cache Astro sous mon blouson.
05:05 Bonjour, moi c'est Amélia.
05:07 Moi c'est Jean-Corentin. Mais tu peux m'appeler Jean.
05:10 Je ne vais pas tarder à décoller, le temps est clair, ça ne va pas durer.
05:13 Bientôt, on n'y verra plus rien.
05:14 Courage Amélia, courage.
05:16 Je peux venir avec toi ?
05:17 Allez, monte. Après tout, tu peux être utile.
05:20 Je pars en mission de reconnaissance.
05:22 Je dois repérer les positions de l'ennemi et les endroits où il cache ses armes.
05:25 Si tu es là, tu pourras prendre des photos avec cet appareil.
05:28 J'y crois pas, ça a marché.
05:31 T'as vu Astro ? J'ai même réussi à t'embarquer, il n'a rien vu.
05:34 On est trop fort.
05:36 Je démarre le moteur.
05:38 Attention au décollage, ça va secouer.
05:41 Au fait, j'ai bien vu que tu avais pris ton clé bas.
05:44 Ne me prends pas pour un débutant.
05:46 On n'est peut-être pas si fort que ça.
05:48 Pourquoi on vole si bas ?
05:51 Pour une mission de reconnaissance, on vole toujours doucement et à basse altitude.
05:55 Comme ça, on peut bien observer et admirer le paysage.
05:59 Tu parles d'un paysage.
06:01 Au milieu des routes, on aperçoit des arbres brûlés et des gros trous partout.
06:05 Jean, tu ne trouves pas ça triste, toi, d'abîmer la nature comme ça ?
06:08 Euh... ce que je trouverais triste, c'est qu'on perde contre les Boches.
06:12 Oups, quand Papy Charlie parle de Boche au lieu de dire Allemand, il se fait drôlement disputer par Maman.
06:17 Pourquoi tu t'es engagé comme soldat ?
06:19 Parce que j'aime mon pays, Pardy.
06:21 J'étais assez fort pour être un soldat.
06:23 J'aurais été un lâche de pas y aller, c'est tout.
06:25 Alors, même si j'avais pas encore l'âge, je me suis engagé.
06:28 Et ils t'ont accepté ?
06:30 D'abord, on m'a refusé parce que j'avais 14 ans.
06:32 Mais moi, je voulais partir au front comme mon père.
06:35 J'y suis retourné juste après mes 15 ans, mais j'ai donné un faux nom cette fois.
06:38 Et je me suis fait passer pour plus vieux.
06:40 Ils n'y ont vu que du feu, alors je suis parti à la guerre.
06:43 Au début, j'étais pas dans les airs.
06:45 J'ai combattu à terre, bien embourbée même, au milieu des tranchées.
06:49 T'avais pas peur de mourir ?
06:51 La mort, j'y pense pas.
06:53 Pourtant, j'en ai vu des gars partir, crier, souffrir.
06:56 La guerre, c'est pire que ce qu'on croit.
06:59 En cas de malheur, j'ai fait un cahier pour mes parents.
07:02 Ça leur fera un souvenir de leur gosse tombé au champ d'honneur.
07:05 Je pourrais le voir ?
07:06 Carrément ! Dès qu'on est au sol, je te le montre.
07:09 Pendant les repérages, je pense à tous ces hommes qui risquent leur vie pour leur pays.
07:13 La maîtresse nous a dit qu'en 14-18, ils étaient plus de 8 millions de soldats en France.
07:18 Voler, c'est moins dangereux que de se battre au sol !
07:21 À l'école d'aviation, ils nous avaient dit que si on restait en vie plus d'un mois, on avait bien de la chance.
07:27 Et tu vois, je suis toujours là.
07:29 En même temps, j'ai jamais croisé le Baron Rouge.
07:32 C'est qui, celui-là ?
07:33 Le Baron von Richthofen, l'as des as de l'aviation allemande.
07:37 On l'appelle le Baron Rouge parce que son avion, un Fokker, avec une triple rangée d'ailes, est peint en rouge.
07:43 Il est seul dedans, mais je te dis, c'est un sacré pilote.
07:46 Il en a tué des gars de chez nous.
07:47 Euh, Jean-Corentin ?
07:49 Oui ?
07:50 C'est quoi cet avion qui vient vers nous ?
07:52 Oh la vache ! On dirait bien que c'est le Baron Rouge !
07:55 T'inquiète, je vais lui faire son compte.
07:57 Accroche-toi !
07:58 Baisse la tête, petite !
08:02 L'avion allemand se rapproche. J'aperçois le pilote avec son col à fourrure.
08:06 Il a un grand sourire sous son nez.
08:08 Il se corps nu ?
08:10 J'y crois pas !
08:12 Ça va, mes petits choux ? On prend l'air ?
08:18 Nassebrock essaie de nous tirer dessus !
08:23 Les Voyages d'Amélia, au cœur de l'histoire, est un podcast original produit par Europain Studio.
08:32 À tout de suite pour la suite de cet épisode !
08:35 [Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org]
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