00:00 Il est 6h21, il y aura bien une nouvelle réforme de l'assurance chômage.
00:04 Gabriel Attal l'a confirmé hier soir sur TF1.
00:06 Le Premier ministre aimerait notamment réduire la durée d'indemnisation des chômeurs.
00:10 C'est l'une des solutions avancées pour redresser les comptes publics.
00:13 Bonjour Dominique Corona.
00:15 Bonjour.
00:16 Vous êtes le secrétaire général adjoint de l'UNSA, chargé de la protection sociale
00:19 au sein de ce syndicat.
00:20 Gabriel Attal demande à sa ministre du Travail Catherine Vautrin d'ouvrir des négociations
00:25 avec les partenaires sociaux sur l'assurance chômage.
00:27 Vous à l'UNSA, vous avez rendez-vous avec la ministre au mois d'avril.
00:30 Vous irez dans quel état d'esprit ?
00:31 Ecoutez, dans un esprit, une fois de plus, on se dit, voilà, le dialogue social c'est
00:37 on veut de toute façon faire des économies sur les chômeurs, on veut faire payer la
00:41 dette aux chômeurs et donc il n'y a pas grand-chose à négocier.
00:44 Quand on écoute le Premier ministre, on te l'a déjà écrit, on veut baisser l'indemnisation
00:48 des chômeurs, on veut réduire le temps d'indemnisation.
00:51 Donc on voit bien effectivement que c'est les plus précaires qui sont visées et aucune
00:56 effectivement mesure sur les plus revenus, sur les entreprises, rien.
01:00 Donc la dette, on la fait payer toujours aux plus pauvres.
01:03 C'est inacceptable, ce n'est pas dû en même temps ça.
01:05 C'est toujours sur les mêmes qu'on appuie.
01:07 Je vous rappelle qu'il y a eu déjà une grosse réforme de l'assurance chômage qui
01:10 est en train de se mettre en place là.
01:13 Donc tout ça n'est pas très sérieux.
01:14 Gabriel Attal, lui, il explique en fait qu'il veut faire bouger le système.
01:18 Il dit "je ne veux pas attaquer les chômeurs, m'en prendre aux chômeurs, je veux favoriser
01:22 le retour à l'emploi en bougeant le système, inciter davantage à l'activité pour au
01:27 final faire des économies".
01:28 Oui c'est ça et je crois que les chiffres c'est sur 6,1 millions de demandeurs d'emploi,
01:32 il n'y a que 2,6 millions qui sont indemnisés pour une moyenne de 1033 euros.
01:38 Vous pensez vraiment qu'on est heureux à 1033 euros et qu'on veut rester au chômage
01:41 en moyenne ? Donc on voit bien que c'est une vue d'esprit, c'est une fable.
01:44 On nous raconte une histoire et on oublie de nous dire qu'au même moment, les entreprises
01:49 du GAC 40 explosent leurs bénéfices.
01:51 On oublie de nous dire que la Bourse de Paris a fait des records historiques qui n'ont
01:55 jamais été atteints il y a moins de 15 jours.
01:57 Et bien sûr, on nous montre le doigt les chômeurs.
02:00 Parlons plutôt des entreprises, je crois que les entreprises 440 c'est 150 milliards
02:05 à peu près de croissance supplémentaire financière.
02:09 Vous voyez bien qu'il y a quand même une difficulté.
02:11 Alors quelles sont les autres options justement ? Le Premier ministre l'a dit hier, j'attends
02:14 des propositions crédibles de la part des partenaires sociaux.
02:18 Quelles propositions lui faites-vous ?
02:19 Crédibles, on n'arrête pas de lui faire des propositions, c'est ça le problème.
02:22 Je pense que soit il ne l'entend pas, soit il ne nous comprend pas.
02:26 Mais s'il ne nous comprend pas, c'est un vrai problème quand même.
02:28 Parce que quand on est un homme politique, on doit entendre, comprendre et essayer d'adapter
02:31 son discours.
02:32 Quelles sont les propositions ?
02:33 1) Taxation des transactions financières.
02:36 Aujourd'hui, tout est taxé sauf les transactions financières.
02:38 Excusez-moi, ça pose quand même une petite difficulté.
02:40 2) Est-ce qu'on ne peut pas créer, comme un groupe d'experts l'a proposé à la Commission
02:44 de l'Europe, une imposition sur le capital en Europe ?
02:49 Est-ce qu'on ne peut pas le mettre en place ?
02:51 3) Est-ce qu'on ne peut pas regarder les exonérations de cotisations sociales ?
02:54 Aujourd'hui, 75 milliards d'exonérations de cotisations sociales.
02:59 On ne demande rien aux entreprises en échange.
03:01 C'est la seule politique publique où on donne de l'argent à tout le monde, tous
03:06 les employeurs, sans leur demander "vous en avez fait quoi ?"
03:10 C'est quand même assez incroyable.
03:11 Moi, je trouve avec mes impôts, je ne dis pas qu'il ne faut pas les donner, je n'en
03:16 sais strictement rien.
03:17 Mais quand même qu'on pose le débat de l'utilité ou de la non-utilité, il me semble
03:20 essentiel.
03:21 Pour redresser les comptes publics, vous, vous allez voir du côté des recettes.
03:25 Il faut augmenter les recettes, pas faire des économies, pas réduire les dépenses.
03:28 Je vais vous donner un exemple sur l'assurance maladie.
03:31 Nous avons un vieillissement de la population.
03:33 On a repoussé l'âge égal à la retraite, donc on sait qu'on aura plus d'arrêts maladie,
03:37 plus de maladies chroniques, plus de problématiques au travail en termes de santé.
03:42 Les médicaments coûtent de plus en plus cher.
03:44 Si vous n'avez pas les recettes en fosse, si vous n'augmentez pas vos recettes, vous
03:47 savez que de toute façon les dépenses vont augmenter plus vite que les recettes.
03:51 Donc oui, il faut faire des économies, oui, il faut lutter contre la fraude.
03:54 La fraude, effectivement, des professionnels de santé, la fraude est la plus importante
03:58 sur l'assurance maladie et pas sur les patients, contrairement à ce qu'on peut là encore
04:01 entendre.
04:02 Vous voyez bien que si vous ne trouvez pas des recettes supplémentaires, vous êtes
04:05 quand même dans une situation difficile.
04:07 Et les recettes, mais ce n'est pas que moi qui le dis.
04:09 Je crois que Mme Gaëlle Braune-Pivet, la présidente de l'Assemblée nationale, a parlé
04:14 des super profits.
04:15 Quand vous voyez que je crois que Total Energy a augmenté de plus de 4% ses dividendes à
04:20 19,6 milliards d'euros, vous pouvez vous dire quand même, quand on est dans une économie
04:25 de guerre, quand il faut faire des efforts, il faut qu'ils soient partagés, que tout
04:28 le monde y aille.
04:29 Mais Gabriel Attal a rappelé hier que le gouvernement avait déjà taxé davantage
04:32 quelques entreprises très profitables.
04:34 Oui, c'était, ah oui, beaucoup.
04:36 D'ailleurs, vous avez remarqué, si vous voulez, c'est bien pour ça que certaines
04:40 députées de la majorité commencent à y revenir.
04:41 On voit bien que tout ça, c'est de la fable.
04:43 Une fois de plus, c'est de la poudre aux yeux.
04:44 On voit bien qu'effectivement, le gouvernement fait semblant de dire "Oh, on a taxé les
04:49 hauts patrimoines.
04:50 Oh, on a taxé effectivement les entreprises."
04:51 Sauf que ce n'est pas vrai dans les faits.
04:53 Quand on regarde concrètement.
04:55 Ce n'est pas vrai ou ce n'est pas suffisant ?
04:56 Ce n'est pas suffisant.
04:57 Ce n'est pas pareil.
04:58 Je suis d'accord avec vous.
04:59 Ce n'est pas suffisant.
05:00 Ce n'est pas suffisant.
05:01 C'est-à-dire qu'on a fait là encore une fois de plus semblant.
05:04 Et donc au bout d'un moment, il ne faut pas faire semblant.
05:07 Et puis sur les comptes publics, il serait peut-être temps quand même.
05:11 Parce que très franchement, au mois de décembre 49-3, on adopte le budget de la France.
05:16 Un mois et demi après, même pas, on nous dit "on s'est trompé".
05:18 Alors soit on s'est trompé.
05:19 Et donc c'est un peu grave quand même.
05:23 Soit on n'a pas dit peut-être totalement la vérité aux parlementaires.
05:26 Et c'est aussi grave au niveau démocratique.
05:28 Vous pensez que le gouvernement savait que le déficit allait se creuser davantage et
05:31 l'a caché ?
05:32 Mais visiblement, le gouverneur de la Banque de France l'avait annoncé.
05:35 L'OCDE, les prévisionnistes l'avaient annoncé.
05:37 On voyait bien qu'il y avait quelques difficultés dans ce budget.
05:39 Donc il serait peut-être temps aussi qu'on se mette tous d'accord sur "c'est quoi
05:42 la dette ?".
05:43 "Comment est constituée cette dette ?".
05:44 "Qu'est-ce qu'il y a à l'intérêt de cette dette ?".
05:45 Qu'on soit un peu transparent.
05:46 C'est vraiment une question de démocratie.
05:49 Et je le dis, je sens la colère dans le pays.
05:52 Nous sentons de moins en moins la colère dans le pays.
05:54 Il faut faire très attention.
05:56 Et au moins vous êtes d'accord avec ce constat du gouvernement ?
06:00 C'est que pas question de laisser filer le déficit et d'aggraver la dette.
06:03 Il faut au moins faire quelque chose.
06:04 Vous n'êtes pas d'accord sur la méthode, mais sur le constat vous êtes d'accord.
06:06 Un, il faut regarder effectivement la dette, comment elle est constituée.
06:09 Deux, il faut regarder s'il faut faire des investissements supplémentaires.
06:12 Moi je vous le dis, les transitions qui arrivent écologiques, numériques, si on ne prend pas
06:17 garde, si on ne prépare pas le pays, si on ne prépare pas les salariés avec des investissements
06:22 dans la formation nécessaire, alors à ce moment-là on va vers des catastrophes.
06:25 Et là, ça te coûtera encore bien plus cher plus tard.
06:28 Je vous donne un exemple.
06:29 Il faut effectivement qu'on forme les gens et on nous dit qu'on va mettre une taxe sur
06:33 le compte personne de formation.
06:34 C'est antinomique !
06:35 Merci beaucoup Dominique Corona.
06:38 On va rester sur cet exemple.
06:39 Le secrétaire général adjoint de l'UNSA vous est-il invité du 5-7 ?
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