00:00 Les ECOS, ce mot, tous les étudiants de 6e année l'ont à la bouche.
00:04 Avec la réforme du 2e cycle, le concours de fin de 6e année se déroule maintenant en deux étapes.
00:09 La première, les épreuves dématérialisées nationales,
00:12 un examen écrit que les étudiants ont passé en octobre dernier.
00:15 Et la deuxième, c'est la grande nouveauté,
00:17 c'est un examen oral que les étudiants passeront en mai prochain.
00:20 Alors il s'agit des ECOS, les examens cliniques objectifs structurés.
00:24 L'épreuve compte pour 30% de la note finale qui classera l'étudiant pour son choix de spécialité.
00:29 Alors l'objectif avec ces ECOS, c'est d'évaluer les compétences et le savoir-être de l'étudiant
00:34 par une série de mise en situation de 8 minutes.
00:36 A la mi-mars, les étudiants ont passé les ECOS blancs, une répétition générale qui divise.
00:41 Alors ces ECOS, bonnes ou mauvaises idées, les étudiants nous parlent de leurs ressentis.
00:46 [Musique]
00:49 [Bruit de clavier]
00:58 Moi je ne ferais que neurochirurgie.
01:00 Moi j'aimerais faire de l'allergologie.
01:01 Moi j'aimerais bien faire de l'oncologie.
01:03 Soit je graphique quelques places avec ces ECOS et peut-être que je pourrais apprendre le gynéco-médical.
01:08 Soit sinon je ferais médecine générale et j'essaierais de me spécialiser.
01:10 [Bruit de clavier]
01:13 Finalement c'est des questions de cours.
01:14 C'est rien de plus qu'un DP à l'oral avec la subjectivité d'un examinateur extérieur
01:20 qui n'est pas forcément concentré du tout.
01:22 Et je pense qu'on nous demande de faire un exercice que même des médecins plus diplômés
01:25 n'arriveraient pas à faire en 7 minutes sous contrainte d'examen.
01:28 Après ça ressemble aux consultations actuelles de 7 minutes chez son médecin traitant
01:31 qu'on voit tous les 6 mois.
01:32 Donc je pense qu'on nous forme bien.
01:33 La première station déjà, on n'avait pas accès à un chronomètre.
01:36 Et quand j'ai eu le chronomètre, il était décalé d'une minute.
01:38 Donc je n'ai pas pu conclure une consultation.
01:40 Dans ma deuxième épreuve, j'ai eu aussi un problème de chronomètre.
01:43 Et dans ma troisième épreuve, j'ai eu aussi un problème de chronomètre.
01:45 Pour cette épreuve, je n'avais pas non plus de stylo accessible.
01:47 Donc l'un des juges a dû me donner son stylo en soupirant.
01:51 Ça m'a un peu fait peur sur la partie de notes qui est subjective,
01:54 qui vaut quand même 5 points sur 15.
01:56 J'ai pu constater moi-même 2 voire 3 manières de faire fuiter les sujets au cours de ces examens.
02:02 Nous on a de la chance d'être dans une fac qui nous prépare bien,
02:04 qui nous avait déjà fait passer plein d'écoses.
02:06 Alors autant la logistique était à saluer, nous on est vraiment une très grosse promo,
02:09 donc j'ai trouvé que c'était chouette qu'il n'y ait pas eu plus de couacs.
02:13 Mais c'est vrai que c'était plutôt sur certains choix éditoriaux qui ont été faits,
02:17 sur le fait qu'il y a des tiers personnes qui doivent répondre à nos questions.
02:21 Il y a eu énormément de variations inter-étudiants, ça a été beaucoup remonté.
02:25 Il y a eu aussi des histoires de sujets qui ont été entendues avant les épreuves,
02:28 donc on peut se poser la question de la confidentialité.
02:31 Je pense que les écoses sont un apport énorme à la pédagogie médicale.
02:37 C'est la première fois qu'on parle d'évaluer des compétences d'un médecin,
02:40 de savoir-être, qui est primordial.
02:43 Le problème qu'on a avec les écoses en France actuellement,
02:46 et qui fait que ça parle beaucoup,
02:48 c'est que les écoses sont utilisées en France à but de classer des gens.
02:51 Et le problème c'est que quand on passe d'un examen à un classement,
02:53 il faut pouvoir assurer l'égalité des chances.
02:55 A l'heure actuelle, et au vu de l'examen de la semaine dernière,
02:58 l'égalité des chances n'est pas assurée.
03:00 Dans l'ancienne version du concours, qui était uniquement anonyme,
03:03 au moins on avait l'assurance que tout le monde avait le même sujet,
03:05 au même moment, dans les mêmes conditions.
03:07 Le problème aussi étant qu'on n'a aucune assurance
03:10 que tous les problèmes qui ont été soulevés seront résolus d'ici le mois de mai.
03:14 Avec la nouvelle réforme, il y a beaucoup de gens qui préfèrent redoubler
03:17 plutôt que de passer les nouveaux concours.
03:19 Moi, sur le fond, déjà sur l'idée d'introduire des écoses,
03:22 je fais peut-être partie de la minorité qui trouve que c'est plutôt une bonne idée.
03:24 Je trouve que c'est très agréable aussi d'être préparée en tant que professionnelle de santé.
03:29 Je vois que cette année qui est très longue, on en a tous un peu marre.
03:32 C'est tout de même plus facile, paradoxalement, de réviser son programme
03:36 en se posant des questions très concrètes du genre
03:39 "un patient arrive avec tel symptôme, qu'est-ce que je fais comme interrogatoire ?"
03:42 Moi, j'ai l'impression que c'est un peu la vraie vie de médecin qui commence
03:45 et ça me permet de continuer de me motiver pour réviser.
03:47 Sur la forme, il y a des choses à dire.
03:49 Aujourd'hui, les écoses, ça soulève pas mal de questions dans la réalisation pratique.
03:53 La plupart du temps, on demande à un acteur de jouer le rôle d'un patient,
03:56 d'un professionnel de santé.
03:58 Alors d'une part, il y a le risque de suite.
04:00 C'est des gens qui ont trois semaines avant les sujets des oraux
04:05 sans qu'il y ait eu d'enquête approfondie pour les embaucher,
04:09 pour savoir si réellement il n'y avait pas de lien amical, professionnel, familial
04:12 avec d'autres étudiants qui pourraient le passer.
04:15 D'autre part, c'est des acteurs à qui on va demander pendant 3-4 heures d'affilée
04:20 de livrer la même prestation, de livrer les mêmes informations.
04:22 Et c'est quelque chose que je sais compliquer.
04:24 Je pense que l'idée était pas mauvaise, dans le sens où il y a beaucoup de systèmes
04:27 qui fonctionnent avec des évaluations sur la pratique,
04:30 puisque la médecine c'est aussi beaucoup de pratiques,
04:32 il y a une base de théories à savoir, mais c'est énormément de pratiques aussi.
04:34 Après, je pense qu'ils auraient pu le faire différemment,
04:37 déjà parce qu'en France, on n'a pas le budget qu'ont les États-Unis,
04:39 par exemple, pour ce genre d'épreuves.
04:41 On s'est mobilisés de manière massive pour rendre les échos validants
04:47 ou au moins neutraliser la décision de mettre des échos classements
04:51 jusqu'à ce qu'on ait prouvé que l'égalité des chances pouvait être assurée, tout simplement.
04:56 La Belgique aussi qui a un système qui fonctionne sur l'oral,
04:59 c'est des oraux centrés sur les différentes spés qu'on vise,
05:02 où on ne présente que certaines spés.
05:04 Et ils sont aussi beaucoup évalués en stage,
05:06 et non pas sur une note de stage qui porterait préjudice à certains,
05:09 mais sur un portfolio où ils évaluent leurs différents stages.
05:12 Et je pense qu'on aurait pu mieux s'inspirer de ces systèmes-là.
05:14 J'ai l'impression, surtout avec le parcours que j'avance,
05:19 que là c'est une perte de temps, et qu'ils n'assument pas le fait
05:22 qu'on est juste là pour pallier un manque de personnel.
05:24 Cette année, ce n'est ni des stages qu'on a souhaités,
05:26 ni des stages en lien avec la spé qu'on voudrait.
05:28 Et donc globalement, j'ai l'impression de perdre mon année.
05:30 Sur des études qui vont mal réussir à se projeter avec envie dans un système qui meurt,
05:34 c'est hyper compliqué et difficile moralement, je trouve.
05:37 On nous avait promis une sixième année où on pouvait se concentrer sur nos stages,
05:41 et faire des stages pour finalement découvrir les spécialités
05:43 et savoir vraiment ce qu'on veut faire.
05:45 Et finalement, on se retrouve plutôt dans l'inverse,
05:47 à essayer de trouver des stages pour s'améliorer sur les points où on est mauvais,
05:52 sans avoir aucune prétention de vouloir se faire ces spécialités plus tard.
05:56 Ou alors des stages où on sait qu'on n'a pas une charge de travail clinique énorme,
06:00 et on va avoir le temps de réviser à côté.
06:02 Il y a tout de même un tiers de la note qui est en jeu, c'est énorme,
06:04 ça peut vraiment faire changer les déclassements,
06:06 ça peut permettre à certains d'avoir des spés et à d'autres de les perdre.
06:08 Et comme tout n'est pas encore parfaitement bouclé,
06:10 puisqu'on sent que le CNG avance un peu au fur et à mesure,
06:13 c'est forcément très anxiogène.
06:15 On est à la fois censés être à plein temps à l'hôpital,
06:17 et en même temps on est des externes,
06:19 on n'est pas vraiment des internes mais on nous demande de prendre plusieurs responsabilités.
06:22 On révise un concours, parce qu'au final ça reste un concours,
06:25 donc c'est un oral, mais en même temps c'est comme l'écrit,
06:27 c'est tout de même énormément de connaissances théoriques.
06:29 Et c'est aussi un peu fatigant parce qu'on a toujours l'impression d'être ceux qui râlent,
06:32 et donc d'ennuyer tout le monde,
06:34 alors que dans les faits il y a tout de même pas mal de questions
06:36 qui sont légitimes à être posées.
06:38 Face aux multiples problèmes remontés par les étudiants,
06:41 l'ANEMF, l'Association Nationale des Étudiants en Médecine de France,
06:44 a alerté sur le fiasco en prévision lors d'un communiqué de presse.
06:48 Il demande des ajustements, des mesures concrètes
06:50 pour assurer le bon déroulement de l'épreuve en mai prochain.
06:53 La Conférence Nationale des Doyens, quant à elle,
06:55 estime que l'examen test a rempli ses objectifs,
06:58 malgré quelques dysfonctionnements.
07:00 Alors rendez-vous en mai prochain pour le résultat.
07:02 D'ici là, des mesures pourraient être annoncées pour améliorer cette situation,
07:05 c'est du moins ce qu'espèrent les étudiants.
07:07 [Musique]
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