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00:02 RTL bonsoir.
00:06 Vincent Parizeau, Marion Calais, Isabelle Choquet.
00:08 Et le deuxième invité d'RTL, bonsoir, un homme qui a bien connu Robert Badinter. Bonsoir François Zimré.
00:15 Bonsoir.
00:16 Merci beaucoup d'être avec nous. Avocat engagé pour la défense des droits de l'homme,
00:20 ancien ambassadeur de France d'ailleurs
00:23 pour les droits de l'homme,
00:25 et proche, on peut même dire ami, de Robert Badinter. Vous étiez d'ailleurs
00:30 ce matin au domicile parisien du couple Badinter pour soutenir la famille.
00:35 Vous le saviez mal, vous le saviez malade Robert Badinter ?
00:40 Je le savais
00:42 très âgé et
00:44 très affaibli.
00:46 Mais je ne savais pas qu'il en était à la fin de sa vie.
00:50 Ça a été un choc ce matin.
00:52 Bien sûr.
00:54 Il disait que la peine de mort était vouée à disparaître
00:57 de toute la planète. Il considérait que c'était une honte pour l'humanité.
01:02 C'est un combat que vous voulez poursuivre ça ?
01:03 Bien sûr. C'est un combat qu'il a porté en France, mais aussi, il faut le rappeler, beaucoup dans le monde.
01:11 Fidèle à celui qui était l'un de ses grands inspirateurs, qui était Victor Hugo,
01:16 qui disait
01:20 "Un jour viendra, on l'abolira la peine de mort, on l'abolira, ce sera peut-être une affaire d'années, de siècles,
01:26 mais une certitude est qu'on l'abolira."
01:30 C'est quelqu'un qui a beaucoup fait d'ailleurs pour la promotion des droits fondamentaux en France et dans le monde. On lui doit aussi
01:38 la création de la justice pénale internationale. Il a été vraiment un des artisans
01:45 de la cour pénale internationale.
01:48 Cette abolition
01:50 universelle qu'il défendait désormais, que vous avez défendue aussi à ses côtés, c'était quelque chose qu'il jugeait
01:57 atteignable. C'était un espoir
02:00 proche, lointain pour lui quand vous l'évoquiez ?
02:04 Oui, parce que c'était un espoir
02:05 ni proche, ni lointain, mais atteignable, parce que
02:09 l'abolition de la peine de mort, c'est un des rares domaines en matière de politique internationale des droits de l'homme,
02:17 où l'on voit quand même des progrès. De plus en plus de pays renoncent à l'application de la peine de mort,
02:23 soit qu'ils la suppriment de leur code de procédure pénale,
02:28 soit qu'ils
02:30 prononcent ce que l'on appelle des moratoires, et puis cela tombe en désuétude avant de l'abolir définitivement.
02:35 Ce n'est pas les deux plus grandes puissances mondiales qui sont concernées. La Chine et les Etats-Unis pratiquent la peine de mort.
02:43 Mais il y a aujourd'hui, d'année en année,
02:46 il y a de plus en plus de pays qui
02:49 abolissent ou renoncent à la peine de mort.
02:52 Il faut le dire parce que l'on ne peut pas mener ce combat avec acharnement,
02:58 sans
03:01 un certain optimisme, et en étant désespéré. Et il n'était pas désespéré, Robert Ballater.
03:08 Ce combat contre la peine de mort qu'il a mené dans les années 70 et jusqu'à ce jour de septembre 81, avec l'adoption
03:15 du texte, il a été d'une extrême violence en France. On l'a un petit peu oublié, et cette violence il l'a affrontée
03:23 parfois physiquement. Oui,
03:26 et ce qui est paradoxal c'est que, effectivement, la France a été un des derniers pays d'Europe, ou peut-être le dernier, à abolir la peine de mort,
03:34 mais qu'aujourd'hui ça fait partie de notre identité
03:37 collective, et qu'on le revendique comme un des très
03:41 distinctifs de notre société. Mais ce n'est pas le seul combat auquel son nom est attaché. Plus généralement,
03:46 la promotion des droits de l'homme, du procès équitable,
03:49 et de la dignité. Au fond, ce qui transcende son action à la fois comme avocat et comme politique,
03:57 c'est vraiment la défense de la dignité, et la défense de la dignité de celui qu'on accuse et qui est faible,
04:04 et il avait cette phrase qu'il aimait répéter, et que je l'entends encore murmurer,
04:09 qui est "on ne peut pas priver un homme du droit d'être meilleur". Et ça, je pense que c'est un message très important.
04:17 Pour revenir à cette loi en
04:20 1981, ce texte, le texte original lui avait été offert par François Mitterrand, il le conservait chez lui. C'est un document que vous avez vu,
04:29 qu'il vous avait montré ? Oui, il était fier de montrer ce
04:34 texte de loi, et cet article premier "la peine de mort est aboli en France".
04:39 Et il a été le magnifique porteur de ce projet, qui est un projet qui s'enracine
04:44 loin dans notre histoire, parce que des avocats de l'abolition de la peine de mort, il y en eut avant, à commencer par Victor Hugo,
04:50 auquel il se référait souvent. Mais je dois dire qu'il restera dans la mémoire collective,
04:56 non pas comme l'inventeur de l'abolition,
04:59 mais comme celui qui, par son
05:02 talent, son engagement total,
05:04 aura permis à l'abolition de devenir une réalité, alors que c'était un rêve ancien.
05:11 Emmanuel Macron a déjà annoncé un hommage national. C'est quelque chose qu'il souhaitait, qu'il aurait aimé, que la famille
05:18 accepte volontiers ? Je ne sais pas répondre à cette question.
05:22 Je ne suis que l'un de ceux nombreux qui ont,
05:27 dont la vocation d'avocat a été déterminée
05:33 encouragée par l'exemple de Robert Badinter. Et c'est en cela qu'il a d'abord compté dans nos vies. Je dis nos vies parce qu'on est
05:39 nombreux, on ne se connaît pas tous évidemment, mais dans cette génération,
05:41 avoir voulu choisir ce métier, cet engagement pour la défense et pour les droits fondamentaux,
05:47 grâce à son exemple.
05:51 Sa place est au Panthéon, aux côtés de Simone Veil ?
05:54 C'est une décision qui est à la fois
05:56 politique,
05:58 symbolique,
05:59 mais aussi profondément intime. Alors je ne sais pas ce que sera son point de vue et celui de sa famille.
06:05 C'est quelqu'un qui était, Robert Badinter, était aussi profondément juif.
06:11 Il était pétri de ses valeurs juives
06:15 et françaises à la fois. Il était l'incarnation des deux, et de là où
06:20 les valeurs juives et les valeurs françaises se rencontrent, c'est-à-dire dans l'idée de l'universel humain.
06:29 Et donc c'est une question très intime et je ne sais pas ce qu'il aurait voulu.
06:33 Je pense qu'il a dû se poser la question, on a dû la lui poser,
06:38 mais je ne connais pas la réponse.
06:40 Merci beaucoup en tout cas à François Zimré d'être venu ce soir sur RTL,
06:44 honorer et évoquer la mémoire de Robert Badinter qui était aussi votre ami. On marque une courte pause dans un instant.
06:52 RTL Inside, c'est ça, c'est notre immersion au cœur de l'actualité.
06:56 Et au cœur des victoires de la musique ce soir.
06:58 À tout de suite.
07:00 RTL Bonsoir.
07:02 Vincent Parizeau, Marion Calais, Isabelle Chopin.
07:04 ♪ ♪ ♪
07:05 [Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org]
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