00:00 Vous êtes sur RTL.
00:02 RTL
00:06 Les trois questions du petit matin.
00:08 Bonjour Jérôme Marty.
00:09 Bonjour.
00:10 Président du syndicat de l'union française pour une médecine libre, merci d'être avec nous ce matin sur RTL.
00:15 Vous avez écouté ou vu hier le discours de politique générale du Premier ministre Gabriel Attal
00:20 qui a multiplié les annonces, notamment sur la santé.
00:23 Est-ce que vous accepteriez, vous médecin libéral, de faire des gardes
00:27 puisque le Premier ministre dit que ce sera obligatoire dans les départements
00:31 où le service d'accès aux soins ne sera pas mis en place ?
00:34 Je précise que ce service remplace le 15 et doit désengorger les urgences.
00:38 Alors bonne idée ?
00:39 Il nous a montré surtout sa méconnaissance totale du dossier
00:42 parce que je rappelle que le service d'accès aux soins fonctionne en dehors des heures de garde.
00:46 Donc quand il nous dit là où le service d'accès aux soins n'existe pas,
00:50 j'irai plus loin, je mettrai en place l'obligation des gardes, il ne connaît pas le dossier.
00:54 Donc ça c'est le premier élément.
00:56 Le deuxième élément, je rappelle que les médecins libéraux,
00:59 1) ne sont pas des fonctionnaires de la sphère publique
01:01 et 2) quand ils font des gardes, ils n'ont pas de repos compensateur.
01:05 Vous savez que quand un médecin libéral travaille, il fait en moyenne 50 à 55 heures par semaine
01:10 et là quand il fait des gardes, il prend sa garde de nuit
01:14 et le lendemain il remboche à 8 heures.
01:16 Donc s'il met une obligation de garde, il va falloir qu'il fasse un repos compensateur,
01:19 il va falloir qu'il finance ce repos compensateur,
01:21 il va falloir qu'il trouve un remplaçant au médecin qui est un repos compensateur.
01:24 Déjà qu'on manque de médecins, ça ne va pas être simple.
01:26 Donc restaurer les obligations de garde pour les médecins libéraux, vous dites que ce n'est pas possible ?
01:30 Non, ce n'est pas possible.
01:31 Ce n'est pas possible, c'est méconnaître le dossier.
01:33 D'abord, les gardes sont organisées sur plus de 80% du territoire
01:37 et quand des médecins ne prennent pas de garde, puisque c'est sur la base du volontariat,
01:40 souvent ce sont des médecins à temps par l'âge
01:42 qui ont pris des gardes pendant 25 ans de leur vie
01:44 et qui ont bien le droit de passer la main aux plus jeunes.
01:46 Autre annonce, Jérôme Marti, elle fait beaucoup parler.
01:48 Faire payer les patients qui n'honorent pas leur rendez-vous.
01:51 Comment on fait ? Où est-ce qu'on va chercher l'argent ? Comment ça marche ?
01:54 Alors ça d'abord, c'est une mesure qu'on porte nous l'UFML depuis 2018.
01:58 Malheureusement, on n'a pas trouvé de meilleur moyen qu'effectivement la sanction financière
02:02 par rapport à ces patients qui ont un comportement incivique
02:04 puisqu'ils volent du temps de soins à des patients qui en ont bien besoin.
02:07 Alors comment on fait ? C'est toute la problématique.
02:09 Est-ce que c'est l'assurance maladie qui va en quelque sorte prendre,
02:12 ponctionner le patient sur son prochain rendez-vous ?
02:15 Ce qui paraît peut-être possible.
02:17 La question est où est-ce que va être fléché cet argent ?
02:19 Est-ce que va être fléché vers le médecin qui a une perte financière qui n'est pas négligeable ?
02:22 Et on rappelle, 2 à 4 rendez-vous non honorés par jour,
02:26 ça représente 4000 médecins sortis du soin chaque jour.
02:29 Et puis il faut changer la loi, puisque vous n'avez pas le droit normalement
02:32 de facturer un rendez-vous qui n'a pas été réalisé.
02:35 Mais le Sénat avait déjà voté une "taxe lapin" en novembre dernier ?
02:39 Elle avait été enterrée ?
02:41 Et voilà, elle avait été enterrée parce qu'il est très difficile de la mettre en oeuvre.
02:44 On va voir le courage politique, on va voir s'ils changent la loi.
02:47 Et puis il y a une problématique juridique qui est celle de la preuve du rendez-vous non honoré,
02:50 qui n'est pas si simple.
02:52 Troisième point, j'ai remarqué le manque de médecins.
02:54 Je rappelle que 11% des français aujourd'hui n'ont pas de médecin traitant.
02:57 Gabriel Attal veut aller chercher les étudiants à l'étranger.
03:00 Bonne idée ?
03:02 Non, cette réforme, je vais vous dire et je pèse mes mots,
03:04 cette réforme elle m'a fait vomir, moi. Elle m'a fait vomir.
03:07 Parce qu'on n'a pas à aller chercher dans des pays qu'on peut supposer
03:10 plus pauvres et plus fragiles que la France, puisqu'on ne va pas aller envoyer un émissaire
03:13 dans des pays qui traitent mieux les médecins que le fait la France.
03:16 Donc c'est forcément dans des pays fragiles.
03:18 On irait prendre des médecins pour les ramener vers la France.
03:21 On a envie de rappeler au Premier ministre que l'époque, le temps des colonies s'est terminé.
03:25 Tintin au Congo, heureusement, ce n'est plus la mode.
03:29 Donc on n'a pas à aller chercher des médecins dans d'autres pays.
03:31 On doit, nous, mettre tout en œuvre pour que les médecins soient heureux
03:36 de faire leurs études en France, heureux de pratiquer en France,
03:39 heureux d'y rester, de développer leur exercice.
03:41 Mais il y a beaucoup d'étudiants qui viennent étudier en France et après ils repartent.
03:44 C'est le problème aussi.
03:45 Il y a beaucoup d'étudiants, surtout, c'est pas tellement ça,
03:48 il y a beaucoup d'étudiants qui partent faire leurs études à l'étranger et qui restent.
03:52 Ils partent faire leurs études à l'étranger parce qu'on a rendu la première année
03:55 tellement imbuvable, tellement inégalitaire, avec des euros qui parfois comptent pour 70% de la note
04:01 et on interroge les médecins, tenez-vous bien, les futurs médecins,
04:04 sur des questions telles que la couleur du piano à queue ou l'intérêt du goût du chocolat noir.
04:08 C'est-à-dire des questions qui n'ont rien à voir avec la médecine.
04:11 Donc pour revenir un petit peu à de la logique, il faut tout faire pour que ces études soient
04:16 les meilleures et les plus médicales possibles.
04:20 Et puis surtout qu'on règle cette problématique des drames engendrés par ces études.
04:25 Je rappelle que l'interne se suicide tous les 18 jours.
04:27 Toujours sur ce manque de médecins, Jérôme Marti, il y a aussi les infirmières
04:30 qui pourront devenir médecins.
04:31 Gabriel Attal a dit qu'il voulait permettre à des infirmières anesthésistes à Bac+5,
04:35 avec de l'expérience, de passer directement en troisième année de médecine.
04:39 Ce n'est pas de la médecine au rabais ça ?
04:41 Non mais c'est surtout pourquoi en troisième année, pourquoi pas en quatrième, pourquoi pas en cinquième ?
04:45 Est-ce que la première et la deuxième année pour Gabriel Attal sont des années de formation médicale ?
04:50 Parce que si ce n'est pas le cas, il faut qu'il les supprime.
04:52 On met 10 ans à former un médecin, à ce moment-là, qu'il en mette 8.
04:54 Et puis surtout une question qui me paraît la plus logique possible,
04:57 pourquoi il n'intègre pas les infirmières au tronc commun ?
04:59 La première année, je rappelle qu'en première année, vous retrouvez les dentistes, les pharmaciens,
05:03 les médecins dans un tronc commun.
05:04 Pourquoi il n'y réintègre pas les infirmières à ce moment-là ?
05:07 Soyons sérieux, faisons tout pour que les 15 à 20 000 jeunes qui attendent de s'installer,
05:14 qui sont prêts, qui ont bénéficié de la meilleure formation du monde,
05:17 s'installent tout de suite et ne mettent pas comme ils le font aujourd'hui,
05:19 8 à 10 ans pour s'installer, parce qu'on a saboté tellement la médecine libérale
05:23 qu'aujourd'hui cette profession n'est plus attractive.
05:25 Rendons-la attractive et en deux jours, vous résolvez le problème des déserts médicaux.
05:28 Le Franc Parlé de Jérôme Marty ce matin sur RTL,
05:31 président du syndicat de l'Union Française pour une Médecine Libre.
05:34 Merci beaucoup, bonne journée.
05:35 Merci à vous.
05:37 Cette interview est à retrouver sur l'appli RTL.
05:40 [Générique de fin]
Commentaires