00:00 Elle est en train de me regarder pour voir si je vais pleurer ou pas.
00:03 Quand j'étais jeune, j'ai eu à faire face à une emprise.
00:07 On ne m'a posé aucune limite dans mon éducation.
00:10 Je pense que je suis une mère qui pose des limites, ça c'est sûr.
00:12 Je regarde tous les jours avec une admiration.
00:15 Tu vas être comme toi, je vais me couper les cheveux, je vais être belle.
00:18 Je t'en supplie, ne te teins pas les cheveux.
00:21 Bonjour Lou, je suis Judith Godrech.
00:23 Et moi c'est Asbart Elemi.
00:24 Et nous sommes là pour parler d'une série qui s'appelle Icon of French Cinema
00:27 que j'ai réalisée, écrite et dans laquelle je joue avec ma fille.
00:31 On va bientôt vous voir à l'écran Madame Godrech ?
00:36 Ah, très bientôt !
00:37 T'as acheté une maison avec ton copain de 40 ans quand t'avais 15 ans.
00:41 Tu ne me laisses même pas aller prendre un café avec Marc.
00:43 Dans la série, on a un peu ce truc sans filtre qu'on a aussi dans la vraie vie.
00:46 Je peux lui parler d'un peu de tout sans me sentir jugée.
00:49 Vous êtes quel genre de maman, Judith ?
00:51 Super cool.
00:52 Et t'es ?
00:56 Mes amis, quand ils venaient à la maison quand j'étais petite,
00:58 c'était la mère cool, la mère qui parle, qui parle de tout,
01:02 qui est très ouverte, qui fait des blagues.
01:05 Moi j'essaie en effet de ne pas créer de tabous.
01:09 Parce que je pense que s'il y a des tabous, il y a des choses qu'un enfant ne vous dira jamais.
01:12 Et que si on commence à dire "ça c'est mal", "ça c'est interdit", etc.
01:16 Du coup, votre enfant va aller boire dans votre dos ou va aller fumer dans votre dos.
01:21 Enfin, je ne prends des exemples pas que ce soit le cas, mais je prends des exem...
01:25 Je prends des exemples, mais tout en créant un cadre dans lequel il soit informé.
01:33 Je n'aurai aucun regret.
01:35 Je ne me dirai pas "j'aurais dû dire ça", "j'aurais dû la prévenir", "j'aurais dû le prévenir".
01:39 On ne m'a posé aucune limite dans mon éducation.
01:42 Et je ne pense pas du tout avoir reproduit ça dans mon schéma.
01:46 Je pense que je suis une mère qui pose des limites, ça c'est sûr.
01:49 - Tess, est-ce qu'au moment de l'écriture de la série, vous étiez au courant de ce qui est arrivé à votre mère ?
01:54 - Oui, j'étais au courant, mais après, notre vie n'est pas un film.
01:58 Il n'y a pas ce moment hyper dramatique dans la vie où la mère vient voir sa fille,
02:02 elle s'assoit devant elle et elle lui dit "écoute ma fille, voilà mon passé".
02:06 Ok, je l'ai appris petit à petit.
02:09 - Elle est en train de me regarder pour voir si je vais pleurer ou pas.
02:12 Je sais ce regard, c'est genre "oh là là, non, elle va pleurer".
02:16 Elle va pleurer.
02:17 - Quand j'étais jeune, j'ai eu à faire face à une emprise.
02:22 Je grandissais dans ce milieu, le milieu du cinéma,
02:25 qui dans le fond ne protégeait absolument pas les jeunes actrices.
02:29 Quand quelqu'un jette son dévolu sur vous et que vous n'êtes pas armé,
02:34 qui plus est jeune, c'est extrêmement difficile de prévenir de l'emprise.
02:40 - L'emprise peut être confondue avec un sentiment d'amour...
02:43 - Bien sûr !
02:44 - Extrême.
02:47 - Bien sûr, et de protection d'ailleurs, parce qu'il y a des gens qui se présentent
02:50 comme des protecteurs et qui, grâce à cet axe-là, à cet axe de protection,
02:55 abusent de vous.
02:56 - Quand on est jeune et tout d'un coup, quelqu'un de plus vieux
03:00 nous porte attention à nous, du manière où on se sent beaucoup plus choisi
03:04 et peut-être plus spécial.
03:06 - C'est aux adultes de ne pas transgresser.
03:09 Les jeunes filles, les jeunes garçons ne sont pas en mesure de savoir
03:12 où est la transgression.
03:14 Et c'est grâce à ma fille, quand elle avait 15 ans, on vivait aux Etats-Unis,
03:17 je me suis dit "mais c'est fou, dans le fond, c'est ça, une jeune fille de 15 ans".
03:22 Et je me suis dit qu'il était important que je raconte cette histoire,
03:26 que je raconte mon expérience de jeune actrice dans le cinéma français
03:31 pour m'assurer d'informer les jeunes pour qu'ils puissent,
03:34 ou qu'ils sachent comment se réagir dans des circonstances similaires.
03:38 Je ne pense pas que j'ai quelque chose à dire à toutes les moments,
03:41 je pense que la seule chose que je puisse dire,
03:43 c'est que j'espère que ma série pourra leur apporter quelque chose,
03:46 de leur dire de la regarder avec leurs enfants, avec leurs filles.
03:49 - Elles peuvent aussi la regarder et se sentir juste femmes, pas que maman.
03:52 - Bien sûr.
03:54 La vraie féministe qui parle en fait.
03:57 Voilà le mot de la fin.
03:59 Sous-titrage Société Radio-Canada
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