00:00 - Le journal sur Europe 1 à 18h07, il est le nouvel homme fort de Taïwan,
00:04 Lai Ching-Teu alias William Lai, son nom occidental,
00:07 le candidat anti-chinois a largement remporté le scrutin malgré les menaces de la Chine.
00:13 Bonsoir Sébastien Le Belzic. - Oui bonsoir Pierre, bonsoir à tous.
00:15 - Pékin vient de réagir et affirme que la réunification est inévitable et ce malgré ses résultats.
00:21 - Oui toujours la même dialectique en fait, côté chinois qui a dans son viseur
00:25 le nouveau président élu de Taïwan, William Lai,
00:28 lui-même se qualifie d'indépendant pragmatique, alors qu'est-ce que ça veut dire ?
00:32 Eh bien cela signifie une indépendance, une souveraineté de fait pour Taïwan,
00:37 inacceptable évidemment pour Pékin qui vient donc de réagir.
00:40 Mais avec cette victoire, un troisième mandat d'affilée pour le parti démocrate progressiste,
00:44 on est clairement sur une ligne anti-communiste.
00:47 Écoutez William Lai, le nouveau président élu de Taïwan,
00:49 il s'exprimait juste après l'annonce de sa victoire.
00:52 - Grâce au peuple taïwanais, nous avons écrit ensemble une nouvelle page de la démocratie
00:59 et montré au monde à quel point nous chérissons nos institutions démocratiques,
01:04 ce à quoi nous ne renoncerons jamais.
01:07 La Chine et Taïwan ne se parlent plus depuis 2016 et la tension ne cesse de monter.
01:11 On l'a vu ces derniers mois avec des incursions militaires,
01:14 des tentatives de blocus et des menaces.
01:17 Alors cette victoire risque d'envenimer encore un peu plus les relations avec la Chine
01:21 qui promet d'écraser ce qu'elle appelle les séparatistes taïwanais.
01:24 - Écraser les séparatistes taïwanais, c'est en effet cette menace de Pékin.
01:28 Merci Sébastien Le Belzic, vous restez avec moi pour accueillir sur Europe 1
01:31 l'ambassadeur François Hsieh-Chung Buu, représentant de Taïwan à Paris.
01:36 Bonsoir monsieur l'ambassadeur.
01:37 - Bonsoir, très heureux d'être avec vous ce soir.
01:41 - Mais nous aussi. Est-ce que vous craignez une réponse militaire de Pékin ?
01:46 - Alors bien sûr nous craignons une réponse militaire de Pékin,
01:51 mais la stabilité taïwane ne dépend pas uniquement des actions militaires de Pékin.
01:59 Maintenant il y a aussi une structure internationale,
02:02 c'est l'intérêt de tout le monde qui veut garder la stabilité de la région.
02:05 Donc je pense avec la coopération internationale par exemple,
02:12 les États-Unis vont bientôt immédiatement envoyer une délégation
02:16 composée de hautes représentants pour venir à Taïwan,
02:19 c'est-à-dire des assistances de cette façon-là,
02:23 je pense que la paix et la stabilité sera maintenue à Taïwan.
02:27 - Mais oui, mais quand Joe Biden vient d'annoncer qu'il ne soutenait pas l'indépendance de Taïwan,
02:31 comment est-ce que vous comprenez cette déclaration ?
02:33 - Alors, déjà une chose, il n'y a pas de problème d'indépendance de Taïwan.
02:40 Nous sommes un pays souverain,
02:42 c'est-à-dire nous ne sommes pas reconnus par la France ni les États-Unis,
02:47 donc c'est un fait, mais nous n'avons pas besoin de la déclarer.
02:52 Et puis vous pouvez voir pendant cette élection présidentielle,
02:55 c'est-à-dire que ce n'est pas un sujet qui a été trop évoqué,
03:01 et c'est tout le temps une question de guerre et paix entre Taïwan et la Chine.
03:05 Donc Taïwan reste un pays souverain,
03:08 non reconnu par la France, non reconnu par les États-Unis,
03:11 et nous ne ferons pas cette déclaration,
03:14 parce que nous savons très bien que ce mot,
03:16 c'est un mot sensible et qui peut mettre la Chine en colère.
03:19 - Sébastien Lebelzic.
03:20 - Oui, et puis monsieur l'ambassadeur, bonsoir.
03:22 Dans ce choix des Taïwanais aujourd'hui,
03:24 il y a aussi, et d'abord peut-être, l'affirmation d'une identité taïwanaise.
03:29 Comment définir cette identité taïwanaise ?
03:31 - Alors, moi je pense que cette identité taïwanaise,
03:38 c'est plutôt une sorte de valeur démocratique,
03:42 parce que les cultures qui composent, qui est à l'intérieur de Taïwan,
03:47 on a des européens, des valeurs européennes,
03:49 il y a des valeurs chinoises certainement,
03:52 il y a des valeurs, c'est-à-dire on a aussi de l'influence japonaise,
03:55 et donc c'est une grande…
03:56 et récemment, par exemple, le peuple, l'immigration le plus nombreuse à Taïwan,
04:01 ce sont les vietnamiens qui sont à l'ordre de 600 000.
04:04 Donc Taïwan c'est une société de diversité.
04:06 Alors, mais on a un grand consensus,
04:09 c'est comme le nouveau président élu qui disait,
04:12 c'est la démocratie, la liberté, et que les Taïwanais chérissent beaucoup.
04:15 Je pense qu'un message très important qui a été envoyé aujourd'hui,
04:20 c'est qu'on refuse, que les Taïwanais refusent l'ingérence chinoise.
04:23 Et on l'a bien réussi, parce que le résultat, c'est que M. Lysink
04:27 a remporté l'élection présidentielle avec une très large montant de voix.
04:36 - Mais est-ce qu'avec ce que vous venez de dire,
04:38 est-ce que vous pensez qu'Emmanuel Macron devrait revoir sa copie ?
04:43 Parce que lors de sa visite en Chine l'an dernier,
04:45 il avait mis en garde contre un alignement de l'Europe
04:47 sur les positions des Américains concernant Taïwan.
04:51 - Alors…
04:53 - Est-ce qu'il va changer d'avis Emmanuel Macron ?
04:57 - Non, je pense que M. Macron a communiqué le président
05:00 qui a gardé le plus de neutralité entre Taïwan et la Chine.
05:03 Et puis, c'est l'intérêt de la France aussi de vouloir préserver cette stabilité.
05:09 Il ne faut pas oublier que la France vient de passer la loi
05:11 pour la programmation militaire et qui dit que la liberté
05:15 de la circulation maritime dans le détroit de Formos
05:17 et la mer du Sud, c'est un intérêt de la France.
05:19 Donc vous voyez, Emmanuel Macron s'est beaucoup engagé
05:22 pour que la région reste en paix et en stabilité.
05:26 - Une dernière question, Sébastien Lebasique.
05:27 - Oui, autre intérêt d'ailleurs pour la France
05:29 comme pour tous les pays de la planète,
05:31 c'est l'importance, le poids de Taïwan dans l'économie mondiale.
05:35 Vous avez parlé du transport maritime,
05:36 mais il y a aussi les semi-conducteurs.
05:38 Taïwan, c'est le premier fabricant mondial de semi-conducteurs.
05:42 - Oui, alors 92% des semi-conducteurs les plus sophistiqués
05:47 sont fabriqués à Taïwan.
05:48 Et en général, c'est 60 à 70% des semi-conducteurs générales
05:53 qui sont aussi fabriqués à Taïwan.
05:54 Et il n'y a pas que le poids des semi-conducteurs.
05:57 Dans le détroit de Formos, c'est 60% des conteneurs du monde
06:00 qui passent par le détroit de Taïwan.
06:02 Donc je pense qu'avec ce poids économique-là,
06:04 c'est vraiment l'intérêt du monde entier,
06:06 de tous les pays de la France, des États-Unis, du Japon, de l'Allemagne,
06:09 que la région reste en paix
06:11 et puis que les Taïwanais puissent conserver leur démocratie et leur liberté.
06:16 D'ailleurs, moi je pense que c'est vraiment la démocratie
06:19 et la liberté de Taïwan qui fait le plus peur aux Chinois.
06:21 Parce que Taïwan est en train de prouver
06:25 que la démocratie n'est pas quelque chose d'exclusif,
06:29 c'est pas quelque chose qui est réservé aux pays européens.
06:32 Ça peut très bien fonctionner dans une société synophone.
06:35 Moi je pense que c'est ça qui fait le plus peur à la Chine.
06:37 Merci beaucoup monsieur l'ambassadeur François Chichungu.
06:40 Je vous rappelle que vous êtes le représentant de Taïwan en France.
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