00:00 Il est 7h49, Sonia De Villers, votre invitée ce matin est gouverneur de la Banque de France.
00:06 Et il dévoile ce matin ses prévisions.
00:08 Croissance, hausse des prix, chômage, on vous dit tout.
00:11 Est-ce que le gouvernement a raison de crier « victoire » face à l'inflation ? Est-ce
00:15 que des taux d'intérêt aussi élevés ont réellement permis à la machine de ralentir ?
00:19 Est-ce que les Français, les particuliers, les artisans, les PME, les PMI, mais aussi
00:24 les grands groupes dont vient de parler Dominique Seux, n'auraient pas besoin maintenant d'accéder
00:28 plus facilement au crédit ? Écoutez bien, la Banque de France, c'est la banque de votre
00:33 banque, c'est la banque de nos banques.
00:35 Bonjour François Villeroy de Gallo.
00:37 Bonjour Sonia De Villers.
00:38 Vous révisez vos prévisions de croissance à la baisse.
00:43 Est-ce que c'est grave docteur ?
00:45 Alors c'est une révision limitée sur l'année 2023.
00:49 Maintenant pour l'année prochaine, 0,9.
00:52 Ça veut dire au passage que c'est un ralentissement incontestable.
00:56 Mais ce n'est pas une récession qu'on craignait il y a un an, c'est-à-dire une croissance
00:59 négative.
01:00 Si on regarde un peu plus globalement notre économie, elle traverse évidemment, en France
01:05 comme en Europe, une navigation difficile depuis le Covid et l'invasion russe de l'Ukraine.
01:12 Mais je dirais que nous restons vigilants dans nos prévisions que nous publions ce matin,
01:17 mais nous sommes peut-être un peu plus confiants parce que je dirais que le brouillard commence
01:22 à se dissiper un peu.
01:23 D'abord nous avons peu révisé nos prévisions depuis septembre, donc ça veut dire que l'incertitude
01:28 diminue.
01:29 Et puis il y a une bonne nouvelle, c'est que les choses vont dans le bon sens sur l'inflation.
01:33 L'inflation, préoccupation numéro 1 des Français.
01:35 Et là, il commence à reculer.
01:37 Disons qu'elle va continuer à reculer.
01:38 On va en parler de l'inflation, mais d'abord vos chiffres de croissance, parce que pour
01:41 la première fois vous allez jusqu'en 2026.
01:43 Alors je veux bien que l'incertitude se dissipe, ce qui est plutôt rassurant, mais
01:48 quand même 2026 c'est très loin.
01:50 C'est quasi la boule de cristal ?
01:51 Oh, ce n'est pas la boule de cristal, parce que je vous dis comment la Banque de France
01:54 travaille.
01:55 D'abord elle fait ses prévisions de manière indépendante, du gouvernement que vous avez
01:59 cité ou de tout intérêt privé.
02:01 Et puis on ne travaille pas dans notre tour d'ivoire.
02:03 Nous allons interroger 8500 entreprises chaque mois sur le terrain.
02:06 A partir de là, chaque année au mois de décembre, on rajoute une année.
02:11 Donc on rajoute 2026.
02:12 Et ce que nous voyons, c'est qu'il y a un fort ralentissement en 2023-08.
02:20 En 2024, je l'ai dit, 0,9.
02:22 Mais nous voyons ensuite une reprise relativement nette.
02:25 C'est 1,3 en 2025 et 1,6 en 2026.
02:30 Pourquoi ? Justement parce que nous serons sortis du problème de l'inflation.
02:33 Je vais le dire très clairement ce matin, là ce n'est pas seulement une prévision,
02:37 c'est un engagement si vous voulez bien.
02:39 Nous allons ramener l'inflation vers 2% d'ici 2025 au plus tard.
02:44 Et ça c'est une bonne nouvelle sur le pouvoir d'achat, parce que les prix vont augmenter
02:49 moins vite que les salaires à partir de maintenant.
02:51 Et donc sur la consommation, ça c'est un moteur de la reprise.
02:54 C'est aussi probablement une bonne nouvelle sur les taux d'intérêt.
02:57 Il a fallu monter les taux d'intérêt pour soigner la maladie de l'inflation.
03:01 Probablement nous pourrons les baisser sur la période.
03:04 Et ça, ça va aider aussi la reprise.
03:06 Au passage, c'est la même tendance aux Etats-Unis et ailleurs.
03:09 Donc il y aura un mouvement de reprise aussi à l'étranger.
03:12 Alors là, vous nous dites beaucoup de choses François Villeroy de Gallo.
03:14 Je les reprends les unes après les autres.
03:16 C'est-à-dire la croissance va grimper, la croissance va s'améliorer, parce que
03:21 les Français vont dépenser plus ?
03:23 Ce que nous voyons sur le pouvoir d'achat, qui est évidemment une préoccupation très
03:28 importante des Français, c'est qu'à partir de maintenant, les salaires vont augmenter
03:34 plus vite que les prix, parce que la baisse des prix est très sensible.
03:39 Je redonne peut-être les chiffres là-dessus, Sonia De Villers.
03:42 Rappelez-vous, nous étions à 7% d'inflation au début de l'année.
03:45 C'était beaucoup trop, et notamment sur les produits alimentaires dont on parlait
03:49 tout à l'heure, ou sur l'énergie.
03:51 Aujourd'hui, nous sommes redescendus à 3,5% en indice national.
03:55 Nous devrions être en moyenne à 2,5% l'an prochain, et je le disais, 2% au plus tard
03:59 d'ici 2025.
04:00 Ça, c'est bon pour le pouvoir d'achat et la consommation.
04:04 Les Français utiliseront aussi un peu leur épargne post-Covid.
04:08 Donc là, je dirais qu'il y a un moteur assez solide dans l'économie française.
04:12 Maintenant, c'est une reprise progressive, et je crois qu'évidemment, il ne faut pas
04:17 crier victoire.
04:18 La Banque Centrale Européenne, dirigée par Christine Lagarde, pour l'instant, annonce
04:24 des taux d'intérêt qui vont rester très hauts, et des taux d'intérêt qui restent
04:27 absolument inchangés.
04:28 Est-ce que vous pensez que c'est une bonne chose à l'heure qu'il est ?
04:31 C'est déjà une étape importante.
04:33 Permettez-moi de le souligner, parce que quand il y a eu cette vague d'inflation, et souvenez-vous,
04:37 c'était une vraie inquiétude l'année dernière.
04:39 Est-ce qu'on est parti pour une inflation très forte, pour longtemps ?
04:43 Ce matin, ma réponse, c'est non.
04:46 Et c'est non parce que le remède a été appliqué, c'est-à-dire la montée des taux
04:49 d'intérêt.
04:50 C'est ça qu'on applique la politique monétaire, et au passage, tous les grands
04:53 pays l'ont fait, l'Angleterre, les États-Unis, etc.
04:56 Et partout, c'est efficace.
04:58 Ce que nous disons depuis le mois d'octobre, c'est qu'on ne montera plus les taux d'intérêt.
05:02 Donc ça, c'est une étape importante.
05:04 Alors du coup, la question vient en disant, mais quand est-ce que vous allez les baisser ?
05:07 Alors, je dis simplement ce matin qu'entre la montée qui, sauf surprise, sauf choc,
05:12 est terminée, et la baisse qui devrait avoir lieu à un moment en 2024, il y a un plateau.
05:19 C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on est sur la stabilisation des taux d'intérêt.
05:23 Là, on parle au passage des taux à court terme, que nous fixons nous.
05:27 Quand on regarde les taux à long terme, à 10 ans, par exemple, ceux auxquels emprunte
05:31 l'État, ces taux ont beaucoup baissé ces dernières semaines.
05:34 Donc là, on voit déjà un mouvement qui est favorable.
05:37 Les Américains baisseront avant les Européens ?
05:39 Alors ça, je ne sais pas.
05:40 C'est chaque banque centrale qui le décide de façon indépendante.
05:43 Et nous le décidons au vu des données.
05:45 J'insiste un peu sur cette patience, ou ce plateau.
05:47 Pourquoi ? Parce que si on baissait les taux trop tôt, on risque la rechute sur la maladie
05:52 qu'est l'inflation.
05:53 Le remède est efficace.
05:54 Il n'est pas toujours agréable.
05:56 Mais avoir vaincu l'inflation, être en voie de le faire, ça je crois que c'est
06:02 une très bonne nouvelle pour les Français, pour le bord d'achat, on l'a dit, et aussi
06:05 pour la croissance.
06:06 Parce que c'était la principale menace sur la croissance.
06:08 Alors justement, la croissance, François Villeroy de Gallo, est-ce que les taux sont
06:13 montés trop haut ? Est-ce que les taux d'intérêt impactent la croissance ? Est-ce qu'ils
06:17 freinent la croissance ? Est-ce que vous avez mesuré cela ?
06:20 Les taux d'intérêt ont joué un rôle dans ce ralentissement de l'économie dont
06:25 nous parlerons.
06:26 Mais il y a une forme d'atterrissage en douceur, pour prendre une expression que les
06:30 économistes emploient souvent.
06:32 C'est-à-dire que par rapport au scénario du pire, qui était redouté il y a un an,
06:36 qui était la récession, la montée massive du chômage, nous ne le voyons pas aujourd'hui.
06:41 Nous ne le voyons pas en France, en Europe, nous ne le voyons pas plus aux Etats-Unis.
06:45 Et je crois que maintenant, il faut être proportionné dans la fixation des taux d'intérêt.
06:50 Donc une stabilité, puis une baisse probablement en 2024.
06:53 Du marché de l'immobilier par exemple, est-ce qu'on va aller jusqu'à un possible
06:59 effondrement ? Qu'est-ce que vous attendez ?
07:01 On voit bien que là, le fait de ne pas pouvoir accéder aux crédits est totalement étouffant.
07:07 On voit bien que la distribution des crédits a connu une diminution historique.
07:11 Sa production est passée sous les 10 milliards d'euros mensuels que Bercy s'est alarmé.
07:14 Est-ce qu'on va arriver jusqu'à une purge du marché ?
07:17 Alors, sur le crédit, le secteur immobilier est très sensible aux taux d'intérêt.
07:21 Donc il avait beaucoup bénéficié de la période antérieure, quand il y avait des
07:24 taux ultra bas.
07:25 Parce qu'à l'époque, souvenez-vous, il fallait combattre la maladie inverse de l'inflation,
07:29 c'était le risque de déflation.
07:30 Je crois que ça a été efficace.
07:31 Et donc, quand on compare aujourd'hui le niveau de production au niveau record de
07:36 l'époque des taux ultra bas, c'est ce niveau record qui était un peu aberrant.
07:39 On a retrouvé aujourd'hui le niveau de 2015 ou un peu avant.
07:42 Alors, pour autant, je le dis ce matin, je crois qu'il faut que la production de crédits
07:46 immobiliers se stabilise et reparte maintenant.
07:48 On va vers une tendance à la stabilisation des taux.
07:52 Maintenant, le secteur immobilier ne dépend pas que des crédits et des taux, il dépend
07:56 aussi de l'ajustement des prix de l'immobilier que les Français attendent.
08:00 Souvent, il y a un certain attentisme de ce qu'on appelle la demande de crédit.
08:03 Et puis, il y a toute une série de politiques du logement.
08:06 C'est un sujet très complexe, mais où je crois qu'on peut améliorer les choses.
08:10 Et le chômage, François Villeroy de Gallo ? Et le chômage, alors ? Quelles sont vos
08:15 prévisions ?
08:16 Alors, sur le chômage, compte tenu du ralentissement économique, nous prévoyons une remontée
08:20 modérée.
08:21 On est aujourd'hui à 7,4%, ce qui au passage est le taux le plus bas que la France ait
08:26 connu depuis 40 ans.
08:27 Mais quand même, ça remonte.
08:29 Et nous prévoyons une remontée entre 7,5% et 8%.
08:32 Alors, c'est évidemment un point d'attention.
08:35 Nous restons vigilants sur beaucoup de choses.
08:37 Chouline, juste qu'il y a 10 ans, souvenez-vous, quand on a eu le précédent ralentissement
08:41 économique, on était au-delà de 10% de chômage.
08:43 Donc l'économie française crée quand même beaucoup plus d'emplois qu'avant.
08:46 Mais est-ce qu'on a privilégié la lutte contre l'inflation au détriment de l'emploi ?
08:51 Non, parce qu'on a atteint un équilibre et encore une fois ralentissement économique
08:56 et pas récession.
08:58 Et rappelez-vous, l'inflation c'est la première préoccupation des Français.
09:03 C'est lié au pouvoir d'achat.
09:04 Et il ne faut pas penser qu'il y a un arbitrage entre l'inflation et l'activité.
09:10 L'inflation c'est aussi le premier ennemi de la croissance, parce que c'est le premier
09:14 ennemi de la confiance.
09:15 Quand les consommateurs ne savent pas à quel prix acheter, ils achètent moins.
09:18 Les chefs d'entreprise investissent moins.
09:21 Aujourd'hui, je crois que ce retour de l'inflation vers 2%, c'est un facteur de confiance dans
09:25 notre économie.
09:26 Merci François Villeroy de Gallo.
09:28 Gardons si vous voulez bien le cap du plein emploi.
09:31 Ce ne sera peut-être pas pour tout de suite qu'on tient une de ralentissement, mais je
09:33 crois que c'est une perspective réaliste pour l'économie française dans la décennie.
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