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François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, était l'invité du Face-à-Face de ce lundi 4 mai sur BFMTV et RMC.

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Transcription
00:00Vous êtes bien sur AMC et BFM TV. Bonjour François Villeroy de Gallo.
00:03Bonjour Apolline de Malheur.
00:04Merci de répondre à mes questions ce matin. Vous êtes le gouverneur de la Banque de France et vous l
00:08'êtes d'ailleurs depuis 2015 et encore pendant un mois.
00:11Vous avez beaucoup de recul désormais sur l'économie française. On va y revenir et rien ne va plus, on
00:15peut le dire, pour l'économie française.
00:17L'INSEE a donc confirmé ce que tout le monde avait déjà comme intuition. L'économie française est littéralement à
00:22l'arrêt.
00:23Croissance nulle pour les premiers mois de l'année.
00:25Et c'est aujourd'hui que vous vous adressez au président puisque vous lui adressez votre dernier bulletin de santé
00:30de l'économie française, la lettre annuelle au président de la République.
00:33On va y revenir mais justement comment ça va docteur en fait ?
00:36Alors c'est surtout l'incertitude Apolline de Malheur. Moi je ne dirais pas que rien ne va plus.
00:41Je dirais qu'aujourd'hui on est face à un choc sans précédent. Ce conflit en Iran, la fermeture du
00:48détroit d'Hormuz, la montée évidemment du prix de l'énergie.
00:51Et nous ne savons pas quels vont être exactement les effets économiques parce qu'on ne sait pas combien de
00:57temps va durer ce conflit.
00:58Ça, ça dépend de la stratégie américaine notamment qui est très imprévisible.
01:02Et donc nous avons publié trois scénarios différents au mois de mars.
01:07Les effets sont tous dans le même sens malheureusement, c'est-à-dire plus d'inflation, moins de croissance.
01:12– Mais à plus ou moins grand niveau.
01:15– Exactement, l'ampleur des effets dépend du scénario dans lequel on se trouvera.
01:21– Au pire c'est quoi ? Au mieux c'est quoi ?
01:23– Absolument.
01:23– En termes de croissance ?
01:24– D'abord, ce que nous avons dit au mois de mars et que je redis ce matin, c'est
01:27qu'il ne faut pas tout parier sur le scénario le plus favorable,
01:30le scénario qu'on avait appelé de base.
01:31Il y a aussi un scénario défavorable et un scénario très défavorable.
01:35Au pire, pour répondre à votre question, on a d'abord une poussée d'inflation en 2026, cette année.
01:43Alors l'inflation selon les scénarios se situerait entre un peu moins de 2% en moyenne annuelle ou plus
01:49de 3%.
01:50Mais ensuite, l'inflation reviendrait vers la cible de 2%.
01:56– Quand vous dites ensuite, ça veut dire après un an ?
01:58– Ça veut dire 2027, 2028, la durée exacte dépend du scénario dans lequel on se trouve.
02:04Enfin, ça dépend à combien monte le prix du pétrole et combien de temps ça vient.
02:07– Mais alors attendez, je vous arrête un instant.
02:08Déjà, ça veut dire que le plancher est plus haut que la prévision que vous en aviez faite,
02:14puisque initialement, on avait parié sur 1,8% d'inflation, me semble-t-il, pour l'année.
02:20Et vous dites que ce sera au moins 2%.
02:22– Non, non, on avait moins que ça sur la France, parce que ça, c'est un des atouts de
02:26la France.
02:27Il faut quand même être lucide aussi sur la France.
02:30On en a, bien sûr.
02:31C'est que notre inflation est basse.
02:33C'est même la plus basse de la zone euro.
02:35Donc, on partait d'une inflation qui était autour de 1.
02:37On devrait aller vers 2% cette année.
02:40Peut-être plus si on est dans les scénarios défavorables.
02:42Mais ensuite, on revient vers les 2%.
02:44Puis l'autre question, c'est la croissance.
02:47Alors, dans tous les scénarios que nous publions,
02:49on garderait quand même une croissance positive cette année.
02:52Alors, on est entre 0,9 dans le cas le plus favorable,
02:55ou 0,3 dans le cas le plus défavorable.
02:58On verra.
02:58Et la France échapperait à la récession.
03:01Donc ça, c'est des moins mauvaises nouvelles.
03:03Maintenant, on ne va pas se raconter l'histoire.
03:05Ce choc qui arrive de l'extérieur, c'est évidemment un élément négatif.
03:09Pas seulement pour l'économie française, pour l'économie européenne et l'économie mondiale.
03:12Vous dites le mot choc, on va y revenir.
03:14Choc pétrolier ou non, qu'est-ce qu'il faut en entendre ?
03:17Mais je m'arrête un instant sur cette prévision de croissance.
03:20Je rappelle que le budget sous lequel nous sommes aujourd'hui
03:24est un budget qui avait été fait avec une prévision de croissance de 0,1,
03:28qui a été rebaissée à 0,9.
03:30Et au fond, ce qu'on entend dans ce que vous nous dites,
03:32c'est que 0,9, c'est le scénario le plus optimiste.
03:36C'est probablement le scénario favorable.
03:39Je crois qu'il est trop tôt pour dire ce que ça va donner sur le budget.
03:42Vous savez que l'objectif du gouvernement, c'est un déficit de 5% cette année.
03:47Ce n'est pas un effort énorme par rapport à l'année dernière,
03:49puisqu'on a terminé à 5,1.
03:50Mais pardon, ce n'était déjà pas un effort énorme,
03:52mais dans un contexte où on espérait une croissance...
03:55Je crois qu'il faut tenir ce 5%.
03:57Le gouvernement a d'ailleurs annoncé des mesures d'économie
04:00sur d'autres dépenses, moins prioritaires.
04:03Et puis si vous me permettez de prolonger sur le budget,
04:05ça, ça fait partie des inquiétudes des Français.
04:07Et ce sont les discussions aujourd'hui des politiques.
04:10La dette qui est beaucoup trop élevée.
04:12Il faut qu'on ait l'objectif de revenir à 3% de déficit d'ici 2029.
04:17C'est notre engagement européen.
04:18Mais surtout, ce chiffre de 3%, ce n'est pas magique.
04:21C'est celui qui nous permettrait enfin de diminuer le poids de la dette
04:25par rapport au PIB, par rapport à la taille de l'économie française.
04:28Mais est-ce que ce n'est pas un vœu pieux ?
04:28Je ne crois pas.
04:29Je ne crois pas.
04:30Je crois que c'est une nécessité.
04:32Et alors, quand nous regardons plus largement
04:34ce que nous faisons dans cette lettre au président de la République,
04:37la France a plus de déficit que ses voisins, plus de dettes.
04:40Pourquoi ?
04:41Parce qu'elle a plus de dépenses publiques.
04:44Nous avons à peu près le même modèle social européen que nos voisins.
04:47Moi, j'y crois.
04:47C'est un bon modèle social.
04:49Simplement, il nous coûte beaucoup plus cher que les autres.
04:51Donc, il faut faire un effort sur l'efficacité de toutes nos dépenses.
04:54Et ça veut dire qu'il va falloir aussi faire quelques sacrifices ?
04:56Ça veut dire qu'il va falloir faire des choix.
04:58En tout cas, nous ne pouvons pas tout financer.
05:01Et regardons nos voisins européens.
05:03Vous savez, ils ont les mêmes politiques que nous
05:04et souvent, ils arrivent à des meilleurs résultats.
05:06On dépense en moins.
05:06Ça, c'est très pratique.
05:08Ce n'est pas politique ou idéologique.
05:09Vous avez parlé d'un choc.
05:10Vous avez dit plusieurs fois le mot choc.
05:12Est-ce que vous diriez aussi choc pétrolier ?
05:14Alors, le choc pétrolier, ça renvoie pour les vénérables de ma génération,
05:20Pauline, ça renvoie aux années 70.
05:22Quand on avait connu, en 1973, puis en 1979,
05:26de hausses très fortes et très durables des prix du pétrole.
05:30Aujourd'hui, on n'en est pas là.
05:32Évidemment, plus les choses se prolongent,
05:34plus on se rapproche d'un choc pétrolier.
05:36Mais tout va dépendre de la durée du conflit
05:39et donc de variables politiques et militaires.
05:41On se rapproche d'un choc pétrolier.
05:41C'est-à-dire qu'effectivement, on est aujourd'hui au 66e jour de guerre.
05:45Michel-Édouard Leclerc, par exemple, dit
05:47que ce n'est pas de si tôt qu'on retrouvera les prix d'avant.
05:49Est-ce qu'on peut même imaginer qu'au fond,
05:51les prix du carburant actuel puissent devenir le nouveau normal ?
05:56Je vais vous dire avec simplicité, je ne sais pas.
05:59Par exemple, mais à quoi vous servez ?
06:01Non, si vous savez, Apolline de Manerbe,
06:04prédire l'avenir de façon certaine dans ce monde où nous vivons,
06:08vous êtes extrêmement forte.
06:10Non.
06:12C'est pour ça que nous publions trois scénarios différents.
06:17Et dans au moins deux des trois scénarios,
06:20le prix du pétrole rebaisse d'ici la fin de l'année et pour l'année prochaine.
06:24On va voir.
06:26Je crois néanmoins que de toute façon,
06:28ça c'est un message très important de notre part,
06:30il faut évidemment accélérer la transition énergétique.
06:32C'est ça la réponse.
06:33Nous ne pouvons pas vivre avec tous les cinq ans,
06:36tous les dix ans, une crise au Moyen-Orient
06:38ou une crise pétrolière liée à l'invasion de l'Ukraine
06:41qui prend en otage notre économie.
06:44Donc il faut réduire notre dépendance.
06:46Ça, ça veut dire les énergies propres.
06:48C'est d'ailleurs bon pour le climat.
06:49Il se trouve que la France est plutôt en avance là-dessus
06:51grâce à l'énergie nucléaire.
06:53Mais il faut évidemment aller plus loin dans cette direction.
06:56C'est au-delà des réponses de très court terme,
06:58il faut se donner des caps.
06:59Alors il y a des caps et il y a la question du long terme.
07:01Mais dans le court terme, quand on regarde nos voisins,
07:04l'Allemagne par exemple, à partir d'aujourd'hui,
07:06baisse de 17 centimes d'euros par litre après l'Espagne.
07:10Ça sera au moins jusqu'à la fin du mois de juin.
07:14Un coup de pouce que les Allemands font
07:16qui est estimé à 1,6 milliard d'euros.
07:19Et ici en France, on espère juste que Total va faire le boulot.
07:22Oui, alors là je crois que c'est un des sujets
07:25où il ne faut pas forcément aller chercher l'inspiration chez nos voisins.
07:29D'abord parce que d'expérience, ça n'est pas des mesures très efficaces,
07:33y compris pour une raison très simple,
07:34c'est que ça pousse, ça encourage la demande de carburant
07:37et donc ça contribue à la hausse des prix.
07:39Ça fait le contraire de ce qu'on voudrait.
07:41Et puis il se trouve que nos voisins ont deux différences avec la France.
07:44Ils ont plus d'inflation, on le disait tout à l'heure.
07:46La France est un peu mieux protégée par son énergie nucléaire.
07:50Et puis deuxièmement, ils ont plus de moyens budgétaires.
07:53Nous, nous n'avons plus d'argent pour financer des mesures générales.
07:56Donc il faut prendre des mesures ciblées, temporaires, sur les gros rouleurs.
08:02François Villeroine-Galot, on peut le tourner dans tous les sens.
08:04On n'a plus les moyens.
08:05On n'a plus les moyens, en tout cas, de prendre des mesures générales
08:07qui, par ailleurs, sont assez inefficaces.
08:10Mais si toutefois il y avait des mesures efficaces,
08:12on ne devrait de toute façon pas les moyens de les prendre.
08:14Alors le gouvernement a pris des mesures ciblées
08:17sur ce qu'on appelle les gros rouleurs, certaines professions.
08:19Je crois que c'est important aussi qu'elles restent temporaires.
08:22Qu'est-ce qui s'est passé après 2022 ?
08:23Le précédent choc lors de l'invasion de l'Ukraine ?
08:26On a pris des mesures.
08:27Et puis on n'a pas réussi à retirer ces mesures favorables
08:29quand le prix du pétrole a baissé.
08:31Alors ça, ça coûte beaucoup trop cher.
08:32Total, Total, à qui le gouvernement demande de faire plus,
08:37de continuer, je cite, un plafonnement généreux.
08:40C'est soit ça, soit une taxation de leur super profit, en quelque sorte.
08:44Est-ce que c'est ça l'équation aujourd'hui ?
08:46Oui, alors la Banque de France n'est pas dans la discussion avec Total.
08:49J'ai d'ailleurs vu que l'entreprise avait pris un certain nombre d'engagement
08:51sur le diesel à l'occasion des ponts.
08:54Je crois que ça, c'est vraiment une négociation.
08:57On a la chance d'avoir une grande entreprise énergétique française.
09:00Mais vous vous étiez exprimé sur la question, justement,
09:02des taxations exceptionnelles, qui sont de moins en moins exceptionnelles,
09:06puisqu'elles sont reconduites d'une année sur l'autre.
09:08Est-ce qu'il ne faut pas hésiter, effectivement,
09:10à mettre à contribution des très grosses entreprises
09:12quand on voit les profits de Total ?
09:14Je crois que c'est un petit peu trop tôt pour le dire.
09:15Si ça devait être mis en place, c'est de la même façon que je le disais tout à l
09:19'heure.
09:20Cibler sur certains profits liés à la crise énergétique
09:23est temporaire quand cette crise énergétique sera résolue.
09:26Croissance, inflation, choc, pétrolier ou non, trop tôt pour le dire.
09:31Emploi, il y a un ralentissement aussi des promesses d'embauche.
09:34Quand même, le scénario, je veux bien qu'il y ait des scénarios
09:38moins pessimistes que les autres,
09:40mais il y en a très peu qui soient vraiment optimistes.
09:43Je me méfie toujours des mots optimistes et pessimistes.
09:45Ce que nous essayons d'être, c'est d'être lucides.
09:48Dans cette lettre au président de la République,
09:50on fait une photo sur 15 ans de l'économie française.
09:54C'est très important, à côté de ce que nous venons de dire sur l'urgence,
09:57parce qu'il faut aussi prendre un peu de recul.
09:59Nous disons, au-delà de l'urgence, plus que jamais, élargir l'horizon,
10:04faire un pas de côté pour faire un bilan de santé,
10:06aussi objectif et complet que possible de l'économie française.
10:10Or, il se trouve justement sur l'emploi, depuis 15 ans.
10:13Ça, c'est un vrai progrès que nous avons fait collectivement.
10:15Il y a aujourd'hui un taux de chômage qui reste trop élevé.
10:18Il est entre 7,5 et 8%.
10:20Et il remonte légèrement.
10:22Un peu, un peu.
10:23Mais dans les précédentes crises, à Pauline de Malheur,
10:26on avait un taux de chômage qui était supérieur à 10%.
10:28Je ne sais pas si vous savez, nous avons nous-mêmes été surpris par ce chiffre,
10:32combien d'emplois l'économie française a créé depuis 2010 ?
10:35Parce qu'on a pris ce recul sur 15 ans.
10:37Près de 4 millions d'emplois nets.
10:40Les créations, moins les suppressions.
10:413,9 exactement.
10:43Le taux de chômage a beaucoup baissé.
10:45Le taux d'emploi, c'est-à-dire la part de la population au travail a monté.
10:48Ça, c'est des choses qui vont dans le très bon sens.
10:50Et l'emploi résiste plutôt bien aujourd'hui au ralentissement de la conjoncture.
10:55Avec le recul, est-ce que vous estimez que la France a fait,
10:59effectivement, les changements qu'elle devait faire sur ses structures,
11:03son économie, le travail dont on dit en permanence qu'il ne paye pas suffisamment ?
11:07Est-ce que ça, ce sont des choix politiques qui n'ont pas été faits ?
11:10Alors, pas assez.
11:12Et je précise, quand on regarde depuis 2010,
11:15nous enjambons les cycles politiques.
11:17Il y a eu divers présidents, divers gouvernements.
11:19Il ne s'agit pas de distribuer des bons ou mauvais points à tel ou tel.
11:23Mais ça correspond à un cycle économique.
11:252010, c'est le début du temps des crises.
11:27En ultra résumé, je crois que ce qu'on peut dire,
11:30c'est que sur la croissance,
11:31à chaque fois, on se compare au pays européen.
11:34La performance de la France, elle se juge en comparaison
11:36aux autres qui sont dans la même situation.
11:39Sur la croissance, nous avons une position intermédiaire.
11:41Ce n'est que nous avons fait comme la moyenne de la zone euro.
11:44Ni plus mal, ni mieux.
11:46Il y a eu un point positif, c'est ce que nous disions à l'instant sur l'emploi.
11:50Puis un point négatif, où clairement, on n'a pas fait ce qu'il fallait,
11:53c'est les finances publiques.
11:54C'est-à-dire, nous avons beaucoup trop de déficits et de dettes comparés à nos voisins.
11:58Quand vous regardez ce qui s'est passé, là, en ce week-end de Pont, autour du 1er mai,
12:04est-ce que ce n'est pas le symptôme d'une sorte de cacophonie ou de difficulté de la France
12:07à prendre des décisions ?
12:08On a d'un côté, effectivement, ouvert l'idée que, finalement, on pouvait travailler le 1er mai.
12:14Le Premier ministre lui-même a presque encouragé l'illégalité,
12:18puisqu'il a encouragé certains boulangers à ouvrir, à travailler,
12:21alors que des contrôleurs disaient, ben non, c'est illégal à faire travailler leurs salariés.
12:26Est-ce que ce n'est pas le problème, le symptôme de ces difficultés à trancher pour la France ?
12:32Vous me permettez une note personnelle, Pauline de Malherme.
12:35Je crois que c'est surtout le symptôme du fait que notre débat se met sur de multiples polémiques de
12:41l'instant.
12:41Vous, avec le recul des 15 ans, vous vous dites, en fait,
12:44cette histoire du 1er mai des fleuristes et des boulangers ?
12:46Ce n'est pas la question décisive pour l'avenir de l'économie française.
12:49Or, on le disait à l'instant, sur le travail et sur l'emploi, nous avons fait des progrès.
12:54Il y a eu le pacte de compétitivité.
12:57Non, non, ce n'est pas du tout pour botter en touche.
12:59Mais que les fleuristes ou les boulangers travaillent le 1er mai,
13:03dans des conditions clarifiées, très bien.
13:07Mais ce n'est pas ça qui va faire une immense différence pour l'économie française.
13:10Mais vous parlez de l'incertitude.
13:12Pardon, François-Henri Le Roy de Gallo.
13:14Vous avez commencé avec le mot d'incertitude,
13:15en disant que le plus difficile pour tous ceux qui travaillent en France,
13:20c'est l'incertitude.
13:22Quand on voit effectivement qu'en fait on ouvre sans être sûr qu'on a le droit d'ouvrir,
13:25est-ce que ce n'est pas véritablement le symptôme de cette incertitude ?
13:28Bien sûr.
13:29Mais ce que je dis, c'est que c'est un problème relativement limité.
13:32Tout ce que nous pourrions faire, par exemple, pour développer encore l'apprentissage,
13:36ou pour améliorer l'efficacité des dépenses d'éducation et de formation professionnelle,
13:41ça c'est un élément assez important de notre bilan,
13:44c'est que quand on se compare aux autres,
13:45nous dépensons à peu près autant sur l'éducation et la formation professionnelle,
13:49mais l'efficacité de ces dépenses est plutôt moins bonne qu'ailleurs.
13:53Donc ça, c'est quelque chose qui changerait vraiment l'économie française.
13:56Ce qui a été fait sur un certain nombre de réglementations du travail,
14:01la loi El Khomri en 2016,
14:03les ordonnances Pénicaud en 2017,
14:05a beaucoup réduit l'incertitude justement,
14:07et ça, je crois que ça a facilité l'emploi,
14:09donné envie aux entreprises d'embaucher.
14:11Donc nous avons fait des progrès.
14:13Encore une fois, la question du 1er mai,
14:15elle est très franco-française,
14:17elle est de très court terme, pourquoi pas ?
14:19Mais élargissons l'horizon,
14:21et puis regardons les meilleures solutions de nos voisins.
14:23Quels sont vos regrets ?
14:25En avez-vous ?
14:27Dans un mois, vous quitterez cette fonction ?
14:29Est-ce que, pas forcément de vos outils ou non,
14:32mais sur le regard que vous avez porté jour après jour pendant 15 ans sur l'économie française ?
14:38Bon, d'abord, je crois qu'il y a eu une satisfaction, c'est l'inflation.
14:40Il se trouve que c'est la Banque de France qui est en charge avec la Banque Centrale Européenne.
14:44Nous avons eu des très bons résultats sur l'inflation.
14:48Avec quand même un moment de souffrance.
14:49Bien sûr, ça, on ne peut pas totalement faire abstraction des conditions extérieures.
14:53Quand il y a eu l'invasion de l'Ukraine par la Russie, ça a été inflationniste.
14:57Mais, en moyenne, l'inflation, depuis 15 ans, elle a été un peu inférieure à 2% en France.
15:03Au passage, ça a aidé le pouvoir d'achat.
15:05Alors, je vais peut-être surprendre ceux et celles qui nous écoutent et nous regardent.
15:08Mais le pouvoir d'achat est en hausse très légère.
15:10Le pouvoir d'achat, depuis 15 ans, a augmenté, en moyenne, par Français, de 12%.
15:15C'est pas mal, c'est moins qu'avant.
15:17On pourrait faire encore mieux si on accélérait la croissance.
15:20Mais ça, je crois que sur l'inflation, c'est un point positif.
15:23Mon regret, c'est que notre débat ne regarde pas assez les meilleures solutions de nos voisins.
15:29Vous savez, on est très frappé dans ce bilan qu'il y a des pays européens.
15:33On dit l'Europe est en retard, est en train de se faire distancer par les Etats-Unis.
15:37Il y a au moins trois pays européens très proches de nous.
15:40Un modèle de société qui ressemble, c'est la Suède, le Danemark et les Pays-Bas,
15:44qui, sur la plupart des sujets, ont des bien meilleurs résultats.
15:48Et pourquoi ?
15:49On peut avoir le modèle social européen, être innovant.
15:52Je crois que c'est des pays qui ont plus de consensus social.
15:55C'est des pays qui ont des entreprises plus innovantes,
15:59parce qu'elles ont plus de fonds propres.
16:02C'est des pays aussi qui ont de l'épargne-retraite privée,
16:05en complément des retraites publiques.
16:06Ça, ça diminue la charge sur les finances publiques.
16:10Et donc, je crois que c'est des pays que nous aurions intérêt à regarder sur leurs diverses solutions.
16:16Qu'est-ce que vous direz à votre successeur ?
16:18Je le rappelle, effectivement, dans un mois, vous passerez le relais,
16:22vraisemblablement, à l'actuel secrétaire général de l'Élysée, Emmanuel Moulin,
16:26qui pourrait être votre successeur.
16:28Qu'est-ce que vous direz à votre successeur ?
16:30Je dirais que, d'abord, c'est une magnifique mission
16:33que j'ai eu l'honneur d'exercer avec les 9000 hommes et femmes de la Banque de France.
16:39Je lui dirais d'être, évidemment, très, très sensible à l'indépendance.
16:43Pourquoi ? Parce que tout ce constat que nous publions aujourd'hui,
16:46il est objectif, il est là pour nourrir le débat,
16:49parce que la Banque de France regarde les faits
16:51et essaye d'apporter un constat avec lucidité.
16:54Nous ne roulons pour personne.
16:56Et je lui dirais, évidemment, de continuer à exercer notre mission
17:00contre l'inflation, pour la stabilité de la monnaie,
17:03dans l'incertitude dont on parlait.
17:05Ça, c'est un élément très important que nous apportons aux Français.
17:07Ils soutiennent l'euro.
17:08Et puis, de continuer à plaider pour un certain nombre de réformes.
17:11Parce que notre pays peut croître plus.
17:13Moi, j'y crois, Apolline de Malheur.
17:15Oui, je vois.
17:16Ça, c'est très important.
17:16Je vois, vous ne voulez n'y être.
17:18Et je crois que nous avons, dans ce monde dangereux, incertain,
17:22nous avons, nous, Français, nous, Européens,
17:24beaucoup plus de cartes économiques en main que nous ne pensons.
17:26Vous ne voulez jamais être réduit à la question de l'arène politique.
17:30Vous venez de citer le mot d'indépendance.
17:32Ce n'est pas que je suis réduit, c'est que nous n'y sommes pas.
17:34Nous sommes indépendants.
17:34Mais ce n'est pas ce que dit Marine Le Pen,
17:36qui, le 25 février dernier, disait, je la cite,
17:39c'est une forme de violence institutionnelle
17:41que de verrouiller les institutions au point de manœuvrer
17:43avec M. Villeroy de Gallo.
17:45Ce n'est pas anodin.
17:47Elle sous-entend que le fait que vous partiez
17:50et que vous laissiez votre poste juste avant l'été,
17:52c'est une manière, au fond, pour Emmanuel Macron
17:54de nommer votre succès.
17:56Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
17:58Si vous me permettez la police de m'air, je vous arrête tout de suite.
17:59D'abord, je ne commande jamais les propos de responsables politiques,
18:02donc je ne vais pas commencer ce matin.
18:04Mais, me concernant,
18:07personne, personne,
18:08ne m'a demandé de quitter mes fonctions.
18:10Et si on l'avait fait,
18:12j'aurais refusé.
18:13J'ai trop de respect pour l'indépendance.
18:15Je pars pour prendre une mission
18:17à laquelle on m'a appelé.
18:18C'est la présidence de la Fondation Appentiloteuil
18:20qui est une œuvre magnifique en faveur
18:22de la jeunesse en difficulté.
18:24C'est pour cette raison-là.
18:26Et, évidemment,
18:28je le fais en homme libre.
18:30Je demande qu'on respecte cette décision.
18:32Voilà votre réponse ce matin.
18:33Merci beaucoup, François Villeroit de Gallo,
18:35d'avoir répondu à mes questions.
18:36Vous qui êtes donc le gouverneur de la Banque de France.
18:39Merci beaucoup, François.
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