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00:02 Julien Célier. RTL bonsoir jusqu'à 20h.
00:06 Allez RTL bonsoir avec cette
00:08 question maintenant dans l'actualité. Est-ce que la planète est en train de rater un rendez-vous
00:12 avec son histoire ? Il est temps d'accueillir notre invité événement en effet c'est un expert du climat
00:18 co-auteur des rapports du GIEX et fameux rapports qui servent de base aux discussions tendues en ce moment à la COP 28.
00:24 Bonsoir François Jemen. Bonsoir à tous. La COP c'est la conférence mondiale pour sauver le climat alors c'est à Dubaï vous êtes
00:31 sur place en pleine course contre la montre parce qu'on vit les dernières heures de cet événement. Et le projet d'accord sur la table fait
00:37 bondir les ONG. L'Europe souhaitait un engagement mondial sur une sortie des énergies fossiles. Les pays pétroliers
00:44 refusé. Le projet de consensus à l'instant T est le suivant appelé à la réduction de la consommation
00:50 et de la production des énergies fossiles. Alors c'est un peu verbeux et surtout ça ne semble pas sur le papier à la hauteur de
00:57 l'enjeu c'est ce que disent en tout cas les Etats-Unis, l'Europe François Jemen.
01:01 Exactement c'est sûr qu'on a
01:03 espéré pendant toute cette quinzaine qu'on est vraiment en texte très ambitieux
01:07 sur la sortie des énergies fossiles et à la fin on a un peu l'impression de la montagne qui accouche une souris. Alors c'est pas fini
01:13 il y a encore des négociations qui vont se poursuivre toute la soirée voire toute la nuit et on espère conclure demain
01:18 mais là il est certain que le brouillon d'accord qui était présenté par la présidence
01:22 déçoit à la fois les ONG, déçoit plusieurs grands états, l'Europe, les Etats-Unis notamment et surtout
01:29 déçoit les petites îles. Les petites îles sont folles de rage et on dit clairement qu'elles ne pouvaient pas signer un texte comme ça.
01:36 Donc si le texte reste en état on s'oriente vers un échec.
01:38 Ces petites îles qui sont menacées par le réchauffement climatique et par la montée des eaux ce sont elles qui disent nos voix ne sont
01:45 pas entendues. Est-ce que finalement François Jemen, les pays de l'OPEP sont en train de gagner ? Est-ce qu'ils pèsent trop lourd ces pays
01:52 producteurs de pétrole aujourd'hui ? Le problème c'est qu'il n'y a pas que les pays de l'OPEP.
01:56 D'abord les pays de l'OPEP ne parlent pas tous d'une seule voix. On sait que c'est l'Arabie Saoudite qui est vraiment la plus dure parmi les
02:02 pays de l'OPEP mais tous ne sont pas tout à fait sur la même ligne.
02:05 Et puis il faut bien se rendre compte qu'il y a aussi beaucoup d'autres pays industrialisés qui ne sont pas prêts
02:10 à acter une sortie des énergies fossiles. Le Canada ou le Royaume-Uni par exemple
02:15 ne sont pas prêts aujourd'hui à acter une sortie des énergies fossiles.
02:18 Et il y a aussi beaucoup de pays du sud qui trouvent le discours européen un peu hypocrite puisque l'Europe reste grosse consommatrice de pétrole et
02:26 de gaz mais va aller dire aux producteurs d'arrêter de produire le pétrole et le gaz qu'elles consomment pourtant.
02:31 Donc en réalité il n'y a
02:33 aujourd'hui pas vraiment de consensus sur la sortie des énergies fossiles.
02:36 Mais alors parlons clairement pour que les auditeurs comprennent bien l'enjeu.
02:39 Si le monde ne s'engage pas à sortir des énergies fossiles, est-ce qu'on va dans le mur François Jomenne ?
02:44 Très clairement on ne parviendra pas à tenir les objectifs de l'accord de Paris si on a encore aujourd'hui
02:51 une telle production d'énergie fossile. Parce que le problème c'est qu'on essaye de mettre l'accent sur
02:57 les énergies renouvelables. On parle même du nucléaire pour la première fois dans le projet d'accord.
03:01 Et tout ça est très bien évidemment d'encourager les énergies décarbonées. Mais le problème c'est qu'elles s'ajoutent
03:06 aux énergies fossiles et qu'elles ne les remplacent pas. C'est comme si vous preniez une petite salade à côté d'une fondue au fromage en espérant maigrir.
03:12 On l'a compris donc les négociations se poursuivent. Un accord est loin d'être signé. Les réunions se multiplient. Les COP
03:21 finissent rarement à l'heure. Ça veut dire que vous êtes parti pour une ou plusieurs nuits blanches ?
03:25 Alors très clairement on a apparemment donné aux instructions
03:30 au personnel de sécurité de rester un peu plus longtemps que prévu. Là les ministres vont se réunir à 21 heures ce soir
03:38 pour on ne sait pas combien de temps. Et puis une fois qu'on aura, on l'espère, débloqué un peu la situation avec les ministres, on va reprendre
03:45 en assemblée plénière. Donc très clairement on est encore parti pour de longues heures de négociations.
03:49 Racontez-nous un petit peu les coulisses.
03:51 Vous l'expert climat, qu'est ce que vous faites à Dubaï ? Comment vous tentez de convaincre et qui vous tentez de convaincre ?
03:57 Alors moi j'ai un rôle spécifique puisque je suis au sein d'un groupe de travail qui essaye de quantifier les pertes et dommages
04:04 qui sont liées aux migrations et aux déplacements. Et vous savez que c'est
04:07 un des enjeux de cette COP, les pertes et dommages, et c'est un des points sur lesquels on a avancé.
04:12 Et puis bien entendu à côté de cela on parle à toute une série d'événements, on discute aussi avec
04:19 des négociateurs.
04:21 Et il faut bien comprendre qu'on discute de beaucoup de points en même temps à ces discussions. Donc c'est pas uniquement une négociation sur
04:28 les fossiles, il y a aussi une discussion sur l'adaptation, sur les pertes et dommages, sur les financements.
04:31 Et tout est un peu dans tout. Et donc ce que dit la présidence,
04:35 c'est qu'il ne faut pas se focaliser uniquement sur la question des énergies fossiles. Et il y a d'autres points de progrès.
04:41 Et c'est vrai, mais le problème c'est que c'est un peu le coeur du problème quand même les énergies fossiles.
04:45 Et alors justement quand ça se passe en face, il y a le lobby du pétrole qui s'active aussi en coulisses pour essayer de défendre son
04:49 biftec. Le truc c'est qu'il ne s'active plus du tout en coulisses. C'est que l'OPEP a même envoyé une lettre à tous ses états membres.
04:55 Et donc là on a vraiment du lobbying au grand jour. Ça c'était tout à fait inédit et c'est pour ça que
04:59 plusieurs sont tombés de leur chaise, en voient la lettre. D'habitude ça se faisait de façon un peu plus discrète quand même.
05:04 Les saoudiens qui ne veulent pas sortir du pétrole dont ils sont les premiers exportateurs, ils insistent beaucoup sur la science.
05:09 Ils expliquent qu'à l'avenir ce sera fantastique, on pourra capter, stocker du carbone. Est-ce qu'ils tiennent cet argument ? Ou alors le stockage c'est un doux rêve ?
05:16 Pour le moment c'est encore des solutions qui sont très controversées, qui sont très coûteuses et très clairement on ne va pas parvenir à
05:23 récupérer et à stocker tout le carbone qui est envoyé dans l'atmosphère aujourd'hui avec la combustion des énergies fossiles.
05:29 Si on fait de la capture et du stockage de carbone, ça sera vraiment pour le substrat qu'on ne sera pas parvenu à décarboner.
05:36 Mais on ne peut pas imaginer qu'aujourd'hui les gigatonnes entières de carbone qui sont envoyées dans l'atmosphère
05:42 puissent être toutes récupérées par des solutions de capture et de stockage de carbone.
05:46 Et alors justement Emmanuel Macron tout à l'heure a annoncé,
05:49 en tout cas promis, que la capture de CO2 allait permettre à la France de baisser de 10% ses émissions
05:55 industrielles incompressibles d'ici 2030. Ça c'est réaliste pour vous François Jemmene ?
06:00 Ça c'est potentiellement réaliste. Il est certain que la technologie fait des progrès et j'imagine qu'on pourrait aller jusqu'à 10% des émissions incompressibles.
06:07 Ça, ça paraît relativement réaliste.
06:09 François Jemmene, on peut quand même s'interroger sur la façon dont on négocie des mois de préparation pour une COP, des jours de COP.
06:15 Et là ce que vous nous expliquez c'est que tout est en train de se jouer dans les arrêts de jeu.
06:19 C'est pas très sain comme façon de discuter non ?
06:21 C'est pas très sain comme façon de discuter d'autant plus qu'évidemment les gens sont fatigués,
06:24 sont sous pression, qu'il y a des gens qui ont envie de rentrer chez eux, qui ont
06:28 des enfants qui les attendent parfois.
06:31 Donc très clairement c'est pas sain du tout. Et même le simple fait d'essayer de tout négocier, de négocier de tous les sujets en
06:38 15 jours de discussion à la fin de l'année, à mon avis n'est pas très sain. Et donc il faut je crois aussi pouvoir s'interroger sur
06:43 les modalités de la coopération internationale. La physique du climat nous impose évidemment d'agir ensemble et impose la coopération internationale.
06:50 Maintenant je pense qu'elle pourrait être organisée de façon un peu plus saine,
06:55 de manière aussi à éviter cette pression et ces attentes qui sont souvent déçues et qui envoient souvent un message assez négatif auprès du grand public.
07:01 Juste pour terminer, vous nous avez dit "ce n'est pas complètement
07:05 fini" alors que le projet d'accord pour l'instant est très insuffisant. Vous êtes pessimiste ou vous êtes optimiste François Joliot ?
07:13 Je vais rester. Je pense qu'on part pour le moment de tellement bas que
07:17 les délégués ont roi à coeur d'éviter un échec complet. Donc on ne peut que relever l'ambition.
07:23 Maintenant soyons clairs, il faut aussi regarder les choses dans la durée. Le texte, même en le téléactuel,
07:27 représente un progrès par rapport à la COP26. La COP26 parlait seulement du charbon, là on parle de toutes les énergies fossiles.
07:34 Le problème c'est qu'on progresse certes, mais beaucoup trop lentement par rapport au changement climatique qui lui avance à grand galop.
07:40 Merci beaucoup François Joliot, expert climat, co-auteur des rapports du GEC, d'avoir été ce soir notre invité événement depuis la COP28 à
07:47 Dubaï alors que les négociations se poursuivent et se tendent. La course contre la montre continue. Merci beaucoup. Avec plaisir.
07:53 Allez, toute petite, posée dans quelques secondes la suite de RTL Bonsoir avec toute autre chose. On va se détendre, on va apprendre
08:01 aussi le concours d'anecdotes, le match des infos pour briller au dîner. Ce soir c'est un match
08:06 France-Belgique, la revanche de la demi-finale de la Coupe du monde 2018 entre Marion et Alex Vizorek.
08:11 Je mettrais une petite pièce sur Alex Vizorek. Il a une très bonne info pour briller au dîner.
08:16 Le petit beau courtois de la faux pandémie.
08:19 Julien Cellier, Marion Calais et Cyprien Séni. RTL Bonsoir.
08:26 *rire*
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