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00:02 7h, 9h
00:05 RTL matin.
00:07 RTL 8h22, bonjour Hélène Roch.
00:09 Bonjour.
00:09 Vous êtes la fondatrice et la directrice de "Notre avenir à tous", c'est une structure spécialisée dans la jeunesse.
00:13 J'envoie par ailleurs votre livre "Sauvons nos enfants" qui est paru aux éditions Robert Laffont.
00:17 Merci de prendre la parole ce matin sur RTL. Vous co-présidez avec le pédopsychiatre Serge Hefez une commission scientifique qui doit se réunir
00:24 pour la première fois ce matin. Votre mission, faire des propositions concrètes pour relever les défis de la parentalité
00:30 parmi les pistes évoquées par la ministre Orberger des travaux d'intérêt général pour les parents défaillants.
00:35 Certains parents sont-ils vraiment défaillants Hélène Roch ?
00:38 D'abord je ne sais pas très bien ce que c'est qu'un parent défaillant.
00:42 Est-ce que les parents défaillants, si la question sous-jacente est la question de l'autorité,
00:49 on peut reconnaître, on ne peut pas balayer de revers de la main cette question,
00:54 en effet un certain nombre de parents ont
00:58 difficilement la main sur leurs enfants, mais cela tient à beaucoup de choses.
01:02 Cela concerne toute la société, pas seulement certains quartiers.
01:06 La question aujourd'hui et l'urgence c'est d'intervenir en amont pour éviter les crises
01:15 plutôt
01:17 que d'attendre d'avoir à les subir.
01:20 Je peux peut-être vous poser la question autrement, l'affaiblissement de l'autorité parentale est-elle responsable notamment des émeutes
01:26 du début de l'été dernier et qui nous réunissent aujourd'hui ?
01:30 Qui explique les propos de madame Berger ?
01:32 Je pense que depuis une trentaine d'années nous sommes en crise, que l'état de nos adolescents
01:37 n'est pas très bon. Alors je ne suis pas médecin mais comme vous savez, je vous l'avez
01:43 rappelé, je produis des statistiques sur les questions de jeunesse depuis une dizaine d'années, depuis trois ans sur le mal-être des adolescents et en
01:49 particulier des 11-15 ans.
01:51 Alors je ne vais pas vous embarrasser avec des chiffres mais tout de même
01:54 on peut dire qu'un enfant sur trois est dans un état d'anxiété généralisée. Dans un tel contexte ce serait quand même
02:00 stigmatiser certains quartiers que de dire que la défaillance de l'autorité est responsable de ces crises.
02:07 Il vient d'où ce malaise dont vous venez de nous parler chez nos 11-15 ans ?
02:11 Je pense que c'est un malaise qui est, je ne serai pas la seule à répondre et ça fait partie des questions qui seront abordées
02:17 évidemment dans la commission de soutien à la parenté.
02:19 J'entends bien mais c'est à vous que je pose la question parce que vous travaillez sur ces questions de longue date.
02:22 Il vient du rejet de modèle de réussite des parents.
02:24 Il revient d'une... ils n'en veulent pas le modèle de réussite de leurs parents puisqu'ils ont vu leurs parents aussi souffrir
02:31 pour des questions d'emploi ou différentes questions de logement, d'espace.
02:38 C'est une difficile transmission de notre génération de parents à celle de nos enfants.
02:46 Nombre de médecins me disaient dans le Tour de France que j'ai pu faire pour écrire "Sauvons nos enfants"
02:52 que nous n'avons pas réussi à décrire une vision du monde intelligible par nos enfants
02:59 et que ceci est au cœur de leur malaise.
03:02 Mais ça explique cette violence qu'on a observée de la part d'adolescents parfois extrêmement jeunes dans les dernières émeutes ?
03:08 Je pense que la question
03:10 des dernières émeutes pose la question de l'autorité,
03:14 du sens, surtout la question du sens, la nature horreur du vide.
03:19 Donc moi j'ai en tête
03:22 les interviews que j'ai menées dans ces quartiers avec des enfants juste avant les émeutes.
03:27 Des enfants qui me parlaient du fait qu'ils étaient très fatigués à l'école
03:31 et qui se plaignaient du fait que le prof a pu parler pendant une heure
03:34 et que c'est quand même incroyable qu'un prof parle pendant une heure.
03:36 Mais en creusant un petit peu avec eux, je me rendais compte qu'ils avaient passé la nuit entière à jouer à des jeux vidéo.
03:42 D'ailleurs les parents ne le savent pas.
03:45 Et donc dans cette fatigue générale, dans un espèce de pessimisme ambiant.
03:51 Puisque vous ne voulez pas les sanctionner et qu'en tout cas vous pensez que ça n'est pas, je dirais, positif,
03:55 comment peut-on accompagner les parents ?
03:57 Je pense qu'il faut aider les parents à rester des parents.
04:00 C'est-à-dire que lorsque des enfants sont en crise,
04:04 ils ont besoin d'avoir des relais d'autorité.
04:07 Donc par exemple, il y a des lieux de médiation.
04:09 Je vous donne un exemple. Dans la ville de Troyes,
04:11 et j'en ai vu à Caen, j'en ai vu à Meaux,
04:13 des exemples extraordinaires de lieux dans lesquels des adolescents peuvent aller se ressourcer,
04:18 parler à des personnes pour faire leur devoir,
04:21 pour rencontrer le grand frère du voisin, la petite sœur de l'autre.
04:24 Un vrai...
04:26 - Mais ça marche ça ? Il faut qu'ils aient envie d'y aller ?
04:28 - Non seulement...
04:29 - Comment vous faites pour pousser la porte, pour aller faire vos devoirs,
04:31 quand déjà vous préférez jouer avec vos jeux électroniques ?
04:34 - Justement, dans ces endroits, ces jeunes m'ont dit,
04:37 et je les cite, je l'ai écrit d'ailleurs dans mon livre,
04:40 et j'en ai consacré un chapitre, ne manquer de rien.
04:43 Et j'ai insisté, et je leur ai dit "mais comment est-il possible
04:46 que tu ne manques de rien à une jeune fille qui n'a pas de papier,
04:49 qui est arménienne, qui est arrivée à 8 ans en France,
04:51 qui n'a toujours pas de papier, qui s'habille avec des habits de seconde main,
04:54 qui paye sa nourriture, ses parents n'ayant pas de compte en banque,
04:58 avec des tickets alimentation,
05:00 et pourtant elle a un sentiment de manquer de rien.
05:02 Pourquoi ? Parce que quand elle a besoin de parler à quelqu'un,
05:05 elle a librement accès, à la sortie de l'école,
05:09 tous les jours de sa vie, y compris pendant les vacances,
05:12 à des personnes qui peuvent la réconforter.
05:14 - Vous nous dites que l'écoute et la fête, d'une certaine façon,
05:16 sont plus importantes que le reste ?
05:18 - L'écoute, mais en tant que...
05:21 L'écoute est très importante pour les adolescents,
05:23 mais là, puisque nous parlons des parents,
05:25 en tant que relais d'autorité pour les parents.
05:28 Pendant que quelqu'un d'autre écoute mon enfant,
05:31 entre guillemets, je peux être un parent.
05:33 Et alors, le parent lui-même,
05:36 étant moins en crise, étant moins fatigué,
05:38 étant moins dans cette charge mentale,
05:40 peut être ce parent.
05:43 Et donc il faut aider les parents à rester des parents.
05:46 - Merci beaucoup Hélène Roch.
05:47 Je rappelle que vous êtes la fondatrice et la directrice de
05:49 "Notre avenir à tous", une structure spécialisée.
05:51 Merci à tous !
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