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00:02 7h, 9h
00:06 RTL matin. Il est 8h22, bonjour Christophe Robert. Bonjour. Vous êtes délégué général de la fondation Abbé Pierre, merci de prendre la parole ce matin sur RTL
00:13 en ce 1er février, un jour très spécial pour vous, mais aussi pour notre radio. Il y a 70 ans,
00:19 en 1954, sur radio Luxembourg, l'abbé Pierre prononçait son célèbre appel invitant à
00:23 l'insurrection de la bonté pour aider les sans-abri. Salut également Noel Wendleroy,
00:28 marraine de la fondation depuis près de 18 ans qui est à nos côtés. Bienvenue à vous deux.
00:31 Christophe Robert, je commence avec vous. Vous publiez aujourd'hui votre rapport sur l'état du mal-logement en France.
00:37 Sans surprise, tous les chiffres sont dans le rouge.
00:39 330 000 sans domicile en 2023, c'est deux fois plus qu'il y a 10 ans. Plus de 4 millions de personnes mal logées, plus de 2 millions et
00:46 demi de personnes en attente d'un logement social et près de 3000 enfants qui dorment dans la rue chaque nuit dans notre pays.
00:53 Comment expliquez-vous cette explosion ?
00:56 Écoutez, en réalité, les choses ne sont pas toutes égales par ailleurs. Quand vous évoquez
01:01 330 000 personnes sans domicile, ça ne veut pas dire sans-abri, c'est des personnes sans-abri ou en hébergement d'urgence,
01:06 c'est un chiffre qui a doublé en 10 ans. Donc il s'est passé quelque chose. Et la bonne question c'est la vôtre, c'est-à-dire qu'est-ce
01:12 qui s'est passé ? Mais si on regarde, la production de logements a considérablement diminué. On est en dessous des 300 000 logements
01:19 aujourd'hui. On était à 450 000 il y a encore quelques années. Si je prends que... - Créés chaque année. - Oui, tout à fait, qui sortent de terre.
01:25 Si je prends que le logement social, qui répond aux besoins des ménages modestes, des classes moyennes inférieures, des plus pauvres, en 2016 on finançait
01:33 120 000 logements sociaux.
01:35 En 2023, c'est 88 000.
01:37 Donc c'est 40 000 logements en gros, en moins, sociaux,
01:41 chaque année en ce moment, à proposer aux ménages en difficulté. - Mais ça veut dire que tout est bloqué dans le monde du logement et
01:47 même que ça s'aggrave, c'est ce que vous venez de nous expliquer. - Complètement. Et il y a deux raisons. Il y a des raisons politiques.
01:52 Il y a eu des choix qui ont été faits en 2017 de couper, par exemple, dans le budget des bailleurs sociaux,
01:58 de couper dans les APL, vous savez, ces aides qui aident les ménages modestes à pouvoir se loger, c'est quand même des coupes de 4 milliards
02:04 d'euros par an.
02:05 Donc quand on a moins d'argent, on peut moins produire,
02:08 on peut moins répondre aux besoins. Et puis il y a eu des facteurs plutôt extérieurs. La hausse des coûts de construction,
02:13 la hausse des taux, par exemple pour les personnes qui veulent accéder à la propriété, ça rend difficile l'accès à la propriété.
02:19 Donc, entre des décisions publiques qui finalement laissent trop de côté le logement ou
02:24 abandonnent quelque part le logement, et c'est ça notre inquiétude à la Fondation, et on dit au gouvernement "mais
02:28 rendez-vous compte, le logement c'est la santé des enfants, c'est la vie de la famille,
02:31 c'est les gens dans leur mobilité". Aujourd'hui, les entreprises disent "je ne peux pas recruter parce que les personnes ne trouvent pas de logement".
02:37 Et donc il faut qu'il y ait une réaction
02:39 politique aujourd'hui qui soit beaucoup plus forte pour répondre aux besoins au logement. - Vous nous dites qu'il n'y a plus de politique du logement
02:45 dans notre pays aujourd'hui, Christophe Robert ?
02:47 - Le mot serait un peu fort.
02:49 On cherche toujours à être précis.
02:51 En tout cas, le gouvernement a décidé de faire du logement un des principaux contributeurs à la baisse de dépenses publiques.
02:59 Et nous pensons à la Fondation Abbé Pierre que c'est une erreur.
03:02 - De l'avoir fait en tout cas sur ce dossier précis. - Absolument.
03:06 - Nolwenn Leroy, 18 ans de soutien à la Fondation, pourquoi cet engagement vous tient-il tant à cœur ?
03:12 - Pourquoi cet engagement me tient-il tant à cœur ? Parce que moi-même, j'aurais pu être confrontée
03:19 à la suite d'une rupture familiale, comme plein de Français en fait. La situation de ma logement,
03:25 aujourd'hui, elle concerne beaucoup beaucoup de gens. C'est ce qu'était Christophe à l'instant.
03:32 Ce sont des gens qui, à la suite d'une rupture familiale, à la suite d'une perte d'emploi,
03:38 des étudiants, des gens qui travaillent aussi et qui n'ont pas de quoi se loger.
03:44 C'est certainement pour cette raison-là que je m'étais rapprochée de l'Abbé Pierre. J'ai eu la chance de rencontrer l'abbé
03:50 il y a 20 ans. - Et je constate que vous tenez votre promesse faite à l'abbé Pierre en 2005, celle de porter son message et
03:57 son combat contre l'exclusion. Ça vous décourage parfois ?
04:00 - Tant bien que mal, le porter parce que voilà, je pense qu'il avait bien conscience que
04:06 malheureusement, ça durerait et que 20 ans après,
04:10 on en est encore là aujourd'hui. Je pense que le combat contre le mal-logement aujourd'hui, ça doit être une
04:15 grande cause nationale. Il faut de l'action aujourd'hui. Il n'y a plus que seulement des mots mais de l'action.
04:21 Et que gouverner, c'est loger son peuple. C'est ce que disait l'abbé.
04:26 Aujourd'hui, on fait face à une crise sans précédent.
04:32 De se dire aujourd'hui que 70 ans après l'appel de l'abbé Pierre de l'hiver 54, on en est là aujourd'hui.
04:39 Dans cette situation, aussi bien que ce dont parlait Christophe à l'instant, que ce que je peux...
04:44 Ce que les Restos du Coeur aussi, le problème
04:48 c'est-à-dire, pas lié à l'urgence aussi, aujourd'hui, de voir que les restos sont dans le rouge aussi, ont besoin
04:55 de plus de sous parce que de plus en plus de gens viennent aussi au resto.
05:00 Cette situation, c'est quand même...
05:02 On ne peut pas s'habituer à cette misère-là.
05:05 Christophe Robert, vous dénoncez aussi ce que vous appelez désormais l'habitat indigne. De quoi s'agit-il exactement ?
05:11 Vous savez, la nature a horreur du vide et en fait,
05:14 plus il y a de personnes qui rencontrent des difficultés pour se loger, par exemple parce que c'est devenu le premier poste de dépense des
05:20 ménages dans les années 70, c'était l'alimentation. Aujourd'hui, c'est le logement.
05:23 Et pour beaucoup, c'est 40, 50, 60 % de leurs ressources consacrées au logement. Et quand vous n'avez pas
05:29 des ressources qui vous permettent de trouver chaussure à votre pied dans le marché du logement, là où vous vivez,
05:33 dans votre petite ville, dans votre petit bourg, dans votre grande métropole,
05:38 eh bien, le logement de mauvaise qualité, le logement indigne, le logement parfois dangereux, le logement parfois qui tue,
05:44 rappelons-nous, Marseille,
05:46 eh bien, devient l'amortisseur de crise. On s'engouffre là-dedans parce qu'il faut bien un toit sur la tête. Et donc, on sait qu'il y a
05:52 plus de 600 000 logements indignes dans notre pays, dans lequel vivent plus de 1 million de personnes.
05:58 Donc, c'est souvent invisible. C'est derrière les façades,
06:00 des souffrances, des gens qui s'entassent dans des logements, dans des logements qui sont dangereux pour la santé. Et donc, on attire l'attention.
06:06 Les politiques publiques ne font pas rien, mais ne font pas assez pour répondre à ces questions.
06:10 - 620 000 logements indignes, c'est le chiffre que vous nous donnez. - Tout à fait.
06:13 Et je voudrais réagir à ce que Noëlène veut dire, si vous permettez.
06:16 Vous savez, l'abbé Pierre, il a mené un combat sans relâche pendant 60 ans et
06:20 cet appel qui a été lancé ici même, je suis très ému aujourd'hui d'être là, parce que j'y repensais en venant ce matin.
06:26 Et bien, un an avant de nous quitter, l'abbé Pierre menait un dernier combat à l'Assemblée Nationale,
06:31 quand un certain nombre de députés avaient voulu affaiblir la loi ESSERU. Vous savez, cette loi qui impose un certain nombre de logements sociaux.
06:37 Et bien,
06:39 je voudrais remercier Noël Weyn parce que le jour de ce combat, en 2006,
06:43 ça faisait deux mois qu'on disait aux responsables politiques "ne faites pas ça, ne fragilisez pas cette loi, c'est une des plus belles lois de la
06:50 République". Et on n'arrivait pas à la gagner cette bataille. Et puis l'abbé Pierre, quand il est monté au perchoir de l'Assemblée Nationale,
06:56 dix jours après,
06:57 ceux qui voulaient démolir cette loi ont reculé. Et bien aujourd'hui, c'était ça qu'il voulait faire l'abbé Pierre, en ayant demandé à Noël Weyn
07:03 d'autres soutiens, en disant "vous devrez faire vivre ce combat tous ensemble". Et la visibilité
07:07 de Noël Weyn, le cœur de Noël Weyn, nous aide beaucoup. Et j'en appelle vraiment à l'ensemble de la société à dire "des enfants à la rue,
07:14 ou une fragilisation de cette belle loi, ça n'est pas acceptable, nous ne voulons pas ça pour le pays".
07:19 Alors, je ne sais pas si c'est un signe d'optimisme, mais s'il est un secteur qu'il faut déverrouiller, c'est bien le logement. Ce sont
07:24 quasiment les premiers mots du Premier ministre Gabriel Attal, mardi. Ça vous donne des raisons d'espérer ?
07:28 C'est bien d'avoir parlé du logement, c'est bien d'avoir dit un certain nombre de choses, comme cette phrase,
07:33 mais c'est vraiment extrêmement triste d'avoir annoncé une fragilisation de la loi SRU.
07:38 On revient à 2006 et ce dernier combat de l'abbé Pierre.
07:41 En gros, pour faire vite, le Premier ministre a annoncé qu'on
07:44 comptabiliserait plus seulement les logements sociaux, mais ce qu'on appelle les logements intermédiaires. Alors c'est technique, mais pour vous rendre compte,
07:51 le logement intermédiaire, par exemple à Lyon, pour un couple avec deux enfants,
07:55 c'est accessible à des gens,
07:57 même avec les plafonds qui sont fixés, qui ont 7500 euros par mois. C'est pas ça le logement social, c'est pas ça la solidarité,
08:04 c'est pas ça
08:05 dont nous avons besoin à travers l'aide de l'État. Quand Noel Wendy dit "les personnes qui ont eu des ruptures, qui ont vécu des choses difficiles,
08:11 s'ils ont de la famille, s'ils ont des amis, ils vont s'en sortir, mais s'ils n'ont pas d'amis, s'ils n'ont pas de famille", eh bien
08:18 l'État, la puissance publique, c'est la famille de ceux qui n'en ont pas. Et c'est là où nous demandons, nous, des protections sociales qui soient à
08:23 la hauteur des souffrances que vivent nos concitoyens. - Une toute dernière question, Christophe Robert, comment peut-on vous aider ?
08:28 - En demandant des politiques plus justes, en donnant aussi à la Fondation Abbé Pierre, vous allez sur notre site,
08:34 la Fondation Abbé Pierre, elle agit tous les jours, elle finance 900 projets par an grâce aux dons.
08:38 Nous n'agissons que grâce aux dons, donc allez sur le site de la Fondation et puis demandez à vos politiques locales, nationales,
08:44 des politiques plus solidaires. - N'en loigne le roi, Christophe Robert, merci beaucoup d'avoir pris la parole ce matin sur RTL, merci de cette fidélité
08:50 puisqu'il y a 70 ans, l'abbé Pierre lançait son appel sur notre antenne, Radio Luxembourg, et maintenant RTL, bonne journée, bon travail.
08:57 !
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