00:00 et vous avez choisi France Bleu Héros, réunir ensemble dans un même lieu des artistes pluridisciplinaires,
00:05 des personnes atteintes de troubles autistiques et le public.
00:07 C'est le projet que mène depuis trois ans une compagnie montpellierenne nu collective
00:11 et justement Mathias Beller de la compagnie est avec nous dans le 6/9 de France Bleu Héros.
00:16 Bonjour Mathias Beller.
00:17 Bonjour Guillaume.
00:18 Merci d'être venu nous rejoindre.
00:20 Ce laboratoire nomade de création collaborative, comme vous l'appelez, existe depuis déjà deux ou trois ans.
00:27 Ce n'est pas la première fois. Ce qui va se passer en fin de semaine, on va expliquer à nos éditeurs,
00:31 à l'ESAT, la bulle bleue à Montpellier, ce n'est pas une première.
00:34 C'est un projet que vous conduisez depuis deux ou trois ans maintenant.
00:37 C'est un projet qui se développe effectivement depuis trois ans, qui est effectif depuis deux ans.
00:42 On a déjà huit ans de résidence qui ont été mis en place un peu partout sur le département
00:47 puisqu'on travaille également sur Nîmes, autour du Gard et sur CET.
00:53 Et ce collectif, ce nul collectif, où qu'elle vous appartenit, réunit des artistes pluridisciplinaires,
01:01 vous-même vous êtes comédien et metteur en scène.
01:03 Comédien et metteur en scène, il se trouve que j'ai une pratique sonore aussi depuis quelques années.
01:07 Il y a des musiciens au plateau, un batteur, un musicien électronique, il y a également danseurs, plasticiens, beaucoup.
01:14 Voilà, l'idée c'est vraiment de s'immerger effectivement dans un bain artistique
01:18 et d'avoir tous les médiums de création à disposition.
01:21 - Alors ce bain artistique a pour, pas seulement comme ambition d'ailleurs,
01:25 puisqu'il existe depuis maintenant déjà deux ou trois ans,
01:28 de réunir dans un même lieu, sur un même plateau, comme on dit dans le métier artistique,
01:33 des artistes pluridisciplinaires, donc musiciens, photographes, des spécialistes du son, des comédiens,
01:40 donc des personnes atteintes de troubles autistiques et le public.
01:45 Le public, c'est pas complètement participatif en fait, c'est ça ?
01:48 - Alors on s'est aperçu assez rapidement que la petite communauté qu'on formait,
01:52 cette espèce d'utopie fonctionnelle, avait une grosse capacité d'absorption.
01:58 C'est-à-dire qu'au départ on accueillait famille, on accueillait à l'intérieur du dispositif les familles,
02:04 les éducateurs, les accompagnants, et progressivement on s'est aperçu qu'on pouvait accueillir d'autres gens.
02:10 Et on a fait une première tentative à Nîmes, au cas du Periscope,
02:15 pour effectivement commencer à immerger des spectateurs à l'intérieur de cet espace-là
02:20 et lui demander d'être participatif, de pratiquer avec nous.
02:23 - Alors le mot "spectacle" n'est peut-être pas le mot le plus approprié, mais c'est "performance".
02:27 On va parler de performance, de spectateurs.
02:30 Elles sont complètement spontanées et instantanées, c'est-à-dire que rien ne se prépare à l'avance,
02:34 tout se crée dans l'instant présent en fait, c'est ça ?
02:37 - Exactement. On se donne éventuellement des durées d'exploration de certains médiums
02:43 pour que ça reste dans une compatibilité,
02:47 mais après on est vraiment sur l'idée de ce qui se passe au moment où on se retrouve tous ensemble.
02:52 - Alors pour ça, vous associez, j'imagine, beaucoup de sons, de musique, en live,
02:57 parce que les musiciens jouent en live, un batteur par exemple.
03:01 - Voilà, le son est prépondérant, la rythmique et le son sont prépondérants.
03:05 Tout le monde y a accès à l'idée, c'est aussi que chaque artiste interroge son propre médium
03:10 et essaye de comprendre comment il peut le démultiplier pour le rendre accessible à chacun.
03:14 Le batteur n'est pas celui qui jouera forcément de la batterie le jour où il viendrait.
03:18 - D'accord. Vous vous appuyez aussi sur des images, il y a des photographes qui peuvent éventuellement intervenir,
03:23 sur des accessoires, pour ceux qui nous regardent sur France 3,
03:26 on voit des images par exemple de quelqu'un avec ses restaurants,
03:28 c'en est pas une, mais un peu une couverture de survie, enfin une couverture dorée,
03:32 donc vous vous appuyez sur des accessoires aussi par exemple ?
03:34 - Sur tout ce qu'il peut faire. Alors ça c'est plutôt le travail des plasticiens et des plasticiennes,
03:38 mais effectivement c'est surtout ce qui peut être utile pour, soit à un moment,
03:42 récupérer aussi un peu d'intimité, des fois, la couverture, les espaces comme ça,
03:47 sont un peu l'idée aussi de pouvoir trouver une façon de rester cohérent dans le groupe
03:52 tout en étant un peu plus dans sa propre pratique.
03:57 - Et alors, Mathias Beller, il se passe quoi du coup ?
04:01 - C'est à venir voir absolument.
04:04 Il se passe que, l'idée pour nous, elle était assez simple,
04:08 c'est comment on peut créer du langage, comment on peut parler ensemble,
04:11 en intégrant totalement la singularité de chacun.
04:17 - Le son, la musique, l'image, permet justement ce dialogue qui dans,
04:22 de façon courante, dans la vie de tous les jours est plus compliqué,
04:25 avec des personnes souffrant de troubles autistiques, c'est ça aussi un peu l'idée ?
04:29 - En tout cas ce sont des outils qu'on essaye de rendre accessibles
04:32 et qui effectivement nous permettent à nous de comprendre un petit peu ce qu'on essaye de nous dire.
04:37 Parce que le travail il se fait souvent dans ce sens-là.
04:39 - Alors voilà, parce que j'imagine qu'il y a une vertu thérapeutique à cette expérience,
04:45 mais la thérapie elle n'est pas forcément pour ceux qu'on croit, si j'ai bien compris.
04:49 - Je pense que nous on n'est absolument pas dans l'art-thérapie,
04:54 on n'est absolument pas dans l'atelier d'expression,
04:56 - C'est pas votre ambition de départ.
04:57 - C'est ni l'ambition, ni la...
04:59 - Votre ambition elle est d'abord artistique, il faut le dire.
05:01 - Elle est uniquement artistique, il se trouve que effectivement si thérapie il y a,
05:06 elle est pour nous, c'est comment effectivement nous progressons.
05:09 Nous artistes, comment on progresse dans nos médiums
05:12 pour arriver à s'exprimer le plus précisément possible
05:15 à des gens qui effectivement ne sont pas dans une compréhension immédiate,
05:18 ou en tout cas classique et traditionnelle.
05:20 - Mais pour les personnes qui elles souffrent de troubles autistiques,
05:23 et on sait qu'il y a plusieurs degrés,
05:25 - Il y a un spectre, on parle de spectre.
05:28 - On parle de spectre absolument.
05:30 - Je veux dire, ça leur apporte quoi concrètement quand même ?
05:33 - Ça leur apporte quelque chose ?
05:35 - Alors on travaille depuis le début avec un établissement qui s'appelle Tentative,
05:39 qui est situé à Saint-Hyppolyte-du-Fort,
05:41 - Dans le Gard, oui.
05:42 - Effectivement dans le Gard, et le directeur est un...
05:45 alors pour ceux qui connaissent, a travaillé avec Fernand Deligny,
05:48 et effectivement la seule chose qu'il nous a dit, c'est s'ils viennent,
05:52 c'est qu'ils sont d'accord avec le principe.
05:55 On est effectivement sur des personnes du spectre autistique
05:58 qui sont non-verbalisants.
06:00 - Non-verbalisants, c'est-à-dire qu'ils ne communiquent pas ?
06:02 - Ils ne parlent pas.
06:03 - Ah oui, ils ne parlent pas.
06:04 - Parler, il y a d'autres systèmes de communication.
06:07 - Bien sûr, bien sûr, mais ils ne parlent pas.
06:09 - Ils ne parlent pas, mais par contre leur simple présence atteste
06:12 de leur envie et de leur nécessité de venir.
06:15 - Et cette communication du coup, s'ils ne parlent pas, elle s'effectue comment ?
06:18 - Beaucoup par le corps,
06:20 par un travail corporel, par un travail d'écoute,
06:24 par un travail de regard, et un travail progressivement participatif.
06:28 Effectivement, quand quelqu'un tout d'un coup quitte son mutisme
06:32 et son immobilité pour venir participer à une proposition qui est en cours,
06:38 pour nous, c'est le démarrage.
06:42 - Oui, alors ces performances, vous ne les effectuez fort heureusement pour nous,
06:45 pas que dans le Gard ?
06:46 - Non.
06:47 - Puisqu'à partir de jeudi, vous investissez donc les AT, la Bulle Bleue ?
06:52 - Qui est un partenaire, qui a été le premier partenaire,
06:55 un des premiers partenaires, évident.
06:57 - Alors, on va rappeler que c'est un établissement et service d'aide par le travail,
07:01 et la particularité de la Bulle Bleue, c'est que c'est aussi un espace de création artistique
07:07 animé par des comédiens et des techniciens souffrant eux-mêmes de troubles autistiques.
07:11 Donc c'était vraiment l'endroit idéal pour ça.
07:13 - Alors de troubles autistiques et autres handicaps,
07:16 c'est des personnes en situation de handicap,
07:18 effectivement il y a une compagnie permanente d'une douzaine de comédiens,
07:21 j'espère que je n'en oublie pas.
07:23 C'est effectivement un lieu et un espace qui est inespéré pour nous.
07:29 - Et donc vous êtes à partir de jeudi, ça va durer 3 jours, c'est quoi le programme alors ?
07:33 - On y est à partir d'aujourd'hui, parce qu'on a tout un travail pour ça.
07:36 - Mais pour le public, c'est à partir de jeudi je crois ?
07:39 - À partir de jeudi 14h, alors la date de jeudi est déjà pleine,
07:42 donc pensez à réserver sur le site de labullebleu.fr, ça sera le plus simple.
07:47 Mais effectivement, à quoi va assister le public ?
07:51 Pasolini disait "le spectateur est responsable à 80% du spectacle qu'il va voir"
07:56 donc il va assister à ce qu'il voudra assister.
08:00 Et vraiment j'insiste là-dessus, c'est quelque chose où on ne va pas forcer les gens,
08:04 je parlais de la notion de spectateur,
08:06 il y a la possibilité de se mettre à l'écart, mais de rester dans un regard actif.
08:11 - Alors on peut ne pas participer ?
08:12 Il y a des gens qui n'ont peut-être pas forcément envie ?
08:15 - Non, on sera obligé de participer si on rentre dedans, mais pas physiquement.
08:21 On peut participer en étant un regard attentif.
08:24 - Ah, ça aussi c'est une façon de communiquer.
08:27 - C'est une façon de communiquer, on termine tous ces moments de performance
08:31 par un temps de discussion ouvert où chacun a la parole et doit parler.
08:37 - Bon jeudi c'est complet, vendredi peut-être pas.
08:39 - Vendredi 14h c'est complet, 20h n'est pas complet.
08:42 - Ah, parce qu'il y a plusieurs séances.
08:44 Il y a deux séances vendredi, une à 20h, une à 14h, une à 14h, une à 20h.
08:48 - Et samedi, il se passe quoi ?
08:49 - Alors samedi c'est un peu spécifique, on va vers un aspect plus performatif là pour le coup,
08:54 où effectivement il y a un live vidéo, son et texte mené par Cyril Loukournais qui est vidéaste,
09:05 Mélen et Anthony qui sont deux comédiens de La Bulle Bleue et de Les Zad Kennedy,
09:10 mais j'ai pas le temps d'expliquer trop la différence, et je serai au son.
09:14 Ça c'est à 17h30, il y a une ouverture aussi de l'espace d'exposition,
09:19 parce qu'il y a une exposition de toutes les traces des huit précédentes résidences,
09:23 et à 19h je crois il y a un concert de Post Coitum qui sont les deux musiciens
09:29 qui nous accompagnent également, et on finira en buvant un verre.
09:33 - Et quand on participe à une expérience comme ça, on en ressort transformé quelque part ?
09:38 En tout cas le regard a changé aussi ?
09:40 - Moi j'aime bien la notion de bouleversement en ce moment,
09:43 j'ai appris que quand on était bouleversé, l'ADN était modifié.
09:47 - Bon, on s'arrêtera là-dessus. Merci Mathias Beller de la compagnie Montpellier Rennes,
09:51 nu collectif, nu pourquoi nu ?
09:53 - Nos urgences, et autres.
09:56 - Merci d'être venu ce matin dans le 6/9 pour nous parler de ce laboratoire nomade de création collaborative.
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