00:00 Bonjour François Soudan.
00:04 Bonjour Marion.
00:05 Le journal revient sur deux personnages au Gabon qui, dites-vous, ont joué un rôle
00:10 clé dans la déchéance de l'ancien président, son épouse Sylvia et son fils Nourédine.
00:14 Dans le fond, François Soudan, qu'est-ce que les Gabonais reprochent à leur ancienne
00:18 première dame ?
00:19 De cette crise pour la vice-présidente, ou plutôt la présidente-pisse du Gabon, tout
00:23 simplement, c'est ce qui ressort en tout cas de ce portrait signé Georges Nouguéli.
00:27 Sylvia Bongo-Ondimba, elle était crouée depuis le 12 octobre à la prison centrale
00:31 de Libreville, inculpée pour usage de faux blanchiment de capitaux, autant d'apputations
00:36 d'ailleurs qu'elle conteste.
00:37 C'est une personnalité complexe, Sylvia, fille d'un universitaire et d'un assureur
00:41 établi au Gabon, tout proche d'Omar Bongo, qui a fait la connaissance d'Ali à la fin
00:46 des années 80, qui l'a épousée en 2000 après des années de vie commune souvent
00:50 tumultueuses et qui apparaît réellement sur le devant de la scène politique à partir
00:54 du second mandat d'Ali Bongo-Ondimba.
00:56 Jusque-là, de 2009 à 2016, Sylvia se contente de gérer à la fois sa propre fondation humanitaire
01:02 et le palais du bord de mer, d'où elle bannie les groupes dans ce traditionnel d'ailleurs
01:06 pour les remplacer par des majordomes britanniques, ainsi que les biens achetés par son mari
01:10 à l'étranger, comme le palais Pozzo di Borgo à Paris, acquis pour 100 millions d'euros
01:14 et qu'elle rénove à très grands frais.
01:15 Alors en août 2016, Ali Bongo-Ondimba est réélu dans des conditions qu'on connaît,
01:19 calamiteuses, et s'il vient prendre l'importance, elle deviendra incontournable après le
01:24 l'AVC qui frappe son mari deux ans plus tard.
01:26 Depuis et jusqu'au 30 août dernier, c'est elle qui régulait d'une main de fer tous
01:30 les accès au président, n'hésitant pas à rabrouer, voire à humilier, ministres,
01:35 premiers ministres et même généraux.
01:36 C'est cette griserie du pouvoir, alors qu'une première dame n'est pas une élue du peuple,
01:41 qui fait qu'elle concentre aujourd'hui sans doute avec excès tant d'animosité,
01:45 surtout de la part de ceux qui ont plié devant elle et qui parfois ont chanté ses louanges.
01:49 Sylvia avait un vrai côté progressiste sur les sujets de société, comme l'égalité
01:54 des hommes-femmes, les droits des homosexuels, mais les Gabonais ne retiennent d'elle que
01:57 son côté.
01:58 Imelda, Marcos, Marion, ils attendent avec impatience son procès.
02:02 Et alors est-ce que Sylvia Bongo préparait son fils pour la succession, comme on l'a
02:07 dit ?
02:08 En fait, le système Sylvia a mis en place à partir de 2018 était avant tout dédié
02:12 à son fils, effectivement Nourdine, qu'elle voyait manifestement au successeur de son
02:16 père.
02:17 Nourdine, c'est un jeune trentenaire, un golden boy, qui a fait de bonnes études en
02:21 Grande-Bretagne, puis a commencé sa vie professionnelle au sein du groupe singapourien OLAM, avant
02:26 de rejoindre la présidence en 2019 avec le titre de coordinateur des affaires présidentielles.
02:30 Très vite, là aussi, Lubris, le vertige du pouvoir et de l'argent facile, le rattrape.
02:34 Lui et son équipe de collaborateurs qu'on appelle à Libreville, à Young Team, alors
02:39 profitant de l'impotence de son père et des faveurs de sa mère, il convoque les ministres,
02:43 il malmène le premier d'entre eux, il se permet même d'apostropher devant ses hommes
02:48 le chef de la garde républicaine, un certain général, Brice Oligine Gueva, qui on le
02:52 sait maintenant, ne lui pardonnera pas ses affronts.
02:54 Tout ça sur fond de cantines pleines de billets de banque, stockés dans des villas, et dit-on,
02:58 mais cela reste à prouver, de falsification de la signature du chef de l'État.
03:02 Nourdine, comme sa mère, est à la fois craint, détesté par la famille Bongo et les caciques
03:06 du régime, pour qui l'un et l'autre ont en quelque sorte pris le président en otage.
03:10 C'est lui et ses proches qui, lors de l'élection présidentielle d'août dernier, imposent
03:14 des résultats contraires au verdict des urnes et ordonnent au général Oligine Gueva de
03:18 se tenir prêt à réprimer les contestations.
03:20 C'est la goutte d'eau de trop et on connaît la suite Marion.
03:23 Merci François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique.
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