00:00 *musique*
00:25 Faire l'humour dans une langue étrangère.
00:27 J'ai déjà mentionné cette information mais il se trouve que j'ai habité pendant 14 ans hors de France dans 3 pays différents, donc avec 3 humours différents.
00:34 L'humour allemand, qui est un peu l'humour de Schrödinger, on n'est pas vraiment sûrs.
00:37 *rires*
00:39 L'humour danois qui repose sur le sarcasme, vraiment très dur.
00:41 Et l'humour états-unien qui a l'avantage, soit les deux autres, de faire rire et même de faire rire au-delà de ses frontières.
00:47 Les américains exportent-ils leur humour parce qu'on est imbibé depuis l'enfance de la langue anglaise ?
00:52 Y mettent-ils plus de moyens ? Travaillent-ils plus leurs vannes ? Je sais pas.
00:56 Mais ça pourrait bien être le moment de cet édito où apparaît mon double maléfique, Maya Mazemour.
01:01 Oh my god !
01:03 Eh j'ai envie de la voir !
01:04 Non ! Faut que je perde un peu des cheveux peut-être.
01:07 Avec la globalisation des plateformes comme Netflix ou Amazon, l'humour américain pourrait écraser tous les autres.
01:12 Sauf qu'évidemment, ça marche pas comme ça.
01:14 Déjà parce que les Etats-Unis sont multiculturels donc y a pas d'humour national.
01:17 Et ensuite parce que la puissance de l'anglais n'affaiblit pas le français.
01:20 Notre cerveau a quand même de la place pour plusieurs langues.
01:22 Au pire, on deviendra bilingue, franchement ça va.
01:25 Et puis pour les autres, il restera toujours les sous-titres, les doublages ou les applis de traduction.
01:28 Ceci dit, comprendre l'humour est une chose.
01:31 Faire de l'humour en est une autre.
01:33 Quid des humoristes français qui voudront faire des carrières à l'international ?
01:36 Comme toi peut-être après les flics ?
01:37 Oui, vers la rue Luxembourg.
01:39 Exactement, tout à fait.
01:40 Quid des gens drôles en français qui deviennent sinistres dans une autre langue ?
01:44 Eh bien, je suis passée par là.
01:45 Donc sachez qu'avant de devenir volontairement drôle dans une langue étrangère, on est drôle involontairement.
01:49 C'est vrai !
01:50 Eh oui, je suis mariée depuis 9 ans avec un américain.
01:52 Et même après tout ce temps, je confonds les mots "menottes" et "bouchons de manchette"
01:56 "handcuffs" et "cufflinks".
01:58 Donc quand on cherche une télé chic pour aller à un mariage, je propose à mon mec d'enfiler des menottes.
02:02 De son côté, je n'oublierai jamais le jour où il a dit aux cavistes qu'il adorait le trottoir français.
02:06 Il voulait dire le terroir français.
02:08 C'est pas du déproche ni du faux-estime, mais quand même, ça rend le quotidien plus drôle.
02:12 Ou plutôt fun.
02:13 Mais aujourd'hui, pour enrichir cette réflexion, tu reçois Sébastien Marx.
02:17 Bonjour Sébastien Marx.
02:18 Bonjour.
02:19 "Hello" d'ailleurs.
02:20 "Hello".
02:21 Je voudrais juste préciser qu'on n'est pas frères, Yasha et moi.
02:23 Avec nos accents, avec la physique, les lunettes et tout ça, on n'est pas frères.
02:28 Effectivement, ce sont deux personnes différentes.
02:30 Et vous, vous êtes l'humoriste.
02:31 Vous avez commencé le stand-up à New York avant de tomber amoureux d'une française,
02:34 qui n'est donc pas moi.
02:35 Et puis, vous faites du stand-up ici en France, en français et en anglais.
02:39 Ça va, vous ne confondez jamais les deux en commençant les spectacles ?
02:42 Parfois.
02:43 Et surtout, j'ai l'impression que mon cerveau est limité.
02:46 Quand j'apprends un nouveau mot français, il y a forcément un mot anglophone qui disparaît.
02:51 J'ai l'impression que je ne parle aucune langue bien maintenant.
02:54 C'est officiel.
02:55 Comment vous définiriez l'humour français ?
02:57 C'est assez varié aussi.
02:59 Parce que vous avez dit que l'humour américain, le peuple américain est très varié.
03:04 Je trouve que même en France, c'est assez varié.
03:06 Donc c'est difficile à dire qu'il y ait un humour français.
03:09 L'humour parisien est plus drôle que l'humour breton ou pas ?
03:12 L'humour breton est le meilleur au monde.
03:16 L'humour breton, tu regardes des produits de Ferger.
03:19 Je me sens très menacé là.
03:21 En général, je trouve que la culture d'humour française, c'est plus vers le jeu d'acteur.
03:29 Tandis que l'humour américain est plus sur l'écriture d'une bonne blague.
03:33 Alors comment vous vous êtes intégré à l'humour français ?
03:35 J'essaie encore de m'intégrer.
03:38 Vous faites des spectacles, mais vous n'êtes pas complètement prêt ?
03:41 Je me sens toujours à l'écart.
03:44 C'est hallucinant, ça fait presque 20 ans que je suis là.
03:47 Je me sens toujours un peu à "fish out of water".
03:50 Un poisson hors l'eau.
03:52 Je parle toujours de ce décalage.
03:55 Mais moi, c'est avec beaucoup de boulot.
03:57 J'ai observé beaucoup la culture française et les français avant de commencer à créer des blagues là-dessus.
04:02 Et j'ai l'impression qu'il faut quand même bien connaître la culture dans laquelle on joue.
04:07 La langue dans laquelle on joue et la culture dans laquelle on observe.
04:11 Avant de faire des blagues.
04:14 Ça aide.
04:15 Vous avez passé combien de temps en France avant d'oser jouer en français ?
04:18 Quelques années.
04:20 Déjà, je parlais zéro français.
04:22 Donc j'ai appris que ça aide de parler la langue.
04:26 C'est mieux, sauf si on veut faire du mime.
04:29 Ça m'a pris quelques années, 3-4 ans.
04:33 J'ai tenté assez rapidement de jouer en français.
04:36 J'avais mon texte que j'ai appris phonétiquement.
04:39 On dirait un gamin de 7 ans qui récitait de la poésie devant sa classe.
04:44 C'était vraiment pourri.
04:46 Donc j'ai fait des blagues comme ça.
04:48 Évidemment, les gens ne rigolaient pas.
04:50 Mais aujourd'hui, ça va mieux.
04:52 Je suis beaucoup plus à l'aise.
04:54 Même si je fais de la faute tout le temps.
04:56 Mais j'ai appris à être détendu là-dessus.
05:00 Vous faites corriger vos textes par des français ?
05:02 Oui.
05:03 Pour le mot ou pour les fautes de grammaire ?
05:06 Pour notamment les fautes de grammaire.
05:08 Parce qu'il faut que ça soit compréhensible.
05:10 Parce que je peux faire des fautes à un tel point qu'on ne comprend pas la blague.
05:14 C'est mieux quand même d'avoir ma chérie qui est française.
05:18 Donc elle me corrige pas mal.
05:20 Et aussi parce qu'elle est drôle, elle rend.
05:22 Parfois, elle trouve une meilleure formulation.
05:25 Donc ça aide.
05:26 Ça aide quand même toujours d'avoir un œil français sur mon texte.
05:29 Mais parfois, il y a des choses que j'ai faites qui sont de l'impro, qui sortent de ma bouche.
05:34 Et parfois, c'est drôle. Encore plus drôle parce que c'est maladroit.
05:37 Nous, Sébastien, on se connaît depuis longtemps puisqu'on partage la scène depuis plus de dix ans.
05:41 Je vous ai vu jouer en français pour des français, en anglais pour des français, en anglais pour des américains.
05:46 Et ce qui est assez saisissant, c'est que vous n'avez pas du tout le même personnage sur scène.
05:50 En fonction de la langue que vous adoptez.
05:52 En français, il y a un petit côté enfantin.
05:55 C'est très mignon.
05:56 Alors qu'en anglais, vous avez un petit côté Marc Ruffalo.
05:58 Voilà, je vais le dire comme ça.
06:00 Non mais c'est vrai, vous êtes beaucoup plus adulte en anglais.
06:03 J'imagine parce que c'est la langue.
06:05 Est-ce que c'est frustrant pour vous ?
06:07 Oui, c'est frustrant.
06:08 Mais en fait, j'aime les deux.
06:10 Pour les deux raisons différentes.
06:12 Vous aimez vos deux personnalités ?
06:13 Oui.
06:14 Et malgré moi, ce n'est pas fait exprès.
06:15 J'ai l'impression que quand je joue en français, je rends visite à mon public.
06:19 Tandis que quand je joue en anglais, j'ai l'impression que c'est le public qui rend visite chez moi.
06:24 Partiellement parce qu'on n'est pas aux États-Unis.
06:26 Donc quand je joue en anglais en France, je sais que la moitié du public n'est pas forcément américain ou pas forcément anglophone.
06:33 Et donc du coup, j'ai l'impression que je maîtrise le sujet mieux qu'eux.
06:36 Tandis que quand je joue en français, c'est l'inverse.
06:39 Et malgré moi ou inconsciemment, ça me fait une autre posture sur scène.
06:46 Et quand vous jouez aux États-Unis par exemple, vous devez être complètement perdu ?
06:51 Complètement.
06:52 Là cet été, j'étais à New York, j'ai joué un peu, j'ai fait un spectacle franglais.
06:56 Parce que je n'étais pas sûr dans quelle langue il fallait jouer.
07:00 Parce que mon public était plutôt de français qui habitent à New York.
07:03 Mais en même temps, je voulais quand même avoir la touche française.
07:07 Mais en même temps, je savais que tout le monde dans la salle parlait anglais.
07:10 Donc c'était bizarre.
07:11 Et donc c'était bizarre pour moi de jouer en anglais pour le public français aux États-Unis.
07:16 Donc il y a plein de dimensions.
07:18 Et du coup aussi, ça joue sur l'humour.
07:20 Parce que là, on parle uniquement de la langue.
07:23 Mais après, il y a la culture qui n'est pas forcément pareille.
07:26 Et donc vraiment, il y a plein de couches qui rend mon boulot assez confortable.
07:30 Il n'y a quoi qui ne fait vraiment pas rire les français alors que vous pensez que vous feriez un carton avec la même blague aux États-Unis ?
07:35 Par exemple, j'ai une blague où je me moque de ma chérie française qui fume beaucoup.
07:39 Et je dis que...
07:41 C'est plutôt une blague que je fais uniquement en anglais.
07:43 Et je dis, parce qu'elle est française, elle ne fume pas vraiment, elle respire tout court.
07:48 Et ça va beaucoup mieux.
07:50 Parce que nous, on a le cliché que les français fument beaucoup.
07:53 Tandis que vous, vous avez l'impression que c'est plutôt les américains qui fument beaucoup.
07:57 Parce que vous avez vu le pub de Marlboro et tout ça, que vous pensez que tous les américains sont comme dans les films.
08:04 Tandis que nous, c'est vraiment vous qui fumez beaucoup.
08:07 Et donc voilà la blague tombe en place si on n'a pas ce cliché sur le français.
08:11 Vous avez peur de quoi ? De perdre quoi, vous, Yashamon, quand vous vous expliquez dans une autre langue que la vôtre ?
08:16 Une partie c'est de ne pas être exact.
08:20 Simplement si on parle de sujets un peu compliqués, on a toujours la peur qu'on va faire l'impression d'avoir une pensée plus simple que celle qu'elle est vraiment.
08:29 Mais la deuxième partie qu'évoque aussi Sébastien, c'est un peu la personnalité.
08:33 Parce qu'on change de personnalité en chaque langue dans laquelle on parle.
08:36 Et alors du coup, on peut apparaître à soi-même un peu étrange.
08:40 En un mot pour finir Sébastien Marx, est-ce que c'est vrai qu'on est le pire public du monde, nous les français ?
08:46 Les parisiens, oui.
08:49 Très bien, on en reste là-dessus. Merci beaucoup Sébastien Marx.
08:52 Votre spectacle "On est bien là" se joue actuellement et jusqu'au 30 décembre à la Comédie de Paris, puis en tournée partout en France.
08:59 C'est ça, merci.
09:01 Tchou-tchou !
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