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00:02 RTL midi. Agnès Bonfillon, Vincent Paréseau.
00:07 Glyphosate, il n'y a aucun rapport qui dit que c'est innocent.
00:10 Moi, les ouvriers agricoles, les consommateurs qui demain diront "vous aviez le glyphosate, vous le saviez, vous n'avez rien fait"
00:16 ils me regarderont les yeux dans les yeux.
00:18 C'était il y a plus de six ans. En 2017, Emmanuel Macron promettait l'interdiction du glyphosate sous trois ans.
00:26 On pensait que ce serait stop.
00:28 Exactement.
00:29 On pensait encore.
00:30 Parfaitement. Ce désherbant qui fait polémique vient de voir son utilisation prolongée de dix ans par la Commission européenne.
00:36 Et pour en parler avec nous, nous voulions être avec Sabine Grataloup. Bonjour madame.
00:41 Bonjour.
00:42 Vous êtes la maman de Théo, 16 ans. Théo, il est né avec une grave malformation du larynx, de l'osophage et du système respiratoire.
00:49 Et en mars 2022, enfin, les experts du Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides ont reconnu pour la première fois l'utilisation du glyphosate
01:00 pendant votre grossesse et la maladie de Théo. Ils ont reconnu le lien.
01:04 C'était une première, donc vous avez été indemnisée.
01:07 Madame, les avis sont toujours très partagés, y compris au sein de la communauté scientifique.
01:11 Qu'est-ce qui a fait que dans votre cas, la justice s'est prononcée en faveur d'une indemnisation ?
01:18 En fait, dans notre cas, d'abord, ce n'est pas la justice qui s'est prononcée.
01:22 C'est le comité d'experts du Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides.
01:28 C'est un fonds qui a été mis en place par l'État tout à fait officiellement.
01:35 Et le comité d'experts est composé de médecins et de professeurs universitaires sélectionnés par un conseil.
01:47 Donc leur expertise n'est absolument pas contestable.
01:52 Et ce sont ces personnes qui se sont prononcées sur la base du dossier qu'on leur avait envoyé,
01:59 qui fait plus de 1000 pages, en se basant sur des études et des témoignages, des données épidémiologiques.
02:09 Ça veut dire, Céline Gratalouc, que pour ces experts, il n'y a aucun doute,
02:14 c'est le glyphosate qui est à l'origine de la malformation de Théo.
02:21 Aucun doute, on ne peut jamais dire ça, puisqu'il faudrait faire des analyses au moment où les malformations se font.
02:28 Mais en tout cas, ils se sont prononcés avec le plus haut niveau de certitude qui leur était permis par la loi.
02:35 C'est-à-dire que pour donner leur avis, c'est très cadré, puisque c'est une loi et un décret qui ont créé ce fonds.
02:43 Le mandat qui leur est donné, c'est d'évaluer la possibilité de lien de causalité entre la pathologie de l'enfant
02:50 et l'exposition aux pesticides durant la période prénatale du fait de l'activité professionnelle de l'un ou des deux parents.
02:56 Ça, c'est la question qui leur est posée. Et pour répondre à ça, ils peuvent cocher deux cases, retient ou ne retient pas.
03:03 Donc eux, ils ont coché la case "retient la possibilité de lien de causalité".
03:08 Voilà, c'est le plus haut niveau de certitude qui leur était permis par la loi.
03:13 Et en tout cas, un niveau de certitude suffisamment élevé pour derrière déclencher une indemnisation.
03:18 – Vous vous attendiez à la reconduction du glyphosate hier ? Vous avez été surprise ?
03:24 – On y croit toujours jusqu'au bout, parce qu'on s'est vraiment énormément mobilisés.
03:29 Moi-même, je n'avais pas pris la parole jusqu'à quelques jours avant le vote.
03:37 Mais de nombreux scientifiques se sont mobilisés pour dire,
03:43 on ne peut plus laisser dire que ce produit est sans danger, il y a un consensus scientifique.
03:48 – Vous dites qu'aujourd'hui, il y a un consensus scientifique pour dire que le glyphosate est un produit dangereux ?
03:56 – Oui, bien sûr. De nombreux scientifiques ont pris la parole justement pour rectifier
04:03 ce qui était parfois dit sur les réseaux sociaux et dans certains articles.
04:09 Et des scientifiques dont on ne peut absolument pas remettre en cause l'expertise.
04:15 Vous voyez, il y a par exemple Bernard Koumoul, qui a été un co-auteur de l'expertise de l'Infirm,
04:21 qui dit "sur le glyphosate, on ne peut pas continuer à mettre de côté nos expertises".
04:25 Baz Blum, spécialiste mondial de la maladie de Parkinson, qui a appelé à interdire le glyphosate,
04:32 parce que le nombre d'études qui pointent un effet neurotoxique du glyphosate est vraiment prevant.
04:40 – Alors l'explication c'est quoi ? C'est que le lobby de la chimie l'a encore emporté au niveau politique ?
04:48 – Il y a des contraintes, il y a des enjeux économiques.
04:53 Donc oui, le gouvernement a fait un choix qu'il n'a pas le courage d'assumer.
04:59 Ça c'est ce que je regrette quand même, parce qu'il savait très bien que s'abstenir lors de ce vote,
05:05 ça allait ouvrir la voie à, derrière, une décision renvoyée au niveau de la commission,
05:11 qui n'allait pas pouvoir faire autre chose que d'enteriner le texte qu'elle avait elle-même proposé.
05:16 Donc ça c'est vraiment, je vais dire, lâche et honteux de ne pas avoir eu le courage de ces choix.
05:24 Le gouvernement aurait vraiment dû voter contre la reconduction du glyphosate
05:30 si leur priorité était le respect de la science et surtout la santé des concitoyens.
05:37 – Lâche et honteux, c'est ce qu'on retient de votre intervention.
05:41 Merci beaucoup Sabine Grattaloup, donc la maman de jeune Théo.
05:46 – Dans un instant, RTL midi, votre vie, attention, préavis de rêve, j'ai bien dit de rêve.
05:52 Non mais je rêve là !
05:54 [SILENCE]
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