Alexandre Arcady : "Je n’imaginais pas que ce film sortirait dans un moment plus que trouble, plus que délicat, plus que difficile"

  • l’année dernière
Alexandre Arcady passe ses premières années à Alger. Lui-même juif, il grandit dans un immeuble où se mêlent toutes les cultures et les religions. Lorsque la guerre d'Algérie éclate, il voit l'équilibre de son quotidien vaciller et finit par s'exiler avec sa famille en banlieue parisienne, en 1961. En même temps, il découvre le cinéma, qui le fait rêver. Le réalisateur a tiré un film de son enfance, "Le Petit Blond de la Casbah", en salles ce mercredi 15 novembre. Pour Yahoo, il raconte ses souvenirs d'Alger, les coulisses de son dernier long-métrage et revient sur sa carrière, dont les thématiques des films résonnent aujourd'hui d'une manière particulière.
En effet, les actes antisémites se multiplient depuis l'attaque terroriste d'Israël par le Hamas pendant un festival de musique, le 7 octobre, et les bombardements ordonnés par le gouvernement israélien qui ont suivi à Gaza, sur le territoire où vivent plus de 2 millions de palestiniens. Pour autant, Alexandre Arcady affirme ne pas vivre dans la peur, à titre personnel. En revanche, il s’inquiète du futur, sans pour autant perdre complètement espoir. “Mon judaïsme, je l’ai toujours porté avec fierté, sans en faire un étendard, naturellement. Je n’ai pas peur aujourd’hui en France, ce que je crains c’est plutôt pour mes enfants, mes petits-enfants… Là oui, voilà, je me dis ‘Ah quand même, quand même, quel monde on leur offre si ça ne s’arrange pas ?’ Je n’imaginais pas en réalisant ce film que la sortie coïnciderait avec un moment plus que trouble, plus que délicat, plus que difficile. C’est compliqué, aujourd’hui on est dans des points de rupture qui sont incompréhensibles. Je suis triste, inquiet, par rapport à ce qui se passe, mais pas désespéré. On va retrouver le jour, j’en suis sûr."

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Transcript
00:00 Il y a environ 30 ans, j'ai fait un film qui s'appelait "L'Union sacrée".
00:04 C'était déjà les prémices d'un premier signalement.
00:08 Je disais "attention, il y a un islam radical qui pointe son nez
00:12 et la solidarité entre juifs et arabes, elle est nécessaire".
00:16 Plus tard, en faisant un film sur Ilan Halimi,
00:22 j'ai dit "là, c'est plus un signal, c'est quelque chose qu'il faut prendre au sérieux".
00:26 Malheureusement, j'ai eu raison.
00:28 Vous savez, quand j'ai fait ce film qui s'appelait "L'Abam au pays",
00:31 je ne pouvais pas rester étranger à la souffrance des Algériens
00:34 face à une guerre terrible qu'ils vivaient contre cet islam radical
00:39 qui était le fils, qui a fait quasiment 300 000 morts, je crois.
00:43 Mon judaïsme, je l'ai toujours porté avec fierté,
00:46 sans en faire un étendard, naturellement.
00:49 Je n'ai pas peur aujourd'hui en France.
00:51 Ce que je crains, c'est plutôt pour mes enfants, mes petits-enfants.
00:53 Là, oui, voilà, là, je me dis "quand même, quand même".
00:57 Quel monde on leur offre si ça ne s'arrange pas ?
01:00 Je n'imaginais pas en réalisant ce film que la sortie
01:04 coïnciderait avec un moment plus que trouble, plus que délicat, plus que difficile.
01:09 C'est compliqué.
01:11 Aujourd'hui, on est dans des points de rupture qui sont incompréhensibles.
01:17 Fondamentalement, la majorité ne sont pas comme ça.
01:20 Enfin, des communautés.
01:21 Il y a chez chacun de nous quelque chose de l'humain qui reste.
01:25 Il y a plus de choses qui unis aujourd'hui les musulmans et les juifs,
01:30 et les catholiques, que ce qui nous déchire.
01:34 Je suis triste, inquiet par rapport à ce qui se passe, mais pas désespéré.
01:39 Vous savez, ma grand-mère disait une chose,
01:41 "la bougie, je la vois au bout du tunnel".
01:44 Alors, je pense que cette bougie, elle doit être là, il ne faut pas qu'elle s'éteigne.
01:48 Parce qu'on va la retrouver, on va la retrouver le jour, moi je suis sûr.
01:51 [Générique]
01:53 Merci.

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