00:00 Pour la 7e fois, depuis qu'Emmanuel Macron est à l'Elysée,
00:02 nous étudions donc le budget de la sécurité sociale
00:05 présenté par son gouvernement.
00:08 Et pour la 7e fois, il est en déficit.
00:11 Et lorsque le chef de l'Etat quittera l'Elysée,
00:14 il sera encore en déficit,
00:15 selon la trajectoire prévue par le gouvernement,
00:18 et il sera encore plus en déficit qu'aujourd'hui.
00:22 Cette trajectoire est inédite.
00:25 Le gouvernement n'arrive pas à rétablir les comptes.
00:28 Et de fait, il fragilise la sécurité sociale
00:30 dans ses fondements, puisqu'il projette l'idée
00:33 que notre système de sécurité sociale
00:35 n'est pas soutenable, n'est pas tenable dans la durée.
00:39 Nous avons beaucoup débattu au printemps
00:40 de la 1re masse financière de ce budget,
00:44 le système de retraite.
00:45 Je ne m'y attarderai pas.
00:46 Ma collègue Monique Lubin y reviendra.
00:50 Qu'en est-il du budget santé du pays ?
00:52 Il progresse cette année de 3,2 %,
00:55 soit un peu plus que l'inflation prévue
00:58 après une année 2023 marquée
00:59 par une progression inférieure à l'inflation.
01:03 Mais cette année, cette hausse doit intégrer
01:06 de nombreux effets de revalorisation,
01:08 et ils sont tellement importants
01:11 qu'ils vont consommer plus de 90% de cette hausse,
01:14 et qu'il ne restera quasiment rien
01:17 pour la progression de l'inflation,
01:21 les nécessités diverses et variées
01:24 d'amélioration du fonctionnement de notre système de santé.
01:28 Et donc, ce budget, s'il était respecté,
01:32 ce qu'à peu près personne ne croit,
01:35 eh bien, il financerait moins de soins
01:38 en 2024 qu'en 2023,
01:40 car le coût de ceux-ci progresse plus vite
01:42 que l'enveloppe allouée.
01:44 On apprend à l'école primaire
01:46 que si en N+1, vous avez 12 euros,
01:49 alors qu'en année N, vous aviez 10 euros
01:52 pour acheter des tomates
01:53 et que le prix du kilo est passé de 5 à 7 euros,
01:56 eh bien, vous achetez moins de tomates en année N+1.
01:58 C'est ce qui arrive avec votre budget.
02:01 Vous tracez donc le même sillon que depuis des années,
02:05 celui de la contrainte de l'offre pour comprimer la dépense.
02:09 C'est une politique qui a démontré son inefficacité
02:12 depuis des années.
02:14 C'est une politique qui crée de la désespérance
02:16 chez les personnels du soin.
02:18 Elle induit chez eux le sentiment
02:20 qu'ils ne peuvent remplir leur mission
02:22 dans de bonnes conditions, et ils s'en vont.
02:25 Nous manquons de médecins généralistes,
02:26 nous manquons de professionnels à l'hôpital.
02:29 C'est une pénurie qui se met en place
02:31 et la surcharge de travail chez ceux qui restent
02:34 accroît de nouveaux départs et une nouvelle pénurie.
02:38 L'inefficacité, elle se lie d'abord dans les résultats.
02:41 Que demande-t-on à un système de santé
02:43 si ce n'est de faire progresser
02:45 l'état de santé de sa population ?
02:47 Or, nos grands indicateurs de santé se dégradent.
02:50 Après la mortalité infantile,
02:52 qui progresse lentement, mais sûrement,
02:54 depuis quelques années,
02:55 et nous relègue à un niveau moyen au regard des autres pays,
02:59 c'est autour de l'espérance de vie à la naissance,
03:01 longtemps une des toutes meilleures au monde, de flancher.
03:04 Nous passons de la 6e à la 13e place des pays de l'OCDE.
03:08 Alors des résultats de santé publique qui se dégradent,
03:11 des déficits qui se creusent,
03:13 tout ceci dans la durée, que faut-il de plus
03:15 pour comprendre que quelque chose ne fonctionne pas
03:17 et que l'heure est à un véritable changement ?
03:21 Si vous étiez tentés, messieurs les ministres,
03:22 d'avoir un simple rétablissement des comptes,
03:24 vous avez l'embarras du choix.
03:27 Réduire ou mettre fin aux allègements
03:28 et aux exonérations non compensées,
03:31 annuler tout ou partie du transfert de la dette Covid
03:34 de l'Etat à la CADES, ou décider de nouvelles recettes.
03:38 Mais nous vous appelons de toute façon à plus d'ambition.
03:41 Et affronter cette réalité,
03:43 c'est que les dépenses de santé progressent plus vite
03:45 que la richesse nationale,
03:46 sous l'effet de facteurs structurels
03:48 que nous connaissons bien
03:51 et face auxquels nous ne pouvons rien d'autre
03:54 que de nous adapter.
03:56 Notre pays n'arrive pas à suivre cette hausse,
03:58 et d'autant moins qu'il gaspille trop de ressources
04:00 et qu'il investit trop peu dans la prévention.
04:03 Le budget santé du pays est ainsi construit
04:05 à partir d'une forme de conservatisme
04:08 matinée d'une lecture financière qui est inefficace.
04:11 L'ONDAM, certes, n'a jamais été
04:13 une construction de santé publique,
04:15 mais il se révèle maintenant en obstacle
04:17 à des démarches de santé.
04:19 Et si nous continuons,
04:20 si bien les indicateurs de santé continueront à se dégrader,
04:23 les pénuries se perpétreront.
04:26 Changer, messieurs les ministres,
04:27 c'est construire autrement notre budget.
04:30 C'est délibérer sur nos objectifs
04:31 avant de délibérer sur les moyens.
04:34 C'est de délibérer dans chaque département
04:36 des priorités en fonction des besoins de santé
04:38 de la population.
04:39 Et c'est ensuite délibérer au Parlement
04:41 des objectifs nationaux de santé que nous nous assignons.
04:44 Et c'est ensuite et ensuite seulement
04:47 allouer les moyens en fonction des choix effectués,
04:49 car oui, nous ne disons pas le contraire,
04:51 il y aura toujours des choix à faire.
04:54 Changer, messieurs les ministres,
04:56 c'est beaucoup, beaucoup plus de prévention.
04:58 C'est l'activité physique et l'activité physique adaptée
05:01 qui doit se déployer.
05:02 C'est une lutte énergique contre les polluants,
05:04 dont certains, je pense aux perturbateurs endocriniens,
05:07 compromettent tout progrès de notre espérance de vie
05:09 en bonne santé.
05:10 C'est la réduction de la consommation d'alcool,
05:13 sur laquelle brasseurs et viticulteurs
05:15 ont toujours une objection,
05:16 et le président, une complaisance.
05:19 C'est la lutte contre le tabagisme
05:21 désavouée l'an dernier par le ministre des Comptes publics
05:25 de retour du Congrès des Buralistes.
05:28 Et c'est la santé mentale, c'est l'alimentation,
05:31 c'est la santé au travail.
05:32 Changer, messieurs les ministres,
05:34 c'est enfin constater que le mouvement de financiarisation
05:37 qui frappe le secteur de la santé
05:40 est un danger pour les fondements de notre protection sociale.
05:43 Les ressources provenant des assurés sociaux
05:45 sont détournées vers la rémunération d'actionnaires,
05:48 la rentabilité prend le pas sur la pertinence des soins.
05:53 Conjuguée à un mode de rémunération
05:55 trop centré sur les actes,
05:56 la financiarisation invalide toute politique
05:59 visant à l'efficience et à la permanence des soins.
06:02 Elle s'impose certes sur un déficit d'investissement
06:06 dans de nombreux secteurs du soin,
06:08 mais elle profite en cela de ce type de budget
06:11 trop à courte vue.
06:13 Il devient urgent d'en poser les limites,
06:15 faute de voir notre système solidaire régresser encore.
06:20 Alors, vous l'avez compris,
06:21 nous estimons que le budget que vous nous présentez
06:24 nous maintient dans une impasse.
06:26 Alors que la crise sanitaire qui a surgi en 2020 est derrière nous,
06:30 la promesse présidentielle est oubliée, rien ne change.
06:34 Alors qu'il faudrait réunir un large accord politique
06:36 pour rénover en profondeur notre protection sociale
06:38 et notre système de santé,
06:40 la faiblesse de votre base politique
06:42 empêche le Parlement de remplir pleinement son rôle.
06:46 Les contournements du type CNR ne règlent rien.
06:49 Le résultat est là.
06:51 Votre gouvernement paraît dépassé
06:53 par les enjeux de la protection sociale.
06:55 Je vous remercie.
06:57 (Générique)
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