00:00 Qu'est-ce que vous avez ressenti hier dans la marche ?
00:02 J'ai ressenti...
00:03 Qui a réuni quand même plus de 100 000 personnes à Paris.
00:05 C'était extraordinaire.
00:10 Parce que j'ai senti une chaleur humaine,
00:13 j'ai senti une union des gens qui étaient là pour manifester.
00:21 Je ne l'ai pas retrouvé dernièrement, enfin,
00:24 auparavant lorsque j'allais à une manifestation.
00:27 Ce n'est pas la première fois que j'ai l'occasion d'aller manifester.
00:30 Et là, franchement, c'était sensationnel.
00:33 Vous vous êtes sentie moins seule ?
00:34 Oui.
00:38 J'ai pensé que c'était un devoir que je devais être là.
00:42 Vous êtes inquiète depuis quelques semaines maintenant,
00:46 ou peut-être davantage d'ailleurs ?
00:47 Inquiète...
00:49 Angoissée ?
00:50 Angoissée, oui.
00:51 Pour la bonne raison que je revies tout ce que j'ai passé.
00:57 C'est enfoui en moi.
00:59 Et à fond à mesure que le temps passe et que les événements arrivent,
01:04 et qu'on dévoile, oui j'en souffre.
01:09 Hier...
01:10 Je déroule la pellicule à l'envers.
01:13 Parce que, comment dirais-je,
01:15 je suis partie de Paris à la déclaration de la guerre, en 39,
01:22 pour arriver dans ce petit village de France,
01:27 le Châtelet-En-Béry, dans le Cher,
01:30 où nous étions, comment on l'appelle ?
01:32 C'était à l'époque, je me souviens,
01:35 maintenant, vous voyez qu'en parlant,
01:37 je me souviens que c'était la mairie du 11e arrondissement
01:41 qui avait prêté un train pour les personnes apatrides.
01:49 Juives et apatrides.
01:51 Et il y avait un wagon, un train entier, je me souviens.
01:56 D'ailleurs on avait été bombardés aux obres par des Italiens.
02:00 C'était la catastrophe.
02:03 Il avait fallu changer de train.
02:05 Et c'était la débarque.
02:07 - Vous aviez quoi, 6 ans au début de la guerre ?
02:09 - Oui.
02:10 Et on était arrivés, on nous déposait dans...
02:16 Parce qu'on avait déjà dit que c'était la zone libre.
02:22 Et on déposait, à fin de mesure du voyage,
02:26 les gens arrivaient à Bourges, Saint-Abbent-Morant,
02:29 le Châtelet-En-Béry, Culans,
02:33 comment ça s'appelle ?
02:35 Ça s'appelle...
02:37 Je m'en rappelle plus du nom.
02:38 Jamais ça.
02:39 Et là, on a été reçus par la mairie d'ailleurs,
02:45 la mairie, les villageois, et on était des réfugiés, on n'avait rien.
Commentaires