00:00 J'ai peur de passer à l'acte sur ma fille, j'en fais des cauchemars.
00:02 Je me demande si je suis pédophile et si je représente un danger pour ma fille.
00:05 Quand on se perçoit soi-même comme un monstre, on n'ose pas aller demander de l'aide.
00:09 Je vous félicite déjà de nous appeler parce qu'effectivement, ce n'est pas une démarche facile.
00:13 Alors évidemment, ça n'enlève rien à la douleur des victimes.
00:15 Je pense que prendre en charge un auteur, c'est indispensable pour éviter des victimes.
00:19 Service d'écoute et d'orientation, C.O.S.E. bonjour.
00:23 C'est apparu quand ça, monsieur ?
00:26 Ces fantasmes vis-à-vis de votre demi-sœur et finalement toute la place que ça prend là maintenant.
00:32 Qu'est-ce qu'on appelle fantasme sexuel déviant ?
00:34 Alors il y a déviant par rapport à la loi, ça c'est relativement clair.
00:37 Après, c'est la personne elle-même qui considère qu'elle est déviante,
00:41 qui détermine ce qui la fait souffrir ou ce qui est susceptible de faire souffrir l'autre.
00:45 Et alors, qu'est-ce que vous avez comme type de pensée à ce moment-là ?
00:49 Et quand vous nous appelez, vous attendez quel type d'aide de notre part ?
00:53 Comment est-ce que vous gérez votre sexualité là en prison ?
00:57 Ça va d'un adolescent qui a été troublé par exemple
01:00 parce qu'il a lassé les chaussures de sa petite sœur, il a aperçu sa culotte
01:03 et il se demande ce qui se passe et ça l'inquiète beaucoup.
01:05 Je pense à un père qui était à la fois le père de l'auteur et de la victime.
01:08 Sa fille venait lui confier qu'elle avait été abusée par son propre frère
01:12 et qui, on peut l'imaginer, était complètement démunie et se demandait ce qu'il devait faire.
01:16 Des conjoints soupçonnant une infidélité fouillent dans le portable de leur compagnon
01:20 et découvrent des photos pédopornographiques.
01:22 Enfin voilà, c'est extrêmement diversifié.
01:24 Ligne d'écoute C.O.S. bonjour.
01:31 Qu'est-ce qui se passe pour vous là en ce moment ?
01:33 Ça peut vous aider en tout cas de vous rappeler que cet appel est complètement anonyme,
01:38 confidentiel, d'écoute bienveillante et non jugeante.
01:42 On a quelques personnes qui sont passées à l'acte,
01:44 notamment de la consommation de matériel pédopornographique.
01:46 Mais globalement, on a plutôt effectivement des gens qui appellent avant,
01:50 qui sont en souffrance ou en difficulté avec des fantasmes qui les perturbent
01:56 et qui demandent de l'aide par rapport à ça.
01:58 Le beau-père qui, tout d'un coup, se sent attiré par sa belle-fille de 14 ans.
02:02 Alors on se dit "mais enfin 14 ans, comment est-ce possible ?"
02:04 Et en même temps, l'excitation et le fantasme, on ne le commande pas.
02:07 On est évidemment responsable de ce qu'on veut en faire,
02:09 mais quand on est comme ça en proageant de fantasmes, qu'est-ce qu'on en fait ?
02:12 Et je crois que quand on trouve un lieu où on peut dire ça,
02:15 ça va aider justement à s'en détacher et à tourner la page et finalement à ne pas passer à l'acte.
02:19 Parce que quand on se perçoit soi-même comme un monstre,
02:22 on n'ose pas aller demander de l'aide.
02:23 Si on change de regard, on va diminuer, je pense, la commission des actes.
02:28 Monsieur décrit des fantasmes qui deviennent de plus en plus envahissants
02:34 et qui ont des conséquences dans sa vie quotidienne.
02:36 Et disposé à poursuivre un travail auprès d'un thérapeute spécialisé,
02:40 des coordonnées lui ont été proposées.
02:43 Tous les gens qui répondent au téléphone ou au tchat ou aux mails
02:46 sont des gens qui sont formés et expérimentés.
02:48 C'est à la fois des psychologues, des sexologues, des psychothérapeutes.
02:53 Et ça, c'est aussi une condition extrêmement importante.
02:55 C'est-à-dire qu'on est en capacité d'entendre
02:58 ce qui est parfois difficile à entendre, bien évidemment.
03:00 Ok, en dehors de ce fantasme sur votre tante,
03:04 comment est votre vie sexuelle ?
03:07 Est-ce qu'elle est satisfaisante ou pas ?
03:09 On ne peut pas l'aider si on le considère comme un monstre.
03:11 Il faut forcément essayer de toucher, d'aller chercher la part d'humanité chez cet homme.
03:16 Aussi monstrueux sont les actes qu'il a pu commettre.
03:18 Et puis, on a appris aussi à prendre de la distance.
03:20 Le fait qu'on soit toujours deux, c'est aussi une condition sine qua non
03:24 qui permet de débriefer aussitôt l'appel reçu.
03:27 Monsieur était très, très inhibé, parlait très, très peu
03:30 et était quand même en difficulté de poser des mots.
03:35 Donc, tu as été dans l'écoute, tu lui as transmis des informations,
03:40 tu l'as impléanté.
03:43 J'ai juste compris qu'il y avait de la consultation...
03:46 - Matérielle. - De matériel.
03:48 Il n'a pas dit pédoporno, il n'a pas dit Paris Mineur.
03:51 Il a dit, voilà, avec une partie qui est illégale.
03:53 En disant qu'il n'avait jamais posé d'actes dans la vie réelle
03:57 et que ça ne l'animait même pas du tout dans la vie réelle.
04:00 Mais qu'il y avait vraiment une addiction depuis pas mal de temps
04:02 qui prenait de plus en plus de place au quotidien.
04:04 CEOS fait partie d'une association plus grande qui est l'UPPL,
04:08 Unité de Psychopathologie Légale,
04:10 qui prend en charge des auteurs d'infractions à caractère sexuel
04:13 qui ont été condamnés.
04:14 Il était assez fréquent que les patients nous disent,
04:16 "Moi j'ai essayé d'en parler auparavant
04:19 et je n'ai pas trouvé l'aide dont j'avais besoin."
04:21 Ou "Je n'ai pas osé en parler."
04:23 Ou "Quand j'ai tenté d'en parler, je n'ai pas été entendue."
04:25 Et il y avait manifestement une demande.
04:27 Et nos appels sont en constante augmentation,
04:29 ce qui prouve qu'effectivement, il y avait vraiment un besoin à ce niveau-là.
04:32 Mon fils est coupable d'agression sexuelle.
04:34 Je n'ai rien fait.
04:35 Et j'aurais aimé qu'on me dise comment aider mon fils.
04:38 Avec ma copine, on se prenait souvent en photo
04:40 et même parfois on se filmait en baisant.
04:41 Quand elle m'a quittée, je ne l'ai pas supportée.
04:43 J'ai décidé d'envoyer une vidéo d'elle et moi à mes potes.
04:46 Elle a failli se suicider.
04:47 J'ai trop honte.
04:48 Je suis souvent très excitée quand je vois des filles de 10-12 ans.
04:51 Je ne comprends pas pourquoi.
04:52 Le secret professionnel est une obligation.
04:56 Obligation qui peut être levée dans des circonstances extrêmement précises.
05:01 C'est-à-dire lorsqu'il y a un danger imminent à venir
05:04 pour une personne identifiée.
05:05 Ce qui est extrêmement compliqué au téléphone.
05:08 En revanche, on a, comme tout le monde, une obligation d'assistance.
05:11 On va d'abord écouter.
05:13 On va s'assurer qu'on a bien compris.
05:14 Elle s'entend dire un certain nombre de choses
05:16 et on va l'aider à clarifier.
05:18 Parfois, c'est suffisant.
05:19 Vous avez réussi en vous baissant à voir la couleur de son string.
05:23 C'est vraiment réel ça, monsieur ?
05:26 Ou c'est plutôt à ce moment-là votre imagination qui voyage ?
05:30 Quelqu'un qui est en proie à des fantasmes
05:32 où il y a une imminence de passage à l'acte,
05:34 on va essayer de trouver avec lui quelle est la solution
05:37 qui est possible pour lui.
05:38 Une hospitalisation, se réfugier chez quelqu'un de proche,
05:42 éventuellement appeler son médecin pour avoir un traitement
05:45 qui va un peu calmer l'angoisse éventuelle.
05:47 L'envahissement fantasmatique,
05:49 mettre en sécurité une victime potentielle.
05:51 On a aussi toute une liste de thérapeutes spécialisés
05:53 qu'on a formés, qu'on supervise régulièrement,
05:56 qui sont tout à fait à même de prendre en charge
05:58 ces personnes qui ont besoin de prolonger la réflexion,
06:01 de prolonger la prise en charge.
06:02 Je pense que c'est pour ça que l'émotion est en même vive
06:05 là en ce moment, c'est pas évident de mettre des mots
06:09 sur ce type d'addiction.
06:12 Nous sommes financés en grande partie
06:15 par la Fédération Wallonie-Bruxelles
06:16 et nous avons un financement complémentaire
06:18 par la région Wallonne, c'est l'État, oui.
06:19 Parce que ça a entré dans un plan plus global,
06:22 de la violence faite aux femmes
06:24 et de la prévention de cette violence.
06:25 C'est un service de prévention.
06:27 L'idée est effectivement d'agir avant qu'il y ait un passage à l'acte.
06:32 Il dit "j'ai l'impression que je suis devenue voyeuriste".
06:35 Ça commence à lui faire peur.
06:38 Si on part du principe qu'accompagner et aider les auteurs,
06:42 c'est éviter des victimes,
06:43 je pense qu'effectivement, rien que pour cette raison,
06:47 j'ose espérer que nous rendons...
06:51 nous mettons une petite pierre à l'édifice
06:53 d'une société moins violente.
06:56 Moins... oui, moins violente.
07:00 [Musique]
07:09 [Générique]
07:14 [Musique]
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