00:00 ...
00:06 -Bonjour et bienvenue dans "Envie d'agir",
00:09 où je suis ravie d'accueillir aujourd'hui
00:12 Sophie et Pierre Amarenko, ainsi que Réjean Lacosse
00:15 pour "Femmes et AVC". Bonjour à tous les trois.
00:17 -Bonjour. -Bonjour.
00:19 -Vous êtes là parce que demain,
00:21 le 29 octobre, c'est la journée mondiale
00:23 de lutte contre l'AVC.
00:24 Vous allez comprendre l'importance de cette cause
00:27 avec ces chiffres que je vais vous énoncer.
00:30 Tout d'abord, l'AVC est la première cause de mortalité
00:33 chez les femmes en France,
00:34 ce qui représente plus de 18 000 femmes
00:38 qui décèdent chaque année de l'AVC.
00:40 Ca équivaut à 50 femmes par jour.
00:43 Dès l'âge de 25 ans, une femme sur quatre
00:46 est susceptible d'avoir un AVC dans sa vie.
00:49 80 % de ces AVC pourraient être évités
00:52 d'ici 2030.
00:55 C'est des chiffres incroyables qu'on ne connaît pas suffisamment.
00:58 Ma première question est pour vous, Sophie et Réjean.
01:01 Pourquoi est-ce qu'on sait si peu de choses sur l'AVC ?
01:04 -Alors déjà, c'est vrai que l'AVC est un sujet
01:07 qui a toujours fait peur, qui continue de faire peur.
01:11 Il y a en fait très peu de temps
01:13 où on a vraiment des médicaments qui soient efficaces.
01:17 Les avancées, les dernières données thérapeutiques
01:20 sont assez récentes. Ca fait vraiment cinq ans
01:23 qu'on a eu des nouveautés spectaculaires
01:26 en matière d'avancées thérapeutiques pour éviter l'AVC.
01:30 -Ca ne concerne pas que les femmes.
01:32 Une femme sur quatre, quel est le chiffre pour les hommes ?
01:35 -Un homme sur cinq. -Ce qui est beaucoup.
01:37 -20 %. -Mais il paraît que les femmes
01:39 réagissent moins vite aux symptômes qu'elles pourraient détecter.
01:43 Est-ce vrai ?
01:44 -Effectivement, les femmes, c'est-à-dire que nous toutes,
01:48 on a été un peu éduquées dans ce sens à supporter la douleur
01:52 parce qu'on est habituées à avoir la douleur des règles,
01:55 l'accouchement, la ménopause.
01:57 Donc, d'une part, on est éduquées un peu dans ce sens,
02:01 donc on apprend ça.
02:03 Lorsqu'on a des symptômes, on met un peu plus de temps à agir.
02:07 Et concernant l'AVC, c'est vrai que ce que l'on constate,
02:10 c'est que les hommes arrivent beaucoup plus tôt
02:13 que les femmes à l'hôpital.
02:14 Les femmes réagissent très vite lorsque leur mari
02:17 a des symptômes d'AVC, ce qui n'est pas le cas de l'homme.
02:21 Il va dire "Repousse-toi, on va attendre un peu".
02:24 Donc, en fait, il y a une prise en charge
02:26 qui est très différente, et c'est vraiment, nous,
02:29 notre combat pour, effectivement, sensibiliser les femmes
02:32 à agir différemment.
02:33 -Justement, Pierre, vous êtes professeur de neurologie
02:36 à l'Université de Paris, spécialiste de l'AVC,
02:39 donc médecin neurologue.
02:41 Ces symptômes dont Sophie nous parle, c'est quoi ?
02:45 Comment est-ce que, concrètement, je pourrais détecter
02:48 que quelque chose m'arrive qui est de l'ordre de l'AVC ?
02:51 -Alors là, on parle de l'AVC.
02:52 Quand il arrive, bien, le premier des symptômes
02:55 le plus évident, c'est la perte de la force musculaire
02:59 d'un membre.
03:00 On tient quelque chose dans la main,
03:02 on télécommande et elle tombe.
03:04 Voilà.
03:05 Donc, c'est la faiblesse musculaire d'un hémicorps.
03:08 -D'accord. -Le bras, la jambe,
03:10 la face aussi, qui peut être un peu de travers
03:13 du fait de cette paralysie.
03:15 Ca, c'est le premier symptôme.
03:17 Le deuxième symptôme, c'est le trouble de la parole.
03:19 La personne sait ce qu'elle veut dire,
03:22 mais elle n'arrive pas à sortir correctement les mots,
03:25 où les mots sont transformés.
03:27 On appelle ça l'aphasie.
03:28 Le troisième symptôme, c'est un trouble de la vue.
03:31 Trouble de la vue d'un oeil
03:33 ou bien perte du champ visuel d'un côté du corps.
03:38 Le quatrième symptôme, c'est un trouble de l'équilibre.
03:42 La caractéristique de tous ces symptômes,
03:45 c'est qu'ils surviennent de façon brutale,
03:47 d'un instant à l'autre.
03:48 Ca ne s'installe pas progressivement
03:50 sur plusieurs heures, mais d'un instant à l'autre.
03:54 -Je crois comprendre ce que Sophie vient de nous dire.
03:57 A partir de ce moment-là,
03:59 être pris en charge est primordial
04:01 parce que chaque minute compte, c'est ça ?
04:03 -Chaque minute compte.
04:05 Les femmes l'ont réalisé beaucoup plus que les hommes.
04:08 C'est pourquoi les hommes arrivent très vite à l'hôpital.
04:11 C'est plus les hommes qui arrivent plus vite
04:14 à l'hôpital que les femmes arrivent plus tard,
04:16 car les hommes réagissent moins vite.
04:19 -C'est ça. Effectivement, on prend un peu sur nous.
04:22 Il faut arrêter, maintenant.
04:23 Donc, Pierre, c'est quoi les facteurs de risque ?
04:27 -Ca, c'est très important.
04:29 Vous l'avez dit en introduction, on peut éviter 80 % des AVC
04:32 si on prend les mesures nécessaires
04:34 tout au long de sa vie. Il n'est jamais trop tard pour bien faire.
04:38 Les facteurs de risque, c'est premièrement
04:41 l'hypertension artérielle,
04:43 deuxièmement, c'est l'hypercholestérolémie,
04:45 troisièmement, c'est l'hyperglycémie
04:47 avec le diabète qui va avec.
04:49 Et tout au long de sa vie, il faut connaître ces chiffres
04:53 de pression artérielle, de cholestérol, de glycémie.
04:56 C'est très important.
04:57 A tous âges, il faut le connaître.
05:00 Et c'est quelque chose que les gens ne savent pas, en général.
05:04 Ca, c'est les trois symptômes importants.
05:08 D'autres le sont aussi,
05:11 comme l'intoxication tabagique.
05:13 Les femmes françaises sont les championnes d'Europe
05:16 de la cigarette avec les Grecs.
05:18 Mais loin devant.
05:20 -Vous appelez ça intoxication tabagique ?
05:23 -Le tabac. -Vous fumez beaucoup.
05:25 -Oui, fumer du tabac.
05:26 Les femmes françaises sont championnes d'Europe.
05:29 Du genre, 33-34 % d'entre elles fument,
05:33 alors que dans les pays nordiques, c'est plutôt 18-20 %.
05:36 C'est Nordique ou Angleterre.
05:39 C'est vraiment un problème en France.
05:41 Ca explique un certain nombre de choses.
05:44 Cinquième, très important, c'est l'arythmie cardiaque.
05:48 C'est plus une pathologie du sujet âgé,
05:50 au-delà de 65 ans et encore plus au-delà de 75 ans.
05:54 C'est-à-dire qu'au lieu d'avoir un rythme régulier,
05:57 tac, tac, tac, tac,
06:00 on a un rythme irrégulier, que l'on sent au niveau du poux.
06:03 On peut le prendre de temps en temps.
06:05 Si le poux est irrégulier, il faut faire un électrocardiogramme.
06:09 Si on confirme la fibrillation atriale du coeur,
06:12 un traitement anticoagulant permet d'éviter l'AVC,
06:16 dans 80 % des cas.
06:18 C'est très efficace.
06:19 -Il faut prendre son poux pour sentir si ça bat régulièrement
06:22 ou si c'est n'importe quoi.
06:24 -De temps en temps, on prend son poux.
06:26 On aura tous des montres connectées qui détecteront ça.
06:29 Pour l'instant, on prend son poux au niveau de l'artère radiale.
06:34 Et puis, quelque chose de très important,
06:37 je pense qu'on va insister là-dessus,
06:39 c'est l'activité physique.
06:42 -Ah oui.
06:43 -La sédentérité est un problème majeur.
06:45 -De nos sociétés, vous avez raison.
06:48 -Et faire une activité physique intense ou modérée,
06:53 intense, c'est 2h30 par semaine, modérée, c'est 5h par semaine,
06:58 les nouvelles recommandations de l'OMS,
07:00 eh bien, ça permet de réduire de 25 % le risque d'AVC.
07:05 C'est énorme.
07:06 Voilà, quelqu'un qui...
07:08 -Je voudrais, justement,
07:10 vous me faites une transition avec Réjean
07:12 pour ce qui est de l'effort physique.
07:15 Réjean, vous venez d'il y a quelques semaines,
07:17 vous avez traversé le lac Léman à la nage.
07:21 -C'est ça. -Soit 14 km.
07:23 -C'est ça. -Et justement, c'était
07:25 pour marquer les esprits autour de FAMEAVC.
07:29 -C'est-à-dire que, ayant la chance d'aimer l'eau,
07:31 d'aimer de nager,
07:33 d'aimer de nager, en deux mots,
07:35 pas de déménager,
07:36 et ayant été embarqué
07:39 dans ce magnifique projet avec Sophie
07:42 pour FAMEAVC, je me suis dit quitte à nager,
07:45 autant nager pour que ça marque les esprits
07:48 en dehors de mon groupe familial et amical.
07:51 Et donc, j'ai fait ça le 22 août dernier,
07:53 effectivement, en ayant une combinaison,
07:56 parce que quand on nage plus de 6h dans l'eau,
07:59 il vaut mieux être en combinaison, le côté FAMEAVC.
08:02 Et pour dire aussi, parce que moi, j'ai 58 ans,
08:05 je suis pas une...
08:07 Je respecte à peu près ce que Pierre recommande,
08:10 mais je suis une bonne vivante,
08:13 très installée dans la vie.
08:15 Le sport est un formidable outil pour lutter contre l'AVC,
08:19 c'est bon pour le moral aussi,
08:21 et si je peux le faire, tout le monde peut le faire.
08:24 Je suis pas une ancienne grande sportive,
08:26 j'aime bouger, voilà.
08:28 Donc c'est possible, si on aime l'eau, on peut nager,
08:30 si on aime pas l'eau, on peut faire du vélo, de la course.
08:34 -Qu'est-ce qui vous a personnellement emmené dans cette cause ?
08:37 -Alors moi, j'ai, dans mon parcours familial,
08:41 un époux qui a eu un AVC, maintenant,
08:44 ça fait plus de 6 ans, et j'avais la chance,
08:47 via un ami en commun, de connaître Pierre et Sophie.
08:50 Le jour de l'AVC, je les ai appelés,
08:52 ils ont décroché le téléphone,
08:54 mais répondu plus que présent dans les jours et les semaines
08:58 qui ont suivi, et c'était une façon de leur dire merci
09:02 d'avoir été présents, et puis je me suis dit,
09:05 au fond, c'est vrai, ça peut toucher tout le monde.
09:07 Toutes les maladies peuvent toucher tout le monde,
09:10 mais là, je l'ai vu, dans le cas de mon mari,
09:13 il allait très bien la veille, c'était l'anniversaire
09:16 de notre fille, le lendemain, il avait fait un AVC,
09:19 donc on a des photos qui attestent qu'il allait très bien la veille.
09:22 Donc ça peut toucher tout le monde, et puis après,
09:25 ce sont des humains, moi, j'aime les humains,
09:28 donc c'est deux humains assez formidables,
09:31 ça me permet de faire quelque chose avec eux.
09:33 -Je vous propose de regarder aussi le message engagé
09:36 d'une autre personne qui vous accompagne,
09:38 en l'occurrence, notre Miss France.
09:41 Indira Ampio, on écoute ce qu'elle a à nous dire.
09:44 -Alors, j'ai choisi de montrer cette image.
09:46 On va dire que ça parle d'un sujet qui est assez sensible
09:50 et qui n'est pas encore assez connu,
09:52 parce qu'il faut savoir que plus de 18 000 femmes
09:56 sont touchées par l'AVC, c'est énorme.
09:59 On me dit aussi, tout au long de ma vie,
10:01 je connais mes chiffres,
10:02 parce qu'il est important de connaître son corps
10:05 et de savoir ce qui va et ce qui va pas.
10:07 Moi, c'est vrai que ça m'a énormément choquée
10:10 de savoir qu'autant de femmes, aussi jeunes,
10:12 parce que 25 ans, c'est très jeune,
10:14 et de voir que plus de 18 000 femmes sont touchées,
10:17 je trouve que c'est énorme,
10:19 mais qu'on n'a pas ces informations qui nous sont relayées.
10:22 Je pense que c'est important d'en parler,
10:25 de surtout agir, se faire dépister,
10:27 de faire une meilleure alimentation,
10:29 équilibrer et surtout de faire une bonne activité physique.
10:32 Souvent, les femmes,
10:34 je pense qu'elles prennent tellement de temps pour les autres.
10:38 Souvent, on pense à la maman,
10:40 qui prend le rendez-vous pour toute la famille,
10:43 mais qui forcément ne pense pas vraiment à elle,
10:45 même à grand-mère.
10:47 Elle, dès qu'on avait un problème,
10:48 c'était la première pour nous aider,
10:51 alors qu'elle-même, elle négligeait "ses soucis" à elle.
10:54 Le fait de négliger tout ça,
10:56 nous, on n'a pas vu qu'elle-même avait autant de soucis.
11:00 Donc, c'est important de prendre du temps pour soi,
11:04 de tout simplement favoriser ces moments-là
11:07 où on s'écoute, tout simplement.
11:10 On a une chance sur quatre, pour les femmes,
11:12 que ça nous arrive,
11:13 et on se limite justement à ces idéologies, je pense,
11:17 où on se dit que ça arrivera dans quelques années,
11:20 elle est à 1 050 ans, à 1 060 ans.
11:21 En fait, non.
11:23 C'est justement pour ça que la prévention et la sensibilisation
11:26 sont importantes.
11:27 Je ne pense pas que ça va m'arriver dans quelques années.
11:30 Ça peut m'arriver cette année, dans quelques années,
11:33 mais surtout, c'est important de prévenir, tout simplement.
11:37 -Remarkable. -Super représentante.
11:38 Je voyais Pierre dire "oui, bravo, Indira",
11:41 il était d'accord avec tout.
11:42 Sophie, quand on entend Indira,
11:44 effectivement, c'est quoi votre envie d'agir
11:47 dans les cinq prochaines années ?
11:48 -Moi, déjà, ce que je trouve vraiment hyper intéressant
11:51 dans son message, c'est qu'on a tous et toutes un a priori,
11:54 c'est à l'AVC, c'est la maladie des vieux,
11:56 je ne suis pas concernée, et c'est l'exemple parfait
11:59 où on doit sensibiliser les jeunes,
12:01 parce que de plus en plus, ça arrive de plus en plus jeune.
12:04 Et puis, pour les cinq années à venir,
12:06 c'est continuer notre engagement,
12:08 parce que, comme vous le disiez au début,
12:11 la sensibilisation n'est pas encore extrêmement faite,
12:14 voire pas du tout,
12:16 donc on a vraiment l'envie de continuer,
12:18 parce qu'il y a un travail formidable à faire
12:21 en termes de prévention, de sensibilisation,
12:23 pour faire reculer, effectivement,
12:25 tous ces nombres de décès par AVC,
12:27 chez la femme, mais pas que, chez tout le monde.
12:30 -Et effectivement, comme vous le disiez, Pierre,
12:33 80 % des AVC peuvent être évités.
12:35 Je veux passer à notre point agenda,
12:38 où, évidemment, je vous recommande ce livre,
12:41 "Vaincre l'AVC", écrit par Pierre Amarenko.
12:45 Donc, ça, ce sont des conseils,
12:48 donc n'hésitez pas, il explique tout.
12:50 Je voudrais aussi vous dire
12:52 que du 3 au 5 novembre 2023,
12:54 "Médecins du monde" organise un festival d'art urbain gratuit,
12:58 engagé et ouvert à tous,
13:00 au Grand Contrôle à Paris.
13:02 Donc n'hésitez pas si vous êtes de passage.
13:05 Et là, c'est de l'art au service des mots MAUX
13:08 de nos sociétés, donc forcément, on aime.
13:12 Je vous rappelle aussi nos podcasts "Envie d'agir"
13:14 sur Apple, Deezer, Spotify,
13:16 et bien sûr, MyKanal.
13:18 Et on se retrouve très vite sur C8
13:21 pour plus d'envie d'agir. Merci.
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