00:00 Bonjour Morgane Mervier.
00:01 Bonjour.
00:02 Merci d'être avec nous ce matin.
00:03 Il s'appelait Dominique Bernard, il enseignait le français au lycée Gambetta-Carnot à
00:08 Arras.
00:09 Votre collègue a été mortellement poignardé hier par un terroriste d'une vingtaine d'années.
00:13 En quel état d'esprit êtes-vous ce matin, vous et le monde enseignant en général ?
00:18 Merci de l'invitation.
00:20 Tout d'abord, permettez-moi pour commencer d'adresser mes condoléances à la famille
00:27 de Dominique Bernard, à ses amis, à ses proches, à ses collègues.
00:31 Redire aussi combien on partage la tristesse de tous les personnels de ce lycée, de leurs
00:38 élèves et de leur famille.
00:39 Et puis, combien on pense aussi aux autres personnels qui ont été gravement blessés,
00:47 blessés parce qu'ils se sont interposés, parce qu'ils ont voulu protéger les autres,
00:53 protéger les élèves et se mettre au travers du chemin d'un terroriste islamiste, radicalisé,
01:02 qui guidé par la haine a voulu frapper notre école.
01:07 Et donc, le sentiment effectivement de l'ensemble de la communauté éducative au-delà de Arras,
01:13 c'est l'effroi, c'est le choc, la sidération, l'incompréhension et le besoin, le besoin
01:20 là d'unité derrière notre école et derrière ses personnels.
01:24 C'est ce que vous avez dit hier soir au ministre de l'Éducation nationale, Gabriel Attal.
01:28 Vous avez été reçu avec les autres syndicats.
01:30 Qu'est-ce qui s'est dit au cours de cette réunion ?
01:32 Oui, on a été reçu hier soir en urgence.
01:36 Cette réunion a été l'occasion de voir que Gabriel Attal, le ministre de l'Éducation
01:44 nationale, était très à l'écoute.
01:46 On a pu faire part de notre émotion, d'une certaine forme de désarroi et aussi d'essayer
01:51 de penser les étapes futures.
01:54 Et donc, oui, on a pu exprimer à cette occasion ce besoin d'avoir une institution, un ministre
02:00 et même le chef de l'État qui est derrière les personnels de l'éducation au sens large.
02:06 Et donc, on a demandé effectivement du soutien, du temps, de nous laisser du temps aussi
02:12 pour les équipes, un temps de recueillement, un temps de travail collectif.
02:16 Et puis évidemment, d'anticiper des mesures, des mesures pour la sécurité, des mesures
02:21 aussi par rapport à toutes ces vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, des mesures
02:25 d'accompagnement.
02:26 D'après la section Nord-Pas-de-Calais de votre syndicat, les enseignants avaient signalé
02:31 le profil radicalisé du terroriste, qui est donc un ancien élève de l'établissement.
02:36 Est-ce que vous nous confirmez qu'il avait été, que ça avait été signalé ?
02:39 Oui, c'est ce qui a été dit.
02:41 Et puis le ministre de l'Intérieur a aussi exprimé que c'était un individu qui était
02:48 suivi.
02:49 Mais quelle a été la réponse à ce moment-là, lorsque les enseignants l'ont signalé ?
02:52 Je n'ai pas exactement cette information.
02:55 Pour vous dire ce qui a été répondu, je n'ai pas envie de dire de bêtises.
02:59 Mais effectivement, on sait que ça a été une situation qui a été suivie et que cet
03:05 élève avait été repéré.
03:07 Et ça montre aussi toute cette nécessité de continuer à faire des signalements.
03:11 Il sont nombreux les signalements faits par le personnel éducatif sur des élèves de
03:18 ce profil ?
03:19 Oui, il existe des signalements.
03:21 Et puis, évidemment, depuis l'assassinat de Samuel Paty, il y a une vigilance qui a
03:25 été accrue, qui a été aussi permise de pouvoir essayer de se saisir de ces signalements.
03:33 Et ça a été fait par nos collègues, ça a été fait par les chefs d'établissement.
03:36 Et c'est quelque chose qu'on doit continuer pour être vigilant de façon très collective.
03:41 L'assaillant, il était connu des services, on le dit.
03:44 Son téléphone était sur écoute.
03:45 Pourtant, il a pu agir, il a pu tuer ce professeur.
03:48 Il y a manifestement une forme d'impuissance face à ces passages à l'acte solitaire.
03:53 Est-ce qu'il faut encore plus sécuriser les écoles ?
03:56 La question de la sécurité des écoles, c'est un vrai enjeu.
04:01 Il faut la poser et en même temps, il ne faut pas être excessif et tendre vers une
04:07 sorte de bunkerisation ou d'essayer de faire de l'école publique, laïque, une forteresse.
04:13 Déjà pour le sang bol que ça renverrait, pour aussi penser la réalité de ce qui est
04:19 possible.
04:20 Des élèves, il y en a 12 millions en France.
04:23 On est à près de 60 000 établissements.
04:25 Donc, on voit bien aussi la difficulté d'essayer de penser quelque chose d'uniforme.
04:30 On ne peut pas mettre un policier devant chaque école, c'est ce que vous nous dites.
04:32 Non, bien sûr.
04:33 Et puis, je n'espère pas que ce sera comme ça qu'on sera amené à travailler.
04:36 Donc, voilà.
04:37 Il y a toute une série de préventions qu'il faut pouvoir faire.
04:41 La question du repérage, oui, de la radicalisation est éminemment complexe.
04:47 Elle ne relève pas que de l'école.
04:50 Il y a tout un travail collectif également dans les associations sportives qui est à
04:56 faire pour essayer de repérer un petit peu ces faits, ces signaux.
04:59 C'est quelque chose qui semble important.
05:03 Donc, tous les établissements ne se ressemblent pas.
05:05 Il y a quand même une différence entre les collèges et les lycées.
05:08 Et puis, ce qui est permis dans les écoles, donc le premier degré, il va falloir essayer
05:13 de construire les solutions au plus près du terrain.
05:15 Il y a déjà des choses qui sont faites par les collectivités territoriales quand les
05:18 équipes signalent et ont besoin.
05:20 Mais voilà, il y a le PPMS qui permet le confinement, vérifier que les alarmes fonctionnent.
05:25 Les alarmes d'intrusion et les exercices qui sont faits chaque année dans les établissements.
05:29 Il faut continuer de les faire.
05:30 Faut-il sécuriser davantage la journée de recueillement qui sera prévue lundi en hommage
05:36 à Dominique Bernard, en hommage aussi à Samuel Paty, puisque ça fera trois ans lundi
05:41 qu'il a été assassiné.
05:42 Est-ce que ce jour-là doit être particulièrement sécurisé ?
05:44 Oui, c'est ce qu'on a demandé.
05:47 Parce que c'est comment on reprend lundi.
05:50 Alors, je pense aussi à tous les personnels, à tous les jeunes qui sont dans des établissements.
05:54 Le ministre Gabriel Attal nous a parlé d'environ 500 et plus particulièrement des lycées
05:59 aujourd'hui.
06:00 Mais effectivement, la plupart des jeunes vont retourner en classe lundi.
06:05 Nous, ce qu'on a demandé, c'est de pouvoir bénéficier d'un temps banalisé.
06:10 Ça veut dire quoi ?
06:12 Banalisé, c'est-à-dire que les personnels seraient sur place, mais pour pouvoir ensemble
06:17 avoir un temps contre-adulte pour essayer de se préparer à comment accueillir les élèves.
06:23 Ce temps est nécessaire parce qu'on a des collègues qui ont besoin de mettre des mots,
06:31 qui ont besoin de parler entre eux et qui ont besoin de se retrouver.
06:34 Et ça, ce serait un signal fort déjà que de nous permettre d'avoir, et notamment en
06:38 collège et en lycée, ce temps pour se préparer à ce qu'on dit à des jeunes qui ont malheureusement
06:45 suivi l'actualité, vu des vidéos terribles d'une barbarie sans nom.
06:49 Et ça, c'est déjà quelque chose qui nous semble très important, qu'on puisse bénéficier
06:54 de ce temps.
06:55 Il faut effectivement une sécurisation des établissements, mais le ministre Gabriel
06:59 Attal l'a entendu.
07:01 Et puis, il faut aussi accompagner nos collègues.
07:04 Il y a des cellules psychologiques qui ont été mises en place.
07:07 On a été entendu hier soir que ce soit au niveau national, que ce soit au niveau académique.
07:11 Donc ça, c'est très bien.
07:13 Il faut accepter qu'on puisse avoir des collègues qui ont peur et leur permettre
07:18 de l'exprimer et les accompagner pour surmonter ça.
07:22 Parce que ce qui est important, c'est que l'école républicaine reste debout.
07:26 Parce que c'est ça qui a été attaqué, c'est ce qu'elle représente, cette école.
07:30 Elle représente l'émancipation, elle représente le principe de laïcité, de vivre ensemble,
07:40 la liberté d'expression, de pouvoir éduquer les jeunes pour penser pour eux-mêmes.
07:45 Et c'est ça qui a été attaqué à travers cette terrible journée.
07:50 Merci beaucoup, Morgane Mervier, d'être venue nous voir ce matin.
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