00:00 L'invité éco, Isabelle Raymond.
00:03 Bonsoir à toutes et à tous. Le gouvernement a présenté son budget pour l'an prochain.
00:09 Un budget 2024 qui devait être celui du désendettement vert.
00:13 Mais l'actualité l'a rattrapé. Et l'actualité c'est cette inflation qui persiste.
00:18 Bonjour François Eccard, spécialiste des finances publiques, fondateur du site internet Fipeco.
00:24 L'inflation, je le disais, a obligé le gouvernement à revoir ses plans initiaux.
00:29 Il y aura finalement une indemnité carburant travailleurs pour répondre à la hausse des prix du carburant,
00:34 une indexation sur l'inflation des prestations sociales, des pensions de retraite,
00:38 du barème de l'impôt sur le revenu pour un coût total de 25 milliards d'euros.
00:42 C'est énorme. Toutes ces dépenses sont-elles nécessaires selon vous ?
00:47 Elles sont largement inévitables. L'indexation des pensions sur l'inflation, elle est dans la loi.
00:56 Le Parlement aurait pu voter une sous-indexation, ce qu'il a déjà fait dans le passé.
01:02 Mais il faudrait pour ça changer la loi. Et dans le contexte politique actuel,
01:07 j'imagine mal le Parlement voter ce genre de mesures.
01:10 Donc voilà, il y a des dépenses inévitables.
01:13 Elles sont inévitables, le contexte social, le contexte de hausse des prix qui se maintient.
01:19 Et même, je dirais, les prévisions de dépense du gouvernement pour 2024,
01:27 elles paraissent relativement modérées. En euro, ça augmente beaucoup,
01:32 mais ça augmente de 3% en euro pour l'ensemble des administrations publiques,
01:35 Etats, collectivités locales, sécurité sociale.
01:37 Mais si on tient compte de l'inflation et du fait que, par exemple,
01:40 les retraites devraient être valorisées de 5% au 1er janvier prochain,
01:44 3%, ce n'est pas beaucoup.
01:46 Alors en fait, si le gouvernement dit seulement 3%, c'est parce qu'il compte
01:52 sur la réduction, voire la suppression des boucliers tarifaires, électricité, gaz.
01:59 Alors même s'il vient de rajouter récemment une indemnité inflation
02:04 pour tenir compte de la hausse des prix du carburant,
02:06 mais elle ne va pas coûter très cher.
02:08 - De 400 millions d'euros qui ne sont pas provisionnés pour l'instant.
02:11 - Ils ne sont vraiment pas provisionnés.
02:12 Ils ne sont pas promis 400 millions je dirais sur un déficit de 260 milliards.
02:16 - Donc vous diriez que ces dépenses sont nécessaires et finalement elles sont assez raisonnables.
02:21 Tant pis pour l'austérité, tant pis pour le retour à des finances publiques.
02:25 - Elles sont assez raisonnables, mais quand même,
02:28 si on tient compte justement de ces mesures exceptionnelles
02:31 qui vont disparaître progressivement et qui fait que finalement
02:34 la hausse des dépenses est relativement raisonnable,
02:36 - Et notamment la fin du bouclier tarifaire sur l'électricité.
02:39 - Voilà, on voit que le reste des dépenses, je dirais les dépenses normales,
02:42 elles augmentent quand même beaucoup en 2024.
02:45 Donc non, là il n'y a pas vraiment de modération des dépenses.
02:50 On a une hausse des dépenses en euros constants pour l'ensemble des administrations publiques
02:55 qui est de l'ordre de 2% et 2% c'est plus que la croissance de l'activité économique
03:00 puisque même la prévision du gouvernement c'est 1,4.
03:03 Donc on est au-delà.
03:05 - Mais vous dites quand même, vous François Eccal, spécialiste des finances publiques,
03:09 que le gouvernement a raison de faire ses dépenses.
03:11 Et vous disiez qu'il y avait des dépenses supplémentaires.
03:13 Il y en a notamment sur la défense, il y en a également sur l'éducation nationale
03:17 qui est aujourd'hui le premier poste de dépense de l'État.
03:19 - Alors je dis, il a raison, je dis, je pense qu'il ne peut pas faire autrement politiquement.
03:23 Parce que typiquement sur les retraites, il ne trouvera jamais de majorité
03:28 pour faire ce qui avait déjà été fait en 2018-2019, une désindexation des retraites.
03:34 Maintenant économiquement, la réforme des retraites qui a eu lieu, etc.
03:38 elle touche uniquement les futurs retraités qui vont devoir partir en retraite.
03:42 Elle ne touche pas du tout les retraités actuels.
03:44 Nous sommes dans une situation en France qui est inédite au niveau européen
03:48 dans laquelle le niveau de vie des retraités est supérieur à celui du reste de la population.
03:52 Donc un effort sur les retraités, pour moi, ça ne serait pas absurde.
03:56 - Alors ce n'est pas d'actualité, il y a quand même dans ce budget un tournant environnemental.
04:00 30 milliards alloués aux dépenses vertes, 7 milliards de plus que l'an dernier.
04:04 Est-ce que vous diriez que c'est historique ?
04:06 - Alors le gouvernement annonce en effet 7 milliards de plus de dépenses en faveur de l'environnement.
04:12 - Il y a la prime Rénov' notamment.
04:14 - Voilà, il y a des tas de choses, je n'ai pas encore très bien compris où elles allaient exactement.
04:19 - Alors il y a la prime Rénov', 1,6 milliard.
04:22 - Il faut quand même que je regarde d'un peu plus près les documents budgétaires, mais donc tact.
04:26 - Donc voilà, 7 milliards de plus. Et puis il annonce aussi la réduction de niches fiscales brunes.
04:32 En pratique, ça veut dire une réduction des exonérations ou taux réduits sur le diesel,
04:37 dont bénéficient les agriculteurs et les travaux publics.
04:40 - C'est historique également, ça fait 3 ans que le gouvernement voulait le faire.
04:43 - C'est historique, voilà, parce que tous les gouvernements se sont cassés les dents sur ce dossier.
04:47 Parce qu'à chaque fois qu'ils parlaient de ça, ils voyaient des manifestations dans la rue.
04:51 Donc le gouvernement va réussir à le faire.
04:53 Et on va gagner beaucoup sur le plan budgétaire. Parce que d'abord ça va être très étalé dans le temps,
04:57 quasiment je crois jusqu'à 2030. Et ensuite on va compenser, notamment pour les agriculteurs,
05:01 on a dit qu'on compenserait intégralement par des aides.
05:04 Donc on va pas y gagner beaucoup d'un point de vue budgétaire, mais en revanche d'un point de vue environnemental, c'est bien.
05:08 Tout ça va dans le bon sens. Peut-être certains trouveront que c'est pas assez,
05:12 mais on va dans la bonne direction sur le plan environnemental.
05:15 - Alors du coup, une fois qu'on a dit tout ça, est-ce que vous diriez que ces prévisions,
05:20 elles sont crédibles et que finalement c'est un budget plutôt honnête que nous présente le gouvernement aujourd'hui ?
05:26 Il veut ramener la dette à 109% de la richesse nationale.
05:31 - A l'horizon de 2027. Dans l'immédiat en 2024, elle va pas beaucoup bouger en pourcentage du PIB.
05:37 Mais l'idée du gouvernement, c'est de réduire progressivement le déficit jusqu'à en dessous de 3% du PIB.
05:43 - Est-ce qu'il peut le faire ? Ce sera ma dernière question.
05:45 - Ces prévisions reposent d'abord sur des hypothèses de croissance que la plupart des économistes considèrent comme relativement optimistes.
05:52 Le gouvernement vous répondra que l'année dernière, ces prévisions de croissance pour 2023,
05:56 personne n'y croyait et finalement on va y arriver. Mais bon, on pense quand même que c'est relativement optimiste.
06:01 Et puis ensuite, ça repose sur des économies, au-delà de la suppression des boucliers, etc.
06:09 On devrait y arriver, mais des économies allant bien au-delà de la suppression des boucliers, sur des dépenses plus structurelles, plus permanentes.
06:17 Et là, pour le moment, on ne voit pas grand-chose. Le gouvernement a annoncé une revue des dépenses.
06:21 Mais le résultat, déjà pour le budget 2024, on a du mal à y trouver. Au-delà de quelques centaines de millions, il n'y a pas grand-chose.
06:28 - Et donc vous trouvez également que c'est un objet des prévisions de croissance un petit peu optimiste.
06:33 Merci beaucoup François Eccat, ancien magistrat de la Cour des comptes, créateur du site internet Fipeco.
06:39 de France Info ce soir.
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