00:00 Bonjour François Soudan. Bonjour Catherine.
00:02 A la une de Jeune Afrique cette semaine, le Mali.
00:05 Et cette question, pourquoi est-ce que l'Azawad reprend les armes ?
00:09 Et cela pour la première fois depuis les accords d'Alger qui datent de 2015.
00:13 Or ces dernières semaines de violents combats ont opposé l'armée malienne aux groupes armés Touareg.
00:20 François Soudan, comment en est-on arrivé là ?
00:22 Alors la cause immédiate de ce que la coordination des mouvements de l'Azawad appelle depuis le 11 septembre,
00:27 l'état de guerre et ce qui est peut-être le début de la sixième rébellion Touareg au Mali depuis l'indépendance,
00:33 c'est d'abord le désengagement des casques bleus Laminusma, poussé vers la sortie par les autorités de Bamako.
00:38 Le départ de Laminusma a pour conséquence qu'il n'y a plus de médiateurs possibles sur le terrain entre les deux parties.
00:44 La dernière tentative de négociation, elle a été menée mi-juillet par le patron du renseignement malien, le colonel Kone,
00:49 qui s'est rendu à Kidal pour y rencontrer l'incontournable chef Touareg, Al-Ghabas Agintala, qui est le président de la CMA.
00:56 Manifestement, ça a échoué depuis le dialogue est au point mort, tout comme l'accord d'Alger de 2015, même si Catherine s'y n'est pas encore totalement rompue.
01:04 En tout cas, chaque camp s'accuse mutuellement de la responsabilité de ces combats. Quels sont les arguments des uns et des autres ?
01:12 Alors, il est clair que depuis l'arrivée au pouvoir du colonel Goïta en 2021, il n'y a plus cette dose de confiance minimale entre Bamako
01:19 et les combattants Touareg du nord, sans laquelle rien n'est possible.
01:22 Le pouvoir militaire de transition a fait du rétablissement de la souveraineté de l'État, surtout le Mali, le fondement de sa légitimité.
01:29 Alors bien sûr, quand on regarde la situation sécuritaire, pour le moins dégradée du Mali, ou au pair d'autres groupes armés, notamment djihadistes,
01:36 on voit qu'il y a très loin de la coupe aux lèvres, mais ce mantra souverainiste centralisateur, c'est l'ADN de l'agent.
01:42 Et ça s'accompagne d'une assez grande méfiance vis-à-vis de la composante Touareg et arabe de la société malienne.
01:48 De leur côté, les ex-rebel Touareg ont boycotté le référendum de juin constitutionnel,
01:53 justement parce qu'ils estimaient que ce texte ne consacrait pas la décentralisation prévue par les accords d'Alger et Kadri.
01:59 En tout cas, les violents affrontements qui ont éclaté ces dernières semaines se déroulent aussi sur fond de guerre de communication.
02:07 Est-ce que l'annonce de la création d'une alliance des États du Sahel entre le Mali, le Burkina et le Niger fait partie de cette guerre de communication ?
02:15 Alors, guerre de communication, vous avez raison. Chaque affrontement sur le terrain donne lieu à des communiqués, des vidéos, des récits, des bilans totalement contradictoires.
02:23 D'un côté, la CMA exhibe volontiers ses prisonniers. De l'autre, Bamako, on le sait, est devenue une sorte d'incubateur de toute une kyrielle de faux comptes et de trolls pro-régime,
02:33 dont les infos d'ailleurs sont souvent relayées par la chaîne russe RT. Alors, difficile dans ces conditions de savoir avec précision qui contrôle quoi sur le terrain.
02:42 L'annonce le 16 septembre de la création d'une alliance entre les trois régimes, Bamako, Ouagadougou, Niamey, espèce de G3 Sahel dont l'initiateur, le patron, c'est le colonel Goïta,
02:53 ça relève pour l'instant de l'opération de com', même si sa charte se veut explicite sur le sort à réserver au mouvement irrédentiste ou à régo-Mali,
03:02 mais aussi peut-être demain au Niger où le coup d'État semble les avoir animés. L'article 5 de cette charte du YPTACO Gourma appelle en effet à régler aux besoins par la force
03:11 toute rébellion armée ou menace portant atteinte à l'intégrité du territoire. L'avertissement, on le voit, ou plutôt la sommation est claire.
03:18 Reste à savoir, Catherine, si l'armée malienne a les moyens de mettre en oeuvre une guerre sur deux fronts à la fois,
03:23 même si cette armée de 2023 n'a plus grand chose à voir avec celle de 2012. Ça paraît très compliqué.
03:28 Merci, François Soudan.
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